La rime n’est pas riche et le style en est vieux[28]

MOLIÈRE, _Misanthrope_.

C’était un matin de mai,

Quand l’oiseau dans la nuée,

L’arbre au bois, la fleur au pré,

Chantent l’amour réveillée.

C’était un matin de mai,

Quand Rosalinda l’infante

Sur le rivage embaumé

Peignait sa tête charmante.

Blanches fleurs on lui portait,

Rouges fleurs avec leur branche:

Mais en grâce elle passait

Et la fleur rouge et la blanche.

Mieux que celle des épis,

Mieux que la rose nouvelle,

Le nénuphar et le lis

La belle infante était belle.

Le comte amiral passait

Avec sa galère sombre

Mainte rame s’y pressait

Tant, qu’on n’en sait pas le nombre.

Les captifs ses noirs rameurs

Il les prit au pays More.

Tous, ils sont de grands seigneurs,

Ou du sang royal encore.

Depois Ceuta, pas un port

Qui ne redoute la guerre

Quand le comte amiral sort

Avec sa noire galère.

Voyez, comme elle fend l’eau,

Comme on y rame em mesure!

Que son capitaine est beau,

Que sa main est forte et sûre!

—‘Dites moi, comte amiral,

Pour ces captifs, votre prise,

Le labeur, est-il égal?

Rament-ils tous, sous la brise?

—‘Vous que je vois se mirer,

Belle infante, fleur d’élite,

Savent-ils, tous vous parer

Ces esclaves, votre suite?’

—‘L’amiral est peu galant,

Pour réponse une demande!

Qu’il parle, il se peut pourtant

Que sa réponse on lui rende.’

—‘Ainsi qu’un chef d’Adouar,

J’ai bien des captifs, madame,

Du travail tous ont leur part,

L’un manœuvre et l’autre rame.

‘Les captives au beau front

Dansent, effeuillant la rose,

Et de fleurs jonchent le pont,

Pour que leur maître y repose.

—‘Vous répondez, je vous dois

Comte, égale politesse:

J’ai, dociles à ma voix,

Esclaves de toute espèce.

‘L’un est là pour m’atourner

Et cet autre me fait brave (belle).

Un emploi reste à donner,

Où manque encor un esclave...

—‘Cet esclave il est trouvé,

Il défend qu’on le libère;

Il ne veut qu’être arrivé,

Ramez vite, allons à terre!

Et Rosalinda partit:

Et le comte est avec elle,

Les fleurs leur prêtent un lit,

L’oranger sa verte ombelle.

Mais le sort,—c’est là sa loi—

Ne veut qu’un bien sans mal vienne:

Là, passe un veneur du roi...

C’est ce destin qui l’amène.

—‘De tout ce qui tu vis là,

Ne conte rien à personne,

Veneur, on te donnera

De l’or à payer un trône.’

Mais ce que le veneur sait,

Près du roi vite il s’en vante,

Qui dans son palais était,

Et qui pensait à l’infante.

—‘En honneur dis chaque mot

Tu recevras récompense

Mais qui dit haut, ira haut,

C’est-à-dire à la potence.’

‘Vite, archers, vite clairons,

Sonnez, comme pour combattre,

Nobles, cavaliers, piétons

Vite, allons la forêt battre.’

Midi n’était pas frappé

Que sonne un glas mortuaire,

Minuit n’avait pas tinté

Que leur tête était par terre.

Quand l’Angelus vint après

Dans leur fosse on les emporte,

Elle au maître-autel, lui près

Des marches de la grand’ porte.

Voilà qu’au premier tombeau

Nait un noble et puissant arbre,

Quand un rosier grand et beau

Pousse auprès du second marbre.

—‘Ça qu’on les lie en fagot

Pour en faire de la cendre,’

Cria le vieux roi, sitôt

Que la chose il put apprendre.

Mais on eut beau les raser,

Chacun à l’envi repousse;

Même, ils semblent se baiser

Sous la bise qui les pousse.

Au roi l’on a révélé

Cette aventure inouie.

Depuis, il n’a plus parlé;

La reine est évanoui.

D’elle on a pu retenir

Ces mots: ‘Je ne suis plus reine!

Dieu voulait les réunir,

Nous avons rompu leur chaîne!’

Romanceiro I: Romances da Renascença · 第 128 / 209 题