Sa visite faite à M. de Tréville, d’Artagnan prit, tout pensif, le plus
long pour rentrer chez lui.
A quoi pensait d’Artagnan, pour s’écarter ainsi de sa route, regardant
les étoiles du ciel et tantôt soupirant, tantôt souriant?
Il pensait à madame Bonacieux. Pour un apprenti mousquetaire, la jeune
femme était presque une idéalité amoureuse. Jolie, mystérieuse, initiée
à presque tous les secrets de cour, qui reflétaient tant de charmante
gravité sur ses traits gracieux, elle était soupçonnée de n’être pas
insensible, ce qui est un attrait irrésistible pour les amants novices;
de plus, d’Artagnan l’avait délivrée des mains de ces démons qui
voulaient la fouiller et la maltraiter, et cet important service avait
établi entre elle et lui un de ces sentiments de reconnaissance qui
prennent si facilement un plus tendre caractère.
D’Artagnan se voyait déjà, tant les rêves vont vite sur les ailes
de l’imagination, accosté par un messager de la jeune femme qui lui
remettait quelque billet de rendez-vous, une chaîne d’or ou un diamant.
Nous avons dit que les jeunes cavaliers recevaient sans honte de leur
roi; ajoutons qu’en ce temps de facile morale, ils n’avaient pas plus
de vergogne à l’endroit de leurs maîtresses, et que celles-ci leur
laissaient presque toujours de précieux et durables souvenirs, comme si
elles eussent essayé de conquérir la fragilité de leurs sentiments par
la solidité de leurs dons.
On faisait alors son chemin par les femmes sans en rougir. Celles
qui n’étaient que belles donnaient leur beauté, et de là vient sans
doute le proverbe, que la plus belle fille du monde ne peut donner
que ce qu’elle a. Celles qui étaient riches donnaient en outre une
partie de leur argent, et l’on pourrait citer bon nombre de héros de
cette galante époque qui n’eussent gagné ni leurs éperons d’abord, ni
leurs batailles ensuite, sans la bourse plus ou moins garnie que leur
maîtresse attachait à l’arçon de leur selle.
D’Artagnan ne possédait rien; l’hésitation du provincial, vernis
léger, fleur éphémère, duvet de la pêche, s’était évaporée au vent
des conseils peu orthodoxes que les trois mousquetaires donnaient à
leur ami. D’Artagnan, suivant l’étrange coutume du temps, se regardait
à Paris comme en campagne, et cela ni plus ni moins que dans les
Flandres: l’Espagnol là-bas, la femme ici. C’est partout un ennemi à
combattre, des contributions à frapper.
Mais, disons-le, pour le moment d’Artagnan était mû d’un sentiment
plus noble et plus désintéressé. Le mercier lui avait dit qu’il était
riche; le jeune homme avait pu deviner qu’avec un niais comme l’était
M. Bonacieux, ce devait être la femme qui tenait la clé de la bourse.
Mais tout cela n’avait influé en rien sur le sentiment produit par
la vue de madame Bonacieux, et l’intérêt était resté étranger à ce
commencement d’amour.
Il y a dans l’aisance une foule de soins et de caprices aristocratiques
qui vont bien à la beauté. Un bas fin et blanc, une robe de soie, une
guimpe de dentelle, un joli soulier au pied, un frais ruban sur la
tête, ne font point jolie une femme laide, mais font belle une femme
jolie, sans compter les mains qui gagnent à tout cela; les mains, chez
les femmes surtout, ont besoin de rester oisives pour rester belles.
Puis d’Artagnan, comme le sait très bien le lecteur, auquel nous
n’avons pas caché l’état de sa fortune, d’Artagnan n’était pas un
millionnaire; il espérait bien le devenir un jour, mais le temps qu’il
se fixait lui-même pour cet heureux changement était assez éloigné. En
attendant, quel désespoir que de voir une femme qu’on aime désirer ces
mille riens dont les femmes composent leur bonheur, et de ne pouvoir
lui donner ces mille riens! Au moins, quand la femme est riche et que
l’amant ne l’est pas, ce qu’il ne peut lui offrir, elle se l’offre
elle-même et, quoique ce soit ordinairement avec l’argent du mari
qu’elle se passe cette jouissance, il est rare que ce soit à lui que la
reconnaissance en revienne.
Puis d’Artagnan, disposé à être l’amant le plus tendre, était en
attendant ami très dévoué. Au milieu de ses projets amoureux sur
la femme du mercier, il n’oubliait pas les siens. La jolie madame
Bonacieux était femme à promener dans la plaine Saint-Denis ou dans
la foire Saint-Germain en compagnie d’Athos, de Porthos et d’Aramis,
auxquels d’Artagnan serait fier de montrer une telle conquête. Puis
quand on a marché longtemps, la faim arrive; d’Artagnan depuis quelque
temps avait remarqué cela. On ferait de ces petits dîners charmants
où l’on touche d’un côté la main d’un ami, et de l’autre le pied
d’une maîtresse. Enfin dans les moments pressants, dans les positions
extrêmes, d’Artagnan serait le sauveur de ses amis.
Et M. Bonacieux, que d’Artagnan avait poussé dans les mains des sbires
en le reniant bien haut et à qui il avait promis tout bas de le sauver?
Nous devons avouer à nos lecteurs que d’Artagnan n’y songeait en aucune
façon, ou que, s’il y songeait, c’était pour se dire qu’il était bien
où il était, quelque part qu’il fût. L’amour est la plus égoïste de
toutes les passions.
Cependant, que nos lecteurs se rassurent: si d’Artagnan oublie son hôte
ou fait semblant de l’oublier, sous prétexte qu’il ne sait pas où on
l’a conduit, nous ne l’oublions pas, nous, et nous savons où il est.
Mais pour le moment faisons comme le Gascon amoureux. Quant au digne
mercier, nous reviendrons à lui plus tard.
D’Artagnan, tout en réfléchissant à ses futures amours, tout en
parlant à la nuit, tout en souriant aux étoiles, remontait la rue du
Cherche-Midi ou Chasse-Midi, ainsi qu’on l’appelait alors. Comme il
se trouvait dans le quartier d’Aramis, l’idée lui était venue d’aller
faire une visite à son ami pour lui donner quelques explications sur
les motifs qui lui avaient fait envoyer Planchet avec invitation de se
rendre immédiatement à la souricière.
Or si Aramis s’était trouvé chez lui lorsque Planchet y était venu,
il avait sans aucun doute couru rue des Fossoyeurs, et n’y trouvant
personne que ses deux autres compagnons peut-être, ils n’avaient
dû savoir, ni les uns ni les autres, ce que cela voulait dire. Ce
dérangement méritait donc une explication, voilà ce que disait tout
haut d’Artagnan.
Puis tout bas il pensait que c’était pour lui une occasion de parler
de la jolie petite madame Bonacieux, dont son esprit, sinon son cœur,
était déjà tout plein. Ce n’est pas à propos d’un premier amour qu’il
faut demander de la discrétion. Ce premier amour est accompagné d’une
si grande joie qu’il faut que cette joie déborde, sans cela elle vous
étoufferait.
Paris depuis deux heures était sombre et commençait à se faire désert.
Onze heures sonnaient à toutes les horloges du faubourg Saint-Germain;
il faisait un temps doux. D’Artagnan suivait une ruelle située sur
l’emplacement où passe aujourd’hui la rue d’Assas, respirant les
émanations embaumées qui venaient avec le vent de la rue de Vaugirard
et qu’envoyaient les jardins rafraîchis par la rosée du soir et par la
brise de la nuit. Au loin résonnaient, assourdis cependant par de bons
volets, les chants des buveurs dans quelques cabarets perdus dans la
plaine. Arrivé au bout de la ruelle, d’Artagnan tourna à gauche. La
maison qu’habitait Aramis se trouvait située entre la rue Cassette et
la rue Servandoni.
D’Artagnan venait de dépasser la rue Cassette et reconnaissait déjà
la porte de la maison de son ami, enfouie sous un massif de sycomores
et de clématites qui formaient un vaste bourrelet au-dessus d’elle,
lorsqu’il aperçut quelque chose comme une ombre qui sortait de la
rue Servandoni. Ce quelque chose était enveloppé d’un manteau, et
d’Artagnan crut d’abord que c’était un homme; mais à la petitesse de
la taille, à l’incertitude de la démarche, à l’embarras du pas, il
reconnut bientôt une femme. De plus, cette femme, comme si elle n’eût
pas été bien sûre de la maison qu’elle cherchait, levait les yeux
pour se reconnaître, s’arrêtait, retournait en arrière, puis revenait
encore; d’Artagnan fut intrigué.
--Si j’allais lui offrir mes services! pensa-t-il. A son allure, on
voit qu’elle est jeune; peut-être est-elle jolie. Oh! oui. Mais une
femme qui court les rues à cette heure ne sort guère que pour aller
rejoindre son amant. Peste! si j’allais troubler les rendez-vous, ce
serait une mauvaise porte pour entrer en relations.
Cependant, la jeune femme s’avançait toujours, comptant les maisons
et les fenêtres. Ce n’était, au reste, chose ni longue ni difficile.
Il n’y avait que trois hôtels dans cette partie de la rue, et deux
fenêtres ayant vue sur cette rue; l’une était celle d’un pavillon
parallèle à celui qu’occupait Aramis, l’autre était celle d’Aramis
lui-même.
--Pardieu! se dit d’Artagnan, auquel la nièce du théologien revenait à
l’esprit; pardieu! il serait drôle que cette colombe attardée cherchât
la maison de notre ami. Mais, sur mon âme, cela y ressemble fort. Ah!
mon cher Aramis, pour cette fois, j’en veux avoir le cœur net.
Et d’Artagnan, se faisant le plus mince qu’il put, s’abrita dans le
côté le plus obscur de la rue, près d’un banc de pierre situé au fond
d’une niche.
La jeune femme continua de s’avancer, car outre la légèreté de son
allure qui l’avait trahie, elle venait de faire entendre une petite
toux qui dénonçait une voix des plus fraîches. D’Artagnan pensa que
cette toux était un signal.
Cependant, soit qu’on eut répondu à cette toux par un signe équivalent
qui avait fixé les irrésolutions de la nocturne chercheuse, soit que
sans secours étranger elle eût reconnu qu’elle était arrivée au bout
de sa course, elle s’approcha résolument du volet d’Aramis et frappa à
trois intervalles égaux avec son doigt recourbé.
--C’est bien chez Aramis, murmura d’Artagnan. Ah! monsieur l’hypocrite!
je vous y prends à faire de la théologie!
Les trois coups étaient à peine frappés que la croisée intérieure
s’ouvrit et qu’une lumière parut à travers les vitres du volet.
--Ah! ah! fit l’écouteur non pas aux portes mais aux fenêtres, ah! la
visite était attendue. Allons, le volet va s’ouvrir et la dame entrera
par escalade. Très bien!
Mais au grand étonnement de d’Artagnan, le volet resta fermé. De plus,
la lumière qui avait flamboyé un instant disparut et tout rentra dans
l’obscurité.
D’Artagnan pensa que cela ne pouvait durer ainsi, et continua de
regarder de tous ses yeux et d’écouter de toutes ses oreilles.
Il avait raison: au bout de quelques secondes deux coups secs
retentirent dans l’intérieur.
La jeune femme de la rue répondit par un seul coup et le volet
s’entr’ouvrit.
On juge si d’Artagnan regardait et écoutait avec avidité.
Malheureusement la lumière avait été transportée dans un autre
appartement. Mais les yeux du jeune homme s’étaient habitués à
l’obscurité. D’ailleurs les yeux des Gascons ont, à ce qu’on assure,
comme ceux des chats, la propriété de voir pendant la nuit.
D’Artagnan vit donc que la jeune femme tirait de sa poche un objet
blanc qu’elle déploya vivement et qui prit la forme d’un mouchoir. Cet
objet déployé, elle en fit remarquer le coin à son interlocuteur.
Cela rappela à d’Artagnan ce mouchoir qu’il avait trouvé aux pieds de
madame Bonacieux, lequel lui avait rappelé celui qu’il avait trouvé aux
pieds d’Aramis.
Que diable pouvait donc signifier ce mouchoir?
Placé où il était, d’Artagnan ne pouvait voir le visage d’Aramis,
parce que le jeune homme ne faisait aucun doute que ce fût son ami
qui dialoguât de l’intérieur avec la dame de l’extérieur; la curiosité
l’emporta donc sur la prudence, et profitant de la préoccupation dans
laquelle la vue du mouchoir paraissait plonger les deux personnages que
nous avons mis en scène, il sortit de sa cachette, et, prompt comme
l’éclair, mais étouffant le bruit de ses pas, il alla se coller à un
angle de la muraille, d’où son œil pouvait parfaitement plonger dans
l’intérieur de l’appartement d’Aramis.
[Illustration: Que diable pouvait donc signifier ce mouchoir?]
Arrivé là, d’Artagnan pensa jeter un cri de surprise: ce n’était pas
Aramis qui causait avec la nocturne visiteuse, c’était une femme.
Seulement, d’Artagnan y voyait assez pour reconnaître la forme de ses
vêtements, mais pas assez pour distinguer ses traits.
Au même instant, la femme de l’appartement tira un second mouchoir de
sa poche, et l’échangea avec celui qu’on venait de lui montrer. Puis,
quelques mots furent prononcés entre les deux femmes. Enfin, le volet
se referma; la femme qui se trouvait à l’extérieur de la fenêtre se
retourna, et vint passer à quatre pas de d’Artagnan en abaissant la
coiffe de sa mante; mais la précaution avait été prise trop tard,
d’Artagnan avait déjà reconnu madame Bonacieux.
Madame Bonacieux! Le soupçon que c’était elle lui avait déjà traversé
l’esprit quand elle avait tiré le mouchoir de sa poche; mais quelle
probabilité que madame Bonacieux qui avait envoyé chercher M. de La
Porte pour se faire reconduire par lui au Louvre, courût les rues de
Paris seule, à onze heures et demie du soir, au risque de se faire
enlever une seconde fois?
Il fallait donc que ce fût pour une affaire bien importante; et quelle
est l’affaire importante d’une femme de vingt-cinq ans? L’amour.
Mais était-ce pour son compte ou pour le compte d’une autre personne
qu’elle s’exposait à de semblables hasards? Voilà ce que se demandait
à lui-même le jeune homme que le démon de la jalousie mordait déjà au
cœur ni plus ni moins qu’un amant en titre.
Il y avait au reste un moyen bien simple de s’assurer où allait
madame Bonacieux: c’était de la suivre. Ce moyen était si simple, que
d’Artagnan l’employa tout naturellement et d’instinct.
Mais, à la vue du jeune homme qui se détachait de la muraille comme
une statue de sa niche, et au bruit des pas qu’elle entendit retentir
derrière elle, madame Bonacieux jeta un petit cri et s’enfuit.
D’Artagnan courut après elle. Ce n’était pas une chose difficile pour
lui que de rejoindre une femme embarrassée dans son manteau. Il la
rejoignit donc au tiers de la rue dans laquelle elle s’était engagée.
La malheureuse était épuisée, non pas de fatigue, mais de terreur, et
quand d’Artagnan lui posa la main sur l’épaule, elle tomba sur un genou
en criant d’une voix étranglée:
--Tuez-moi si vous voulez, vous ne saurez rien.
D’Artagnan la releva en lui passant le bras autour de la taille;
mais comme il sentait à son poids qu’elle était sur le point de se
trouver mal, il s’empressa de la rassurer par des protestations de
dévouement. Ces protestations n’étaient rien pour madame Bonacieux;
car de pareilles protestations peuvent se faire avec les plus mauvaises
intentions du monde; mais la voix était tout. La jeune femme crut
reconnaître le son de cette voix: elle rouvrit les yeux, jeta un
regard sur l’homme qui lui avait fait si grand’peur, et, reconnaissant
d’Artagnan, elle poussa un cri de joie.
--Oh! c’est vous, c’est vous! dit-elle.
--Oui, c’est moi, dit d’Artagnan, moi que Dieu a envoyé pour veiller
sur vous.
--Était-ce dans cette intention que vous me suiviez? demanda avec un
sourire plein de coquetterie la jeune femme, dont le caractère un peu
railleur reprenait le dessus, et chez laquelle toute crainte avait
disparu du moment où elle avait reconnu un ami dans celui qu’elle avait
pris pour un ennemi.
--Non, dit d’Artagnan, non, je l’avoue; c’est le hasard qui m’a mis sur
votre route; j’ai vu une femme frapper à la fenêtre d’un de mes amis.
--D’un de vos amis? interrompit madame Bonacieux.
--Sans doute; Aramis est de mes meilleurs amis.
--Aramis! qu’est-ce que cela?
--Allons donc! allez-vous me dire que vous ne connaissez pas Aramis?
--C’est la première fois que j’entends prononcer ce nom.
--C’est donc la première fois que vous venez à cette maison?
--Sans doute.
--Et vous ne saviez pas qu’elle était habitée par un jeune homme?
--Non.
--Par un mousquetaire?
--Nullement.
--Ce n’est donc pas lui que vous veniez chercher?
--Pas le moins du monde. D’ailleurs, vous l’avez bien vu, la personne à
qui j’ai parlé est une femme.
--C’est vrai; mais cette femme est des amies d’Aramis,
--Je n’en sais rien.
--Puisqu’elle loge chez lui.
--Cela ne me regarde pas.
--Mais qui est-elle?
--Oh! cela n’est point mon secret.
--Chère madame Bonacieux, vous êtes charmante; mais en même temps vous
êtes la femme la plus mystérieuse...
--Est-ce que je perds à cela?
--Non, vous êtes, au contraire, adorable.
--Alors, donnez-moi le bras.
--Bien volontiers. Et maintenant?
--Maintenant conduisez-moi.
--Où cela?
--Où je vais.
--Mais où allez-vous?
--Vous le verrez, puisque vous me laisserez à la porte.
--Faudra-t-il vous attendre?
--Ce sera inutile.
--Vous reviendrez donc seule?
--Peut-être oui, peut-être non.
--Mais la personne qui vous accompagnera ensuite sera-t-elle un homme,
sera-t-elle une femme?
--Je n’en sais rien encore.
--Je le saurai bien, moi!
--Comment cela?
--Je vous attendrai pour vous voir sortir.
--En ce cas, adieu!
--Comment cela?
--Je n’ai pas besoin de vous.
--Mais vous aviez réclamé...
--L’aide d’un gentilhomme et non la surveillance d’un espion.
--Le mot est un peu dur!
--Comment appelle-t-on ceux qui suivent les gens malgré eux?
--Des indiscrets.
--Le mot est trop doux.
--Allons, madame, je vois bien qu’il faut faire tout ce que vous voulez.
--Pourquoi vous être privé du mérite de le faire tout de suite?
--N’y en a-t-il donc aucun à se repentir?
--Et vous repentez-vous réellement?
--Je n’en sais rien moi-même. Mais ce que je sais, c’est que je vous
promets de faire tout ce que vous voudrez si vous me laissez vous
accompagner jusqu’où vous allez.
--Et vous me quitterez après?
--Oui.
--Sans m’épier à ma sortie?
--Non.
--Parole d’honneur?
--Foi de gentilhomme!
--Prenez mon bras, et marchons alors.
D’Artagnan offrit son bras à madame Bonacieux, qui s’y suspendit,
moitié rieuse, moitié tremblante, et tous deux gagnèrent le haut de la
rue de La Harpe. Arrivée là, la jeune femme parut hésiter, comme elle
l’avait déjà fait dans la rue de Vaugirard. Cependant, à de certains
signes, elle sembla reconnaître une porte; et s’approchant de cette
porte:
--Et maintenant, monsieur, dit-elle, c’est ici que j’ai affaire; mille
fois merci de votre honorable compagnie, qui m’a sauvée de tous les
dangers auxquels seule j’eusse été exposée. Mais le moment est venu de
tenir votre parole: je suis arrivée à ma destination.
--Et vous n’aurez plus rien à craindre en revenant?
--Je n’aurai à craindre que les voleurs.
--N’est-ce donc rien?
--Que pourraient-ils me prendre? je n’ai pas un denier sur moi.
--Vous oubliez ce beau mouchoir brodé, armorié.
--Lequel?
--Celui que j’ai trouvé à vos pieds et que j’ai remis dans votre poche.
--Taisez-vous, taisez-vous, malheureux! s’écria la jeune femme,
voulez-vous me perdre?
--Vous voyez bien qu’il y a encore du danger pour vous puisqu’un seul
mot vous fait trembler, et que vous avouez que si on entendait ce
mot vous seriez perdue. Ah! tenez, madame, s’écria d’Artagnan en lui
saisissant la main et la couvrant d’un ardent regard, tenez! soyez plus
généreuse, confiez-vous à moi; n’avez-vous donc pas lu dans mes yeux
qu’il n’y a que dévouement et sympathie dans mon cœur!
--Si fait, répondit madame Bonacieux; aussi demandez-moi mes secrets,
je vous les dirai; mais ceux des autres, c’est autre chose.
--C’est bien, dit d’Artagnan, je les découvrirai; puisque ces secrets
peuvent avoir une influence sur votre vie, il faut que ces secrets
deviennent les miens.
--Gardez-vous-en bien, s’écria la jeune femme avec un sérieux qui fit
frissonner d’Artagnan malgré lui. Oh! ne vous mêlez en rien de ce qui
me regarde, ne cherchez point à m’aider dans ce que j’accomplis; et
cela, je vous le demande au nom de l’intérêt que je vous inspire, au
nom du service que vous m’avez rendu, et que je n’oublierai de ma vie.
Croyez bien plutôt à ce que je vous dis. Ne vous occupez plus de moi;
je n’existe plus pour vous; que ce soit comme si vous ne m’aviez jamais
vue.
--Aramis doit-il en faire autant que moi, madame? dit d’Artagnan piqué.
--Voilà déjà deux ou trois fois que vous avez prononcé ce nom,
monsieur, et cependant je vous ai dit que je ne le connaissais pas.
--Vous ne connaissez pas l’homme au volet duquel vous avez été frapper.
Allons donc, madame! vous me croyez par trop crédule.
--Avouez que c’est pour me faire parler que vous inventez cette
histoire, et que vous créez ce personnage.
--Je n’invente rien, madame, je ne crée rien, je dis l’exacte vérité.
--Un de vos amis demeure dans cette maison?
--Pour la troisième fois, cette maison est celle qu’habite mon ami, et
cet ami est Aramis.
--Tout cela s’éclaircira plus tard, murmura la jeune femme; maintenant,
monsieur, taisez-vous.
--Si vous pouviez voir dans mon cœur tout à découvert, dit d’Artagnan,
vous y liriez tant de curiosité, que vous auriez pitié de moi, et tant
d’amour, que vous satisferiez à l’instant même ma curiosité. On n’a
rien à craindre de ceux qui vous aiment.
--Vous parlez bien vite d’amour, monsieur! dit la jeune femme en
secouant la tête.
--C’est que l’amour m’est venu vite et pour la première fois, et que je
n’ai pas vingt ans.
La jeune femme le regarda à la dérobée.
--Écoutez, je suis déjà sur la trace, dit d’Artagnan. Il y a trois
mois, j’ai manqué avoir un duel avec Aramis pour un mouchoir pareil à
celui que vous avez montré à cette femme qui était chez lui, pour un
mouchoir marqué de la même manière, j’en suis sûr.
--Monsieur, dit la jeune femme, vous me fatiguez fort, je vous le jure,
avec ces questions.
--Mais vous, si prudente, madame, songez-y, si vous étiez arrêtée
avec ce mouchoir, et que ce mouchoir fût saisi, ne seriez-vous pas
compromise?
--Pourquoi cela, les initiales ne sont-elles pas les miennes: C. B.,
Constance Bonacieux.
--Ou Camille de Bois-Tracy.
--Silence, monsieur, encore une fois silence! Ah! puisque les dangers
que je cours pour moi-même ne vous arrêtent pas, songez à ceux que vous
pouvez courir, vous!
--Moi?
--Oui, vous. Il y a danger de la prison, il y a danger de la vie à me
connaître.
--Alors je ne vous quitte plus.
--Monsieur, dit la jeune femme suppliant et joignant les mains;
monsieur, au nom du ciel, au nom de l’honneur d’un militaire, au nom de
la courtoisie d’un gentilhomme, éloignez-vous, tenez, voilà minuit qui
sonne, c’est l’heure où l’on m’attend.
--Madame, dit le jeune homme en s’inclinant, je ne sais rien refuser à
qui me demande ainsi; soyez contente, je m’éloigne.
--Mais vous ne me suivrez pas, vous ne m’épierez pas?
--Je rentre chez moi à l’instant.
--Ah! je le savais bien, que vous étiez un brave jeune homme! s’écria
madame Bonacieux en lui tendant une main et en posant l’autre sur le
marteau d’une petite porte prise dans la muraille.
D’Artagnan saisit la main qu’on lui tendait et la baisa ardemment.
[Illustration: D’Artagnan saisit la main qu’on lui tendait et la
baisa.]
--Ah! j’aimerais mieux ne vous avoir jamais vue, s’écria d’Artagnan
avec cette brutalité naïve que les femmes préfèrent souvent aux
afféteries de la politesse, parce qu’elle découvre le fond de la
pensée et qu’elle prouve que le sentiment l’emporte sur la raison.
--Eh bien! reprit madame Bonacieux d’une voix presque caressante, et
en serrant la main de d’Artagnan qui n’avait pas abandonné la sienne;
eh bien! je n’en dirai pas autant que vous: ce qui est perdu pour
aujourd’hui n’est pas perdu pour l’avenir. Qui sait si, lorsque je
serai déliée un jour, je ne satisferai pas votre curiosité?
--Et faites-vous la même promesse à mon amour? s’écria d’Artagnan au
comble de la joie.
--Oh! de ce côté, je ne veux point m’engager, cela dépendra des
sentiments que vous saurez m’inspirer.
--Ainsi, aujourd’hui, madame...
--Aujourd’hui, monsieur, je n’en suis encore qu’à la reconnaissance.
--Ah! vous êtes trop charmante, dit d’Artagnan avec tristesse, et vous
abusez de mon amour.
--Non, j’use de votre générosité, voilà tout. Mais croyez-le bien, avec
certaines gens tout se retrouve.
--Oh! vous me rendez le plus heureux des hommes. N’oubliez pas cette
soirée, n’oubliez pas cette promesse.
--Soyez tranquille, en temps et lieu je me souviendrai de tout. Eh
bien! partez donc, partez, au nom du ciel! On m’attendait à minuit
juste, et je suis en retard.
--De cinq minutes.
--Oui; mais dans certaines circonstances, cinq minutes sont cinq
siècles.
--Quand on aime.
--Eh bien! qui vous dit que je n’ai pas affaire à un amoureux?
--C’est un homme qui vous attend? s’écria d’Artagnan, un homme!
--Allons, voilà la discussion qui va recommencer, fit madame Bonacieux
avec un demi-sourire qui n’était pas exempt d’une certaine teinte
d’impatience.
--Non, non, je m’en vais, je pars; je crois en vous, je veux avoir tout
le mérite de mon dévouement, ce dévouement dût-il être une stupidité.
Adieu, madame, adieu.
Et comme s’il ne se fût senti la force de se détacher de la main
qu’il tenait que par une secousse, il s’éloigna tout courant, tandis
que madame Bonacieux frappait, comme au volet, trois coups lents et
réguliers; puis, arrivé à l’angle de la rue, il se retourna: la porte
s’était ouverte et refermée, la jolie mercière avait disparu.
D’Artagnan continua son chemin, il avait donné sa parole de ne pas
épier madame Bonacieux, et sa vie eût-elle dépendu de l’endroit où
elle allait se rendre, ou de la personne qui devait l’accompagner,
d’Artagnan serait rentré chez lui, puisqu’il avait dit qu’il y
rentrait. Cinq minutes après il était dans la rue des Fossoyeurs.
--Pauvre Athos, disait-il, il ne saura pas ce que cela veut dire. Il
se sera endormi en m’attendant, ou il sera retourné chez lui, et en
rentrant il aura appris qu’une femme y était venue. Une femme chez
Athos! Après tout, continua d’Artagnan, il y en avait bien une chez
Aramis. Tout cela est fort étrange, et je serais bien curieux de savoir
comment cela finira.
--Mal, monsieur, mal, répondit une voix que le jeune homme reconnut
pour celle de Planchet; car tout en monologuant tout haut, à la manière
des gens très préoccupés, il s’était engagé dans l’allée au fond de
laquelle était l’escalier qui conduisait à sa chambre.
--Comment, mal? que veux-tu dire, imbécile? demanda d’Artagnan,
qu’est-il donc arrivé?
--Toutes sortes de malheurs.
--Lesquels?
--D’abord M. Athos est arrêté.
--Arrêté! Athos! arrêté! pourquoi?
--On l’a trouvé chez vous: on l’a pris pour vous.
--Et par qui a-t-il été arrêté?
--Par la garde qu’ont été chercher les hommes noirs que vous avez mis
en fuite.
--Pourquoi ne s’est-il pas nommé? Pourquoi n’a-t-il pas dit qu’il était
étranger à cette affaire?
--Il s’en est bien gardé, monsieur; il s’est au contraire approché de
moi et m’a dit: «C’est ton maître qui a besoin de sa liberté en ce
moment, et non pas moi, puisqu’il sait tout et que je ne sais rien. On
le croira arrêté, et cela lui donnera du temps; dans trois jours je
dirai qui je suis, et il faudra bien qu’on me fasse sortir.»
--Bravo, Athos! murmura d’Artagnan, je le reconnais bien là! Et qu’ont
fait les sbires?
--Quatre l’ont emmené je ne sais où, à la Bastille ou au For-l’Évêque,
deux sont restés avec les hommes noirs, qui ont fouillé partout et
qui ont pris tous les papiers. Enfin les deux derniers, pendant cette
expédition, montaient la garde à la porte; puis, quand tout a été fini,
ils sont partis, laissant la maison vide et tout ouvert.
--Et Porthos et Aramis?
--Je ne les avais pas trouvés, ils ne sont pas venus.
--Mais ils peuvent venir d’un moment à l’autre, car tu leur as fait
dire que je les attendais?
--Oui, monsieur.
--Eh bien, ne bouge pas d’ici; s’ils viennent, préviens-les de ce qui
m’est arrivé, qu’ils m’attendent au cabaret de la Pomme-de-Pin; ici, il
y aurait danger, la maison peut être espionnée. Je cours chez M. de
Tréville pour lui annoncer tout cela, et je les y rejoins.
--C’est bien, monsieur, dit Planchet.
--Mais tu resteras, tu n’auras pas peur! dit d’Artagnan en revenant sur
ses pas pour recommander le courage à son laquais.
--Soyez tranquille, monsieur, dit Planchet, vous ne me connaissez pas
encore; je suis brave quand je m’y mets, allez; c’est le tout de m’y
mettre; d’ailleurs je suis Picard.
--Alors, c’est convenu, dit d’Artagnan, tu te fais tuer plutôt que de
quitter ton poste.
--Oui, monsieur, et il n’y a rien que je ne fasse pour prouver à
monsieur que je lui suis attaché.
--Bon, dit en lui-même d’Artagnan, il paraît que la méthode que j’ai
employée à l’égard de ce garçon est décidément la bonne: j’en userai
dans l’occasion.
Et de toute la vitesse de ses jambes, déjà quelque peu fatiguées
cependant par les courses de la journée, d’Artagnan se dirigea vers la
rue du Colombier.
M. de Tréville n’était point à son hôtel; sa compagnie était de garde
au Louvre, il était au Louvre avec sa compagnie.
Il fallait arriver jusqu’à M. de Tréville; il était important qu’il fût
prévenu de ce qui se passait. D’Artagnan résolut d’essayer d’entrer au
Louvre. Son costume de garde dans la compagnie de M. des Essarts lui
devait être un passeport.
Il descendit donc dans la rue des Petits-Augustins, et remonta le quai
pour prendre le Pont-Neuf. Il avait eu un instant l’idée de passer
le bac; mais en arrivant au bord de l’eau, il avait machinalement
introduit sa main dans sa poche et s’était aperçu qu’il n’avait pas de
quoi payer le passeur.
Comme il arrivait à la hauteur de la rue Guénégaud, il vit déboucher de
la rue Dauphine un groupe composé de deux personnes et dont l’allure le
frappa.
Les deux personnes qui composaient le groupe étaient: l’un un homme;
l’autre, une femme.
La femme avait la tournure de madame Bonacieux, et l’homme ressemblait
à s’y méprendre à Aramis.
En outre, la femme avait cette mante noire que d’Artagnan voyait encore
se dessiner sur le volet de la rue de Vaugirard et sur la porte de la
rue de La Harpe.
De plus, l’homme portait l’uniforme des mousquetaires.
Le capuchon de la femme était rabattu, l’homme tenait son mouchoir sur
son visage; tous deux, cette double précaution l’indiquait, tous deux
avaient donc intérêt à n’être point reconnus.
Ils prirent le pont: c’était le chemin de d’Artagnan, puisque
d’Artagnan se rendait au Louvre; d’Artagnan les suivit.
D’Artagnan n’avait pas fait vingt pas qu’il fut convaincu que cette
femme, c’était madame Bonacieux, et que cet homme, c’était Aramis.
Il sentit à l’instant même tous les soupçons de la jalousie qui
s’agitaient dans son cœur.
Il était doublement trahi et par son ami et par celle qu’il aimait déjà
comme une maîtresse. Madame Bonacieux lui avait juré ses grands dieux
qu’elle ne connaissait pas Aramis, et un quart d’heure après qu’elle
lui avait fait ce serment, il la retrouvait au bras d’Aramis.
D’Artagnan ne réfléchit pas seulement qu’il connaissait la jolie
mercière depuis trois heures seulement, qu’elle ne lui devait rien
qu’un peu de reconnaissance pour l’avoir délivrée des hommes noirs
qui voulaient l’enlever, et qu’elle ne lui avait rien promis. Il se
regarda comme un amant outragé, trahi, bafoué; le sang et la colère lui
montèrent au visage, il résolut de tout éclaircir.
La jeune femme et le jeune homme s’étaient aperçus qu’ils étaient
suivis et ils avaient doublé le pas. D’Artagnan prit sa course, les
dépassa, puis revint sur eux au moment où ils se trouvaient devant la
Samaritaine, éclairés par un réverbère qui projetait sa lueur sur toute
cette partie du pont.
D’Artagnan s’arrêta devant eux et ils s’arrêtèrent devant lui.
--Que voulez-vous, monsieur? demanda le mousquetaire en reculant d’un
pas et avec un accent étranger qui prouvait à d’Artagnan qu’il s’était
trompé dans une partie de ses conjectures.
--Ce n’est pas Aramis! s’écria-t-il.
--Non, monsieur, ce n’est point Aramis, et, à votre exclamation, je
vois que tous m’avez pris pour un autre, et je vous pardonne.
--Vous me pardonnez! s’écria d’Artagnan.
--Oui, répondit l’inconnu. Laissez-moi donc passer, puisque ce n’est
pas à moi que vous avez affaire.
--Vous avez raison, monsieur, dit d’Artagnan, ce n’est pas à vous que
j’ai affaire, c’est à madame.
--A madame! vous ne la connaissez pas, dit l’étranger.
--Vous vous trompez, monsieur, je la connais.
--Ah! fit madame Bonacieux d’un ton de reproche; ah, monsieur! j’avais
votre parole de militaire et votre foi de gentilhomme; j’espérais
pouvoir compter dessus.
--Et moi, madame, dit d’Artagnan embarrassé, vous m’aviez promis...
--Prenez mon bras, madame, dit l’étranger et continuons notre chemin.
Cependant d’Artagnan, étourdi, atterré, anéanti par tout ce qui lui
arrivait, restait debout les bras croisés devant le mousquetaire et
madame Bonacieux.
Le mousquetaire fit deux pas en avant et écarta d’Artagnan avec la
main.
D’Artagnan fit un bond en arrière et tira son épée.
En même temps et avec la rapidité de l’éclair l’inconnu tira la sienne.
--Au nom du ciel, milord! s’écria madame Bonacieux en se jetant entre
les deux combattants et prenant les épées à pleines mains.
--Milord! s’écria d’Artagnan illuminé d’une idée subite, milord!
pardon, monsieur; mais est-ce que vous seriez?...
--Milord duc de Buckingham, dit madame Bonacieux à demi-voix; et
maintenant vous pouvez nous perdre tous.
--Milord, madame, pardon, cent fois pardon; mais je l’aimais, milord,
et j’étais jaloux; vous savez ce que c’est que d’aimer, milord;
pardonnez-moi et dites-moi comment je puis me faire tuer pour Votre
Grâce.
--Vous êtes un brave jeune homme, dit Buckingham en tendant à
d’Artagnan une main que celui-ci serra respectueusement; vous m’offrez
vos services, je les accepte; suivez-nous à vingt pas jusqu’au Louvre;
et si quelqu’un nous épie, tuez-le!
D’Artagnan mit son épée nue sous son bras, laissa prendre à madame
Bonacieux et au duc vingt pas d’avance, et les suivit, prêt à exécuter
à la lettre les instructions du noble et élégant ministre de Charles
Ier.
Mais heureusement le jeune séide n’eut aucune occasion de donner au
duc cette preuve de son dévouement, et la jeune femme et le beau
mousquetaire rentrèrent au Louvre par le guichet de l’Échelle sans
avoir été inquiétés.
Quant à d’Artagnan, il se rendit aussitôt au cabaret de la
Pomme-de-Pin, où il trouva Porthos et Aramis qui l’attendaient.
Mais sans leur donner d’autre explication sur le dérangement qu’il
leur avait causé, il leur dit qu’il avait terminé seul l’affaire pour
laquelle il avait cru un instant avoir besoin de leur intervention.
Et maintenant, emportés que nous sommes par notre récit, laissons nos
trois amis rentrer chacun chez soi, et suivons, dans les détours du
Louvre, le duc de Buckingham et son guide.
[Illustration: «--Au nom du ciel, milord!» s’écria madame
Bonacieux.]