LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.

Nous avons, on se rappelle, laissé Salvato Palmieri sur le point de

transmettre aux conjurés la réponse de Championnet.

En effet, on se rappelle qu'au nom des patriotes italiens, Hector

Caraffa avait écrit au général français qui venait d'obtenir le

commandement de l'armée de Rome, pour lui faire part de la disposition

des esprits à Naples et lui demander si, le cas d'une révolution

échéant, on pouvait compter sur l'appui, non-seulement de l'armée

française, mais aussi du gouvernement français.

Disons quelques mots de cette belle personnalité républicaine, une des

gloires les plus pures de nos jours patriotiques; nous avons à lui faire

prendre sa place dans le grand tableau que nous essayons de tracer, et,

montrant où il va, il est bon que nous fassions voir d'où il vient.

Le général Championnet était, à l'époque où nous sommes arrivés, un

homme de trente-six ans, à la figure douce et prévenante, mais cachant

sous cette physionomie, qui était plutôt celle d'un homme du monde que

celle d'un soldat, une puissante énergie de volonté et un courage à

toute épreuve.

Il était fils naturel d'un président aux élections qui, ne voulant

pas lui donner son nom, lui avait donné celui d'une petite terre des

environs de Valence, sa ville natale.

C'était un esprit aventureux, dompteur de chevaux avant d'être un

dompteur d'hommes. A douze ou quinze ans, il montait les animaux les

plus rétifs et les réduisait à l'obéissance.

A dix-huit ans, il se mit à la poursuite de l'un ou de l'autre de

ces deux fantômes que l'on nomme la gloire ou la fortune, partit pour

l'Espagne, et, sous le nom de Bellerose, s'engagea dans les troupes

wallones.

Au camp de Saint-Roch, qui s'était formé devant Gibraltar, il rencontra,

dans le régiment de Bretagne, plusieurs de ses camarades de collège;

ils obtinrent de son colonel qu'il quittât les gardes wallones et passât

avec eux, comme volontaire.

A la paix, il rentra en France et trouva son père ouvrant ses deux bras

à l'enfant prodigue.

Aux premiers mouvements de 1789, il s'engagea de nouveau. Le canon du

10 août retentit et la première coalition se forma. Chaque département

alors offrit son bataillon de volontaires; celui de la Drôme fournit le

6e bataillon; Championnet en fut nommé chef et gagna avec lui Besançon.

Ces bataillons de volontaires formaient l'armée de réserve.

Pichegru, en passant par Besancon pour aller prendre le commandement de

l'armée du Haut-Rhin, y retrouva Championnet, qu'il avait connu quand il

était chef de bataillon de volontaires comme lui. Championnet le supplia

de l'appeler à l'armée active; son désir fut satisfait.

A partir de ce moment, Championnet inscrivit son nom à côté des noms de

Joubert, de Marceau, de Hoche, de Kléber, de Jourdanet de Bernadotte.

Il servit alternativement sous eux, ou plutôt fut leur ami. Ils

connaissaient si bien le caractère aventureux du jeune homme, que,

lorsqu'il y avait quelque expédition bien difficile, presque impossible

à conduire à bien, ils disaient:

--Envoyons-y Championnet.

Et celui-ci, en revenant vainqueur, justifiait toujours le proverbe qui

dit: _Heureux comme un bâtard_.

Cette suite de succès fut récompensée par le titre de général de

brigade, puis par celui de général de division, commandant les côtes de

la mer du Nord depuis Dunkerque jusqu'à Flessingue.

La paix de Campo-Formio le rappela à Paris.

Il y revint, et, de toute sa maison militaire, ne garda qu'un jeune aide

de camp.

Dans les différentes rencontres qu'il avait eues avec les Anglais,

Championnet avait remarqué un jeune capitaine qui, à cette époque où

tout le monde était brave, avait trouvé moyen d'être remarqué pour sa

bravoure. Aucun engagement n'avait lieu auquel il prit part, qu'on ne

citât de lui quelque action d'éclat. A la prise d'Altenkirchen, il était

monté le premier à l'assaut. Au passage de la Lahn, il avait sondé

la rivière et trouvé un gué sous le feu de l'ennemi. Aux défilés de

Laubach, il avait pris un drapeau. Enfin, à l'affaire du camp des Dunes,

à la tête de trois cents hommes, il avait attaqué quinze cents Anglais;

mais, dans une charge désespérée qu'avait faite le régiment du prince de

Galles, les Français ayant été repoussés, lui, avait dédaigné de faire

un pas en arrière.

Championnet, qui le suivait des yeux, l'avait vu de loin disparaître

entouré d'ennemis. Admirateur de la bravoure comme tout brave,

Championnet alors s'était mis de sa personne à la tête d'une centaine

d'hommes et avait chargé pour le délivrer. Arrivé au point où le jeune

officier avait disparu, il l'avait retrouvé debout, le pied sur la

poitrine du général anglais, à qui il avait cassé la cuisse d'un coup

de pistolet, entouré de cadavres et blessé lui-même de trois coups

de baïonnette; il le força de sortir de la mêlée, le recommanda à son

propre chirurgien, et, lorsqu'il fut guéri, lui offrit d'être son aide

de camp.

Le jeune capitaine accepta.

C'était Salvato Palmieri.

Lorsqu'il se nomma, son nom fut un nouveau sujet d'étonnement pour

Championnet. Il était évident qu'il était Italien; d'ailleurs, n'ayant

aucune raison de renier son origine, il la confessait lui-même, et

cependant, chaque fois qu'il avait fallu obtenir quelques renseignements

de prisonniers anglais ou autrichiens, Salvato les avait interrogés

dans leur langue avec autant de facilité que s'il fût né à Dresde ou à

Londres.

Salvato s'était contenté de répondre à Championnet qu'ayant été

transporté tout jeune en France, et ayant achevé son éducation en

Angleterre et en Allemagne, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il

parlât l'allemand, l'anglais et le français comme sa langue maternelle.

Championnet, comprenant de quelle utilité pouvait lui être un jeune

homme à la fois si brave et si instruit, l'avait, comme nous l'avons

dit, gardé seul de toute sa maison militaire et ramené à Paris.

Lors du départ de Bonaparte pour l'Égypte, quoiqu'on ne connût pas le

but de l'expédition, Championnet avait demandé à suivre la fortune du

vainqueur d'Arcole et de Rivoli; mais Barras, auquel il s'était adressé,

lui avait mis la main sur l'épaule en lui disant:

--Reste avec nous, citoyen général; nous aurons besoin de toi sur le

continent.

Et, en effet, Bonaparte parti, Joubert le remplaçant dans le

commandement de l'armée d'Italie, celui-ci demanda qu'on lui adjoignit

Championnet pour commander l'armée de Rome, destinée à surveiller et, au

besoin, à menacer Naples.

Et, cette fois, Barras, qui lui portait un intérêt tout particulier, lui

avait dit, en lui remettant ses instructions:

--Si la guerre éclate de nouveau, tu seras le premier des généraux

républicains chargé de détrôner un roi.

--Les intentions du Directoire seront remplies, répondit Championnet

avec une simplicité digne d'un Spartiate.

Et, chose étrange, la promesse devait se réaliser.

Championnet partit pour l'Italie avec Salvato; il parlait déjà l'italien

avec facilité, la pratique seule de la langue lui manquait; mais, à

partir de ce moment, il ne parla plus qu'italien avec Salvato, et même,

dans la prévoyance de ce qui pouvait arriver, il s'exerça avec lui au

patois napolitain, qu'en s'amusant Salvato avait appris de son père.

A Milan, où le général s'arrêta à peine quelques jours, Salvato fit

connaissance avec le comte de Ruvo et le présenta au général Championnet

comme un des plus nobles seigneurs et des plus ardents patriotes de

Naples. Il lui raconta comment Hector Caraffa, dénoncé par les espions

de la reine Caroline, persécuté et emprisonné par la junte d'État,

s'était évadé du château Saint-Elme, et demanda pour lui la faveur de

suivre l'état-major sans y être attaché par aucun grade.

Tous deux l'accompagnèrent à Rome.

Le programme donné au général Championnet était celui-ci:

«Repousser par les armes toute agression hostile contre l'indépendance

de la république romaine, et porter la guerre sur le territoire

napolitain si le roi de Naples exécutait les projets d'invasion qu'il

avait si souvent annoncés.»

Une fois à Rome, le comte de Ruvo, comme nous l'avons raconté plus haut,

n'avait pu résister au désir de prendre une part active au mouvement

révolutionnaire qui était, disait-on, sur le point d'éclater à

Naples; il était entré dans cette ville sous un déguisement, et,

par l'intermédiaire de Salvato, avait mis les patriotes italiens en

communication avec les républicains français, pressant le général de

leur envoyer Salvato, dans lequel Championnet avait la plus grande

confiance, et qui ne pouvait manquer d'inspirer une confiance pareille

à ses compatriotes. Le but de cette mission était de faire voir au jeune

homme, par ses propres yeux, le point où en étaient les choses, afin

qu'il pût, de retour près du général, lui rendre compte des moyens que

les patriotes avaient à leur disposition.

Nous avons vu à travers quels dangers Salvato était arrivé au

rendez-vous, et comment, les conjurés n'ayant point de secrets pour lui,

il avait voulu, de son côté, pour qu'ils pussent mesurer son patriotisme

à la position que les événements lui avaient faite, n'avoir point de

secrets pour eux.

Mais, par malheur, les moyens d'action de Championnet, dans le

commandement qu'il venait de recevoir et qui avaient pour but la

protection de la république romaine, étaient loin de répondre à ses

besoins. Il arrivait dans la ville éternelle un an après que le meurtre

du général Duphot, sinon provoqué, du moins toléré et laissé impuni par

le pape Pie VI, avait amené l'envahissement de Rome et la proclamation

de la république romaine.

C'était Berthier qui avait eu l'honneur d'annoncer au monde cette

résurrection. Il avait fait son entrée à Rome et était monté au Capitole

comme un triomphateur antique, foulant cette même voie Sacrée qu'avaient

foulée, dix-sept siècles auparavant, les triomphateurs de l'univers.

Arrivé au Capitole, il avait fait deux fois le tour de la place où

s'élève la statue de Marc-Aurèle, aux cris frénétiques de «Vive la

liberté! vive la république romaine! vive Bonaparte! vive l'invincible

armée française!»

Puis, ayant réclamé le silence, qui lui fut accordé à l'instant même, le

héraut de la liberté avait prononcé le discours suivant:

--Mânes de Caton, de Pompée, de Brutus, de Cicéron, d'Hortensius,

recevez les hommages des hommes libres, dans ce Capitole où vous

avez tant de fois défendu les droits du peuple et illustré par votre

éloquence ou vos actions la république romaine. Les enfants des Gaulois,

l'olivier à la main, viennent dans ce lieu auguste rétablir les autels

de la liberté dressés par le premier des Brutus. Et vous, peuple romain,

qui venez de reprendre vos droits légitimes, rappelez-vous quel sang

coule dans vos veines! Jetez les yeux sur les monuments de gloire qui

vous environnent, reprenez les vertus de vos pères, montrez-vous dignes

de votre antique splendeur, et prouvez à l'Europe qu'il est encore des

âmes qui n'ont point dégénéré des vertus de vos ancêtres!

Pendant trois jours, on avait illuminé Rome, tiré des feux d'artifice,

planté des arbres de la Liberté, dansé, chanté, crié: «Vive la

République!» autour de ces arbres; mais l'enthousiasme avait été de

courte durée. Dix jours après le discours de Berthier, qui, outre

l'allocution aux mânes de Caton et d'Hortensius, contenait la promesse

d'un respect inviolable pour les revenus et les richesses de l'Église,

on avait, par l'ordre du Directoire, porté à la Monnaie les trésors

de cette même Église pour y être fondus, transformés en pièces d'or et

d'argent, non pas à l'effigie de la république romaine, mais à celle de

la république française, et versés dans les caisses, les uns disaient du

Luxembourg et les autres de l'armée: ceux qui disaient dans les caisses

de l'armée étaient en minorité, et en minorité encore plus grande ceux

qui le croyaient.

Puis on avait mis en vente les biens nationaux, et, comme le Directoire

avait un pressant besoin d'argent pour l'armée d'Égypte, disait-il, ces

biens avaient été vendus en toute hâte et à un prix fort au-dessous de

leur valeur. Alors, des appels en argent et en nature avaient été faits

aux riches propriétaires, qui, malgré leur patriotisme, auquel les

exigences réitérées du gouvernement français avaient, nous devons

l'avouer, porté une rude atteinte, avaient été bientôt mis à sec.

Il en résultait que, malgré les sacrifices faits par les classes riches

de la société, les besoins du Directoire se renouvelant sans cesse,

aucune des dépenses les plus indispensables n'avait pu être acquittée,

et que la solde des troupes nationales, les appointements des

fonctionnaires publics, présentaient, au bout de trois mois, un arriéré

qui datait du jour même où la république avait été proclamée.

Les ouvriers, ne recevant plus de salaires, et, d'ailleurs, on le sait,

n'étant pas énormément enclins d'eux-mêmes au travail, ils avaient,

chacun de leur côté, abandonné leurs travaux et s'étaient faits, les uns

mendiants, les autres bandits.

Quant aux autorités, qui eussent dû, dans leurs fonctions, donner

l'exemple d'une intégrité lacédémonienne, comme elles ne recevaient

pas un sou, elles étaient devenues encore plus vénales et encore plus

voleuses qu'auparavant. La magistrature de l'annone, chargée de la

nourriture du peuple, institution de la vieille Rome des empereurs

qui s'était maintenue à travers la Rome des papes, n'ayant pu, avec du

papier-monnaie discrédité, faire les approvisionnements nécessaires, et

manquant de farine, d'huile, de viande, déclarait qu'elle ne savait plus

quel remède opposer à la famine; si bien que, quand Championnet arriva,

on se disait tout bas qu'il n'y avait plus à Rome que pour trois jours

de vivres, et que, si le roi de Naples et son armée n'arrivaient pas

bien vite pour chasser les Français, rétablir le saint-père sur son

trône et rendre l'abondance au peuple, on allait se trouver incessamment

dans l'alternative de se manger les uns les autres, ou de mourir de

faim.

Voilà ce que Salvato était chargé d'annoncer d'abord aux patriotes

napolitains; c'était la misérable situation de la république romaine,

situation à laquelle on allait essayer de faire face à force d'économie

et d'honnêteté. Pour commencer, Championnet avait chassé de Rome tous

les agents du fisc et avait pris sur lui d'appliquer aux besoins de la

ville et de l'armée tous les envois d'argent, de quelque part qu'ils

vinssent, qui se faisaient au Directoire.

Maintenant, voici ce que Salvato avait à ajouter relativement à la

situation de l'armée française, qui n'était guère plus florissante que

celle de la république romaine:

L'armée de Rome, dont Championnet venait de prendre le commandement

et qui, sur les cadres qu'il avait reçus du Directoire, se montait à

trente-deux mille hommes, était de huit mille hommes en réalité. Ces

huit mille hommes, qui, depuis trois mois, n'avaient pas reçu un sou

de solde, manquaient de chaussures, d'habits, de pain, et étaient comme

enveloppés par l'armée du roi de Naples, se composant de 60,000 hommes,

bien vêtus, bien chaussés, bien nourris et payés chaque jour. Pour

toutes munitions, l'armée française avait cent quatre-vingt mille

cartouches; c'était quinze coups de fusil à tirer par homme. Aucune

place n'était approvisionnée, nous ne dirons pas de vivres, mais

de poudre, et la pénurie était telle, qu'on en avait manqué à

Civita-Vecchia pour tirer sur un bâtiment barbaresque qui était venu

capturer une barque de pêcheur à demi-portée de canon du fort. On

n'avait en tout que neuf bouches à feu. Toute l'artillerie avait été

fondue pour faire de la monnaie de cuivre. Quelques forteresses avaient

des canons, c'est vrai; mais, soit trahison, soit négligence, dans

aucune les boulets n'étaient du calibre des pièces; dans quelques-unes,

il n'y avait pas de boulets du tout.

Les arsenaux étaient aussi vides que les forteresses; on avait

inutilement essayé d'armer de fusils deux bataillons de gardes

nationales, et cela dans un pays où l'on ne rencontrait pas un homme

qui n'eût son fusil sur l'épaule s'il était à pied, et en travers de sa

selle s'il était à cheval.

Mais Championnet avait écrit à Joubert, et l'on devait lui envoyer

d'Alexandrie et de Milan un million de cartouches et dix pièces de canon

avec leurs parcs.

Quant aux boulets, Championnet avait établi des fours, et il en faisait

fondre quatre ou cinq mille par jour. Ce qu'il demandait donc en grâce

aux patriotes, c'était de ne rien hâter, ayant besoin d'un mois encore

pour se mettre en mesure, non pas d'envahir, mais de se défendre.

Salvato était chargé d'une lettre dans ce sens pour l'ambassadeur

français à Naples, lettre où Championnet exposait à Garat sa situation,

et le priait de mettre tous ses soins à retarder une rupture entre les

deux cours. Cette lettre, heureusement enfermée dans un portefeuille de

basane hermétiquement fermé, n'avait point été atteinte par l'eau.

Au reste, Salvato en connaissait le contenu, et, fût-elle devenue

illisible, il pouvait la redire mot pour mot à l'ambassadeur; seulement,

l'ambassadeur, ne recevant pas la lettre, perdait la mesure du degré de

confiance qu'il pouvait accorder au porteur.

Tous ces faits exposés aux conjurés, il y eut un instant de silence

pendant lequel ils se regardèrent, s'interrogeant des yeux les uns les

autres.

--Que faire? demanda le comte de Ruvo, le plus impatient de tous.

--Suivre les instructions du général, répondit Cirillo.

--Et, pour m'y conformer, ajouta Salvato, je me rends à l'instant même

chez l'ambassadeur de France.

--Hâtez-vous, alors! dit du haut de l'escalier une voix qui fît

tressaillir tous les conjurés, et Salvato lui-même; car cette voix

n'avait pas encore été entendue. L'ambassadeur, à ce que l'on assure,

part cette nuit ou demain matin pour Paris.

--Velasco! firent à la fois Nicolino et Manthonnet.

Puis, continuant seul, Nicolino ajouta:

--Soyez tranquille, signor Palmieri: c'est le sixième ami que nous

attendions et qui, par ma faute, par ma très-grande faute, a passé sur

la planche que j'ai oublié de retirer, non pas une fois, mais deux fois,

la première en rapportant la corde, et la seconde en rapportant les

habits.

--Nicolino, Nicolino, dit Manthonnet, tu nous feras pendre.

--Je l'ai dit avant toi, répliqua insoucieusement Nicolino. Pourquoi

conspirez-vous avec un fou?

La San-Felice, Tome 01 · 第 28 / 46 题