_Nous commençons dans ce numéro la publication de_
La Toison d'or, par J.-H. ROSNY.
_Nos abonnés, qui n'ont pas oublié_ la Collectionneuse, _parue dans_
L'Illustration en 1904, _savent déjà qu'un roman des frères Rosny n'est
pas seulement une belle oeuvre littéraire, mais qu'à leur maîtrise de
style, ces deux écrivains joignent les dons d'imagination qui font seuls
les grands conteurs_. La Toison d'or _est un récit qui, dès le début,
intéressera tous les lecteurs,--et qui, un peu plus loin, les
passionnera._
_Il y a quelque temps, nous avions promis une surprise à nos abonnés,
dans le domaine du roman. Elle sera double._
_On sait que, depuis quelque? années, le théâtre enlève au roman
beaucoup des meilleurs écrivains. Puisque les romanciers font des
pièces, pourquoi les romans ne seraient-ils pas écrits désormais par les
auteurs dramatiques? C'est ce que_ L'Illustration _a suggéré l'été
dernier à deux des plus illustres, au lendemain de deux des plus beaux
triomphes de leur carrière._
_L'entreprise tenta tout de suite M. Henri Lavedan, qui voulut bien nous
promettre de consacrer les vacances que lui donnait le succès éclatant
du_ Duel _à écrire pour_ L'Illustration _un roman. Cette oeuvre est
terminée aujourd'hui. Le brillant académicien, dont le souple génie
littéraire est coutumier de ces transformations, s'est acquitté comme en
se jouant de cette tâche nouvelle. Et nous avons ainsi le plaisir
d'annoncer pour le 17 février 1906 (dans trois mois), les premières
pages de_
Le Bon Temps, par HENRI LAVEDAN.
_M. Alfred Capus, avant de faire jouer les exquises comédies qui l'ont
rendu célèbre, avait publié déjà quelques romans: mais son nom n'était
pas encore prestigieux et c'est aujourd'hui seulement qu'on en apprécie
la philosophie souriante et les fines analyses. Lui aussi nous donnera
en 1906 un roman nouveau, écrit entre son succès d'hier_: Monsieur
Piégois, _et ses succès de demain_: l'Attentat _et_ les Passagères.
_Nous publierons dans le courant de l'année prochaine:_ Robinson, par
ALFRED CAPUS. _Comme nous l'avons annoncé déjà, c'est aux lecteurs de_
L'Illustration _qu'est réservée également la primeur des oeuvres
nouvelles de deux des premiers romanciers d'aujourd'hui:_
La Mémoire du coeur, par MICHEL CORDAY.
et
La Douceur de vivre, par MARCELLE TINAYRE.
_Ces cinq romans, imprimés sur papier vergé, et illustrés de belles
gravures en deux tons, formeront à la fin de 1906 un magnifique volume
de bibliothèque, de plus de 500 pages, contenant 50 hors texte._
NOS SUPPLÉMENTS DE THÉÂTRE
_Nous donnons avec ce numéro:_
La Marche nuptiale, par HENRY BATAILLE.
_Nous publierons la semaine prochaine:_
Bertrade, par JULES LEMAITRE.
_Et, dans les numéros de décembre et janvier:_
Les Oberlè, par EDMOND HARAUCOURT,
(d'après le roman de René Bazin);
La Rafale, par HENRY BERNSTEIN;
Jeunesse, par ANDRÉ PICARD;
Le Réveil par PAUL HERVIEU
_ainsi que les autres pièces à succès qui seront représentées dans cette
période._
[Illustration: L'EXCITATION A L'ÉMEUTE, LE JOUR DU MANIFESTE, A ODESSA]
Cette gravure et celle qui représente la «bande noire» parcourant les
rues de Moscou caractérisent et résument en quelque sorte les deux
mouvements populaires en conflit dans les événements qui se déroulent
actuellement en Russie: révolution et contre-révolution.
Le pouvoir a espéré que l'octroi, par lui, au peuple russe, des libertés
essentielles allait soulever dans l'empire entier une explosion
d'allégresse. Il a provoqué, invité la foule à la joie. Des
illuminations ont été préparées partout. A Odessa, par exemple, où fut
prise la photographie ci-dessus, le blason impérial, que surmonte le
premier vers de l'hymne impérial, voeu et prière, _Boje Tsara kram_, est
prêt à illuminer de son aigle de feu le péristyle de la Douma. Mais les
agitateurs l'ont entendu autrement. Il leur faut plus encore qu'on ne
leur promet, qu'on ne leur donne, et ce premier succès les enhardit. Une
foule se rue vers la Douma, parée pour la fête. Plus d'illuminations.
_Boje, Tsara_ les deux premiers mots de l'inscription, le nom de Dieu,
celui de l'empereur, sont arrachés, brisés, et, dans la carcasse
métallique des armoiries, des orateurs grimpent pour haranguer les
manifestants et les exciter à la révolte.
En face de cette attitude, les conservateurs, naturellement,
s'organisent aussi,--pour résister et encourager l'empereur à la
réaction. Et c'est l'origine de la création des bandes dites «cent
noirs», véritables partis de contre-révolutionnaires, de chouans,
eussent dit nos grands-pères, décidés à s'opposer par la violence à la
violence, à répondre aux excès par des excès pareils, et dont le choc
contre les éléments de la révolution a déjà fait couler tant de sang.