La tragédie de Byron, _Manfred_, me paraît un phénomène merveilleux et
m'a vivement touché. Ce poëte métaphysicien s'est approprié mon _Faust_,
et il en a tiré une puissante nourriture pour son amour hypocondriaque.
Il s'est servi pour ses propres passions des motifs qui poussaient le
docteur, de telle façon qu'aucun d'eux ne paraît identique, et c'est
précisément cause de cette transformation que je ne puis assez admirer
son génie. Le tout est si complètement renouvelé, que ce serait une
tâche intéressante pour la critique, non-seulement de noter ces
altérations, mais leur degré de ressemblance ou de dissemblance avec
l'original. L'on ne peut nier que cette sombre véhémence et ce désespoir
exubérant ne deviennent, à la fin, accablants pour le lecteur; mais,
malgré cette fatigue, on se sent toujours pénétré d'estime et
d'admiration pour l'auteur.