Comme cette image me poursuit! Que je veille ou que je lève, elle
remplit seule mou âme. Ici, quand je ferme à demi les paupières, ici,
dans mon front, à l'endroit où se concentre la force visuelle, je
trouve ses yeux noirs. Non, je ne saurais t'exprimer cela. Si je
m'endors tout à fait, ses yeux sont encore là; ils sont là comme un
abîme; ils reposent devant moi, ils remplissent mon front.
Qu'est-ce que l'homme, ce demi-dieu si vanté? Les forces ne lui
manquent-elles pas précisément à l'heure où elles lui seraient le
plus nécessaires? Et lorsqu'il prend l'essor dans la joie, ou qu'il
s'enfonce dans la tristesse, n'est-il pas alors même borné, et
toujours ramené au sentiment de lui-même, au triste sentiment de sa
petitesse, quand il espérait se perdre dans l'infini?