Elle sent ce que je souffre. Aujourd'hui son regard m'a pénétré
jusqu'au fond du cœur. Je l'ai trouvée seule. Je ne disais rien, et
elle me regardait fixement. Je ne voyais plus cette beauté séduisante,
ces éclairs d'esprit qui entourent son front: un regard plus puissant
agissait sur moi; un regard plein du plus tendre intérêt, de la plus
douce pitié. Pourquoi n'ai-je pas osé me jeter à ses pieds? pourquoi
n'ai-je pas osé m'élancer à son cou, et lui répondre par mille
baisers? Elle a eu recours à son clavecin, et s'est mise en même temps
à chanter d'une voix si douce! Jamais ses lèvres ne m'ont paru si
charmantes: c'était comme si elles s'ouvraient, languissantes, pour
absorber en elles ces doux sons qui jaillissaient de l'instrument, et
que seulement l'écho céleste de sa bouche résonnât. Ah! si je
pouvais te dire cela comme je le sentais! Je n'ai pu y tenir plus
longtemps. J'ai baissé la tête, et j'ai dit avec serment: «Jamais je
ne me hasarderai à vous imprimer un baiser, ô lèvres sur lesquelles
voltigent les esprits du ciel!...» Et cependant... je veux... Ah!
vois-tu, c'est comme un mur de séparation qui s'est élevé devant mon
âme... Cette félicité, cette pureté du ciel... détruite... et puis
expier son crime... Son crime!