Nous espérions, Michelle et moi, reprendre à Guéthary, dans notre petite
maison où nous fîmes peu de changements, la vie que nous avions menée à
Ciboure et que l’arrivée d’Odette interrompit. Nous ne connaissions pas
Odette. Elle avait déchaîné la guerre. Elle se hâta de sonner
l’armistice. Elle était la joie personnifiée. Elle nous le prouva.
Michelle, mécontente, offensée, avait obtenu sans peine de moi que nous
n’irions, sinon jamais à cause de Georges, du moins que le plus rarement
possible à la villa de Ciboure. Vaine résolution. Nous ne connaissions
pas Odette. Nous n’allions pas à Ciboure? Elle vint à Guéthary. Il ne se
passait guère de journée où elle ne vînt, pour dix minutes ou pour deux
heures. Elle venait même quand Georges n’était pas libre; car, férue
d’automobilisme, elle lui avait conseillé de s’occuper de vente et
d’achat de voitures, et il trouvait à Biarritz, dans la colonie
étrangère, une clientèle facile. Chez nous, comme chez elle, elle
bousculait tout. Elle houspillait Joséphine, si on ne lui servait pas
assez vite une tasse de verveine ou un verre d’eau glacée. Elle tançait
Michelle, qui doutait des plaisirs que réserve une dix-chevaux conduite
à toute allure sur une route nationale, ou un tango savamment ralenti.
Ou bien elle m’attaquait, balayant de la main les fiches étalées sur ma
table, me reprochait de séquestrer Michelle et de vivre dans un cocon,
et tentait de m’entraîner à quelque promenade dans sa voiture, afin d’y
entraîner Michelle. Il est juste que j’ajoute qu’il y avait beaucoup de
charme en cette exubérance d’Odette. Nous nous étions trop pressés de la
condamner. Elle nous désarmait, et Michelle autant que moi, car elle
avait l’air de nous réserver, sous ses bourrades et ses plaisanteries,
une affection de choix dans son cœur.