Mais le répit accordé par la destinée à Mme Favoral touchait à son
terme, les épreuves allaient revenir, plus poignantes que jamais,
occasionnées par ses enfants, tout son bonheur jusqu'alors, et sa
seule consolation.
Maxence allait avoir douze ans. C'était un brave petit garçon,
d'une intelligence éveillée, travaillant à ses heures, mais d'une
inconcevable étourderie et d'une turbulence que rien ne pouvait
dompter.
A l'institution Massin, où on l'avait placé, il faisait blanchir les
cheveux de ses maîtres d'études, et il ne se passait pas de semaine
qu'il ne se signalât par quelque méfait nouveau.
Un père comme tous les autres se fût médiocrement inquiété des
fredaines d'un écolier, qui était en définitive des premiers de sa
classe et dont les professeurs eux-mêmes, tout en se plaignant,
disaient:
--Bast! qu'importe, puisque le coeur est bon et l'esprit sain.
Mais M. Favoral prenait tout au tragique. Si Maxence était mis en
retenue et accablé de pensums, il se prétendait atteint dans sa
considération et déclarait que son fils le déshonorait.
S'il tombait à la maison un bulletin portant cette mention: «conduite
exécrable», il entrait dans des fureurs où il semblait ne plus
posséder son libre arbitre.
--A votre âge, disait-il au gamin épouvanté, je travaillais dans une
fabrique et je gagnais ma vie. Pensez-vous que je ne me lasserai pas
de me saigner aux quatre veines pour vous procurer le bienfait de
l'éducation qui m'a manqué? Prenez garde! Le Havre n'est pas loin, et
on y a toujours besoin de mousses.
Si du moins il s'en fût tenu à ces admonestations, qui par leur
exagération même manquaient le but!
Mais il était d'avis que les moyens mécaniques sont nécessaires, pour
graver profondément les réprimandes dans la cervelle des jeunes
gens, et, pour ce, empoignant sa canne, il rouait Maxence de coups,
s'acharnant d'autant plus que le gamin, dévoré d'amour-propre, se fût
laissé hacher plutôt que de pousser un cri ou de verser un pleur.
La première fois que Mme Favoral vit frapper son fils, elle fut saisie
d'une de ces colères farouches qui ne raisonnent ni ne pardonnent
plus. Être battue lui eût paru moins atroce, moins humiliant. Jusqu'à
ce jour, il lui avait été impossible d'aimer un mari tel que le sien.
De ce moment elle le prit en aversion, il lui fit horreur. Son fils
lui parut un martyr, pour lequel jamais elle ne saurait faire assez.
Aussi, fallait-il voir de quelles étreintes passionnées elle le
serrait sur son coeur après ces scènes désolantes, de quels baisers
elle couvrait la trace des coups et par quelles tendresses délirantes
elle s'efforçait de lui faire oublier les brutalités paternelles. Avec
lui, elle sanglotait. Comme lui, elle s'écriait, en menaçant le vide
de ses poings crispés: «Lâche! tyran! bourreau!...» La petite Gilberte
mêlait ses larmes aux leurs. Et pressés l'un contre l'autre, ils
déploraient leur destinée, maudissant l'ennemi commun, le chef de la
famille.
C'est ainsi que s'écoula la jeunesse de Maxence, entre des
exagérations également funestes, entre les brutalités révoltantes de
son père et les gâteries dangereuses de sa mère, privé de tout par
l'un et par l'autre comblé.
Car Mme Favoral avait trouvé l'emploi de ses humbles économies.
Si jamais l'idée n'était venue au caissier du _Comptoir de crédit
mutuel_, de mettre quelques sous dans la poche de Maxence, la trop
faible mère lui eût créé des besoins d'argent pour avoir cette joie de
les satisfaire.
Elle, qui avait dévoré tant d'humiliations en sa vie, elle n'eût pu
supporter de savoir son fils souffrant en son amour-propre, et réduit
à reculer devant ces menues dépenses qui sont la vanité des écoliers.
--Tiens, prends, lui disait-elle, les jours de promenade, en lui
glissant dans la main quelques pièces de vingt sous.
Malheureusement, elle joignait à son cadeau la recommandation de n'en
rien laisser deviner au père ne comprenant pas qu'elle dressait
ainsi Maxence à la dissimulation, faussant sa droiture naturelle et
pervertissant ses instincts.
Non, elle donnait. Et pour réparer les brèches faites à son trésor,
elle travaillait jusqu'à se gâter la vue, avec une si âpre ardeur,
que la digne marchande de la rue Saint-Denis lui demandait si elle
n'employait pas des ouvrières. Elle ne se faisait aider que par
Gilberte, qui dès l'âge de huit ans savait déjà se rendre utile.
Et ce n'est pas tout. Pour ce fils, en prévision de dépenses
croissantes, elle descendait à des expédients qui, jadis, pour
elle-même, lui eussent paru indignes et déshonorants. Elle vola le
ménage, faisant danser l'anse de son propre panier. Elle en vint à se
confier à sa domestique et à faire de cette fille la complice de ses
manoeuvres. Elle s'ingéniait à servir à M. Favoral des dîners où
l'excellence de la sauce l'empêchait de remarquer l'absence du
poisson. Et le dimanche, quand elle rendait ses comptes hebdomadaires,
c'est sans rougir qu'elle augmentait de quelques centimes le prix de
chaque objet, s'applaudissant quand elle avait ainsi grappillé une
douzaine de francs, et trouvant, pour se justifier à ses yeux, de ces
sophismes qui jamais ne font défaut à la passion.
Au début, Maxence était trop jeune pour se préoccuper des sources
où sa mère puisait l'argent qu'elle prodiguait à ses fantaisies
d'écolier.
Elle lui recommandait de se cacher de son père, il se cachait et
trouvait cela tout naturel.
Le discernement lui devait venir avec l'âge.
Le moment arriva où il ouvrit les yeux sur le régime auquel était
soumise la maison paternelle. Il y vit cette économie inquiète qui
semble dénoncer la gêne, et les âpres discussions que soulevait
l'emploi inconsidéré d'une pièce de vingt francs. Il vit sa mère
réaliser des miracles d'industrie pour dissimuler la pauvreté de
sa toilette et recourir à la plus savante diplomatie quand elle
souhaitait acheter une robe neuve à Gilberte.
Et lui, malgré tout, se trouvait avoir à sa disposition autant
d'argent que ceux d'entre ses camarades; dont les parents passaient
pour être les plus opulents et les plus généreux.
Inquiet, il interrogea.
--Eh! que t'importe! lui répondit sa mère, toute rougissante et toute
embarrassée, voilà-t-il pas un grave sujet de préoccupation!
Et comme il insistait:
--Va, nous sommes riches, lui dit-elle.
Mais il ne pouvait la croire, accoutumé qu'il était à toujours
entendre crier misère, et comme il fixait sur elle de grands yeux
surpris:
--Oui, reprit-elle, avec une imprudence qui, fatalement, devait porter
ses fruits, nous sommes riches, et si nous vivons comme tu le vois,
c'est que cela convient à ton père, qui veut amasser une fortune plus
grande encore.
Ce n'était pas une réponse, et cependant Maxence n'en demanda pas
plus. Mais il s'informa de droite et de gauche, avec cette adresse
patiente des jeunes gens armés d'une idée fixe.
Déjà, à cette époque, M. Vincent Favoral avait dans le quartier, et
même parmi ses amis, la réputation d'être pour le moins millionnaire.
Le _Comptoir de crédit mutuel_ avait pris des développements
considérables; il avait dû, pensait-on, en profiter largement, et les
bénéfices avaient dû grossir vite entre les mains d'un homme aussi
habile que lui et dont la sévère économie était célèbre.
Voilà ce qu'on dit à Maxence, mais non sans lui donner ironiquement à
entendre qu'il aurait tort de compter sur la fortune paternelle pour
mener joyeuse vie.
M. Desormeaux lui-même, qu'il avait interrogé assez adroitement, lui
dit en lui frappant amicalement sur l'épaule:
--S'il vous faut jamais de la monnaie pour vos fredaines de jeune
homme, tâchez d'en gagner, car ce n'est sacrebleu pas papa qui vous en
fournira.
De telles réponses compliquaient, au lieu de l'expliquer, le problème
qui troublait Maxence.
Il observa, il épia, et enfin il en arriva à acquérir la certitude que
l'argent qu'il dépensait était le produit du travail de sa mère et de
sa soeur...
--Ah! pourquoi ne l'avoir pas dit!... s'écria-t-il en se jetant au cou
de sa mère, pourquoi m'avoir exposé aux regrets amers que j'éprouve en
ce moment!...
Par ce seul mot, la pauvre femme se trouva largement payée. Elle
admira la noblesse des sentiments de son fils et la bonté de son
coeur.
--Ne comprends-tu donc pas, lui dit-elle, en versant des larmes de
joie, ne vois-tu pas bien que c'est un bonheur, pour une mère, le
travail qui peut servir au plaisir de son fils!...
Mais il était consterné de sa découverte.
--N'importe! dit-il. Je jure bien qu'on ne me verra plus jeter au
vent, comme autrefois, l'argent que tu me donnes...
Pendant plusieurs semaines, en effet, il fut fidèle à cet engagement
qu'il venait de prendre. Mais à dix-sept ans, les résolutions ne sont
pas bien solides. L'impression qu'il avait ressentie s'effaça. Il
s'ennuya des petites privations qu'il s'imposait.
Il en vint à prendre au pied de la lettre ce que lui avait dit sa
mère et à se prouver que se priver d'un plaisir c'était l'en priver
elle-même. Il demanda dix francs un jour, puis dix francs encore, il
reprit ses habitudes...
Il touchait alors à la fin de ses études.
--Voilà le moment venu, disait M. Favoral, de choisir une carrière et
de se suffire à soi-même.
X
Pour s'inquiéter d'une profession, Maxence Favoral n'avait pas attendu
les avertissements paternels.
Les écoliers modernes sont précoces, ils savent le fort et le faible
de la vie, et quand ils abordent le baccalauréat, ils sont bien
désenchantés déjà, ayant usé leurs illusions derrière leur pupitre,
pendant les longues études du soir.
Et il serait difficile qu'il en fût autrement. Au fond des lycées,
fatalement se retrouve l'écho des préoccupations et le reflet des
moeurs du moment. Il n'y a ni murailles ni surveillants qui tiennent.
En même temps que la boue de la ville, dont leurs souliers sont
maculés, les élèves rapportent, les soirs de sortie, leur provision
d'observations et de faits.
Qu'ont-ils vu, pendant la journée, dans leur famille ou chez leur
correspondant?
Des convoitises ardentes, d'insatiables appétits de luxe, de
bien-être, de jouissances, de plaisirs, le dédain des labeurs
patients, le mépris des convictions austères, d'âpres besoins
d'argent, la volonté de parvenir à tout prix et la résolution de
violenter la fortune à la première bonne occasion.
Assurément on a dissimulé devant eux, mais ils ont l'entendement
subtil.
Leur père leur a bien dit, d'un ton grave, qu'il n'est rien de
respectable en ce monde que le travail et la probité, mais ils ont
surpris ce même père saluant à peine un pauvre diable d'honnête homme,
et s'inclinant jusqu'à terre devant quelque gredin flétri par trois
jugements, mais riche de six millions.
Conclusion?... Oh! ils s'entendent à conclure, car il n'est tels que
les jeunes gens pour être logiques et déduire d'un fait ses dernières
conséquences.
Ils savent, pour la plupart, qu'il leur faudra faire quelque chose,
mais quoi? Et c'est alors que, pendant les récréations, leur
imagination s'exerce à chercher cette fameuse profession, jusqu'ici
introuvable, qui donne la fortune sans travail et la liberté en même
temps qu'une situation brillante.
C'est eux qu'il faut entendre éplucher et discuter toutes les
carrières qui s'ouvrent aux jeunes ambitions. Et que de rires, si
quelque naïf s'avise de citer un de ces emplois modestes où l'on gagne
au début cent cinquante francs! c'est à peine ce que dépense tel
externe, rien que pour ses cigares et ses voitures quand il est en
retard.
Maxence n'était ni meilleur ni pire que les autres. De même que les
autres, il s'ingénia à découvrir le métier idéal qui enrichit son
homme en l'amusant.
Sous prétexte qu'il dessinait joliment, il parla de se faire peintre,
calculant avec aplomb ce que rapporte la peinture et comptant d'après
un journal ce que gagnent Corot ou Gérôme, Ziem, Daubigny et quelques
autres, qui recueillent enfin le prix d'incessants efforts et
d'écrasants labeurs.
Mais en fait de tableaux, M. Vincent Favoral n'appréciait que les
vignettes bleues de la banque de France.
--Je ne veux pas d'artiste dans ma famille! déclara-t-il, d'un ton qui
n'admettait pas de réplique.
Maxence eût été volontiers ingénieur, car l'ingénieur est à la mode.
Mais les examens de l'École polytechnique sont roides. Ou officier de
cavalerie. Mais les deux années de Saint-Cyr manquent de gaieté. Ou
chef de bureau comme M. Desormeaux, mais il faut commencer par être
surnuméraire.
Après avoir longtemps hésité entre le droit et la médecine, il finit
par reconnaître qu'il voulait être avocat, influencé surtout par les
joyeuses légendes du quartier latin.
Ce n'était pas précisément le rêve de M. Vincent Favoral.
--Cela va coûter encore de l'argent, gronda-t-il.
Or, il s'était bercé de cette fausse espérance que son fils, au sortir
du lycée, entrerait immédiatement dans une maison de commerce où il
gagnerait de quoi se suffire.
Battu en brèche par sa femme, cependant, et sollicité par ses amis, il
céda.
--Soit, dit-il à Maxence, tu feras ton droit. Seulement, comme il
ne peut me convenir que tu gaspilles tes journées à flâner dans les
estaminets de la rive gauche, tu travailleras en même temps chez un
avoué. Dès samedi prochain, je m'entendrai avec mon ami Chapelain.
Ce stage chez un avoué, Maxence ne l'avait pas prévu, et il faillit
reculer devant cette perspective d'une discipline qu'il prévoyait
devoir être aussi exigeante que celle du collège.
Pourtant, ne découvrant rien de mieux, il persista. Et la rentrée
venue, il prit sa première inscription et fut installé à un pupitre
chez Me Chapelain, dont l'étude était alors rue Saint-Antoine.
La première année, tout alla passablement.
La somme de liberté qui lui était laissée lui suffisait. Son père ne
lui accordait pas un centime pour ses menus plaisirs, mais l'avoué,
en sa qualité de vieil ami de sa famille, faisait pour lui ce qu'il
n'avait jamais fait pour un clerc amateur, et lui allouait vingt
francs par mois. Mme Favoral ajoutant quelques pièces de cent sous à
ces vingt francs, Maxence se déclarait satisfait.
Malheureusement, nul moins que lui, avec son imagination vive et son
tempérament fougueux, n'était fait pour cette existence paisible,
pour cette besogne toujours la même, que ne passionnaient ni les
difficultés à vaincre, ni les rivalités d'amour-propre, ni les
satisfactions du résultat obtenu.
Bientôt il se lassa.
Il avait retrouvé à l'École de Droit d'anciens camarades de
l'institution Massin, dont les parents habitaient la province, et qui,
par conséquent, vivaient libres au quartier latin, moins assidus aux
cours qu'à la brasserie de la Source ou à la Closerie des Lilas.
Il envia leur vie joyeuse, leur liberté sans contrôle, leurs plaisirs
faciles, leur chambre meublée, et jusqu'à la gargote où ils prenaient
à crédit tout ce qu'on voulait bien leur donner, réservant l'argent de
leur pension pour la distraction qu'il faut payer comptant.
Mais Mme Favoral n'était-elle pas là?...
Elle avait tant travaillé, la pauvre femme, surtout depuis que Mlle
Gilberte était presque une jeune fille, elle avait tant économisé,
tant grappillé, que sa réserve, malgré le nombre des emprunts,
s'élevait à une somme assez forte.
Quand Maxence voulait deux ou trois louis, il n'avait qu'un mot à
dire. Il les voulut souvent.
Aussi devint-il d'une jolie force au billard. Il eut sa pipe culottée
au râtelier d'une brasserie, il prit l'absinthe avant de dîner et
s'exerça le soir à _effacer_ des bocks. L'audace lui venant, il dansa
à Bullier, il connut les cabinets particuliers de Foyot et enfin eut
une maîtresse.
Si bien qu'une après-midi, que M. Favoral avait été appelé par une
affaire de l'autre côté de l'eau, il se trouva nez à nez avec son
fils, lequel s'avançait, le cigare à la bouche, ayant au bras une
demoiselle supérieurement peinte et harnachée d'une toilette à faire
cabrer les chevaux de fiacre.
C'est dans un état d'indicible fureur qu'il regagna la rue
Saint-Gilles.
--Une femme! s'écriait-il d'un accent de pudeur révoltée. Une
drôlesse! lui! mon fils!...
Et lorsque ce fils reparut au logis, l'oreille fort basse, son premier
mouvement fut de recourir à la correction d'autrefois.
Mais Maxence venait d'avoir dix-neuf ans.
A la vue de la canne levée sur lui, il devint plus blanc que sa
chemise, et l'arrachant des mains de son père, il la brisa sur son
genou, en jeta violemment les morceaux à terre et s'élança dehors.
--Il ne remettra plus les pieds ici! s'écriait le caissier du
_Comptoir de crédit mutuel_, jeté hors de lui par un acte de
résistance qui lui semblait inouï. Je le chasse. Qu'on fasse un paquet
de son linge et de ses habits et qu'on le porte au premier hôtel venu.
Je ne veux plus le voir!...
Longtemps Mme Favoral et Mlle Gilberte se traînèrent à ses pieds,
avant d'obtenir qu'il revînt sur sa détermination.
--Il nous déshonorera tous! répétait-il, ne comprenant pas que c'était
lui qui avait, en quelque sorte, poussé Maxence dans la voie funeste
où il était engagé, oubliant que les sévérités absurdes du père
préparent les complaisances périlleuses de la mère; ne voulant pas
s'avouer qu'un chef de famille a d'autres devoirs que de donner aux
siens la pâtée et la niche, et qu'un père est mal venu à se plaindre
qui n'a pas su se faire l'ami et le conseiller de son fils.
Enfin, après les plus violentes récriminations, il pardonna--en
apparence du moins.
Mais les écailles lui étaient tombées des yeux. Il courut aux
informations et découvrit des choses énormes.
Il sut par Me Chapelain, adroitement questionné, que Maxence restait
des semaines entières sans paraître à l'étude. Si l'avoué ne s'était
pas plaint jusqu'alors, c'est qu'il avait eu la bouche fermée par les
supplications de Mme Favoral, et il n'était pas fâché, ajoutait-il,
d'un aveu qui soulageait sa conscience.
Ainsi, le caissier surprit une à une toutes les fredaines de son
fils. Il apprit qu'il était presque inconnu à l'École de Droit, qu'il
passait ses journées dans les cafés, et que le soir, pendant qu'il le
croyait endormi, il s'échappait pour courir les théâtres et les bals.
--Ah! c'est ainsi, se disait-il, ah! ma femme et mes enfants sont
ligués contre moi, le maître!... Eh bien! nous verrons!