L'ÉDUCATION DU ROI DE NAPLES.

«Lorsqu'à la mort du roi Ferdinand VI d'Espagne, Charles III quitta le

trône de Naples pour monter sur celui d'Espagne, il déclara incapable de

régner l'aîné de ses fils, fit le second prince des Asturies, et laissa

le troisième à Naples, où il fut reconnu roi, quoique encore en bas âge.

L'aîné avait été rendu imbécile par les mauvais traitements de la reine,

qui le battait toujours, comme les mauvaises mères de la lie du peuple;

elle était princesse de Saxe, dure, avare, impérieuse et méchante.

Charles, en partant pour l'Espagne, jugea qu'il fallait nommer un

gouverneur au roi de Naples, encore enfant. La reine, qui avait la plus

grande confiance dans le gouvernement, mit cette place, une des plus

importantes, aux enchères publiques; le prince San-Nicandro fut le plus

fort enchérisseur et l'emporta.

»San-Nicandro avait l'âme la plus impure qui ait jamais végété dans

la boue de Naples; ignorant, livré aux vices les plus honteux, n'ayant

jamais rien lu de sa vie, que l'office de la Vierge, pour laquelle il

avait une dévotion toute particulière, qui ne l'empêchait pas de se

plonger dans la débauche la plus crapuleuse, tel est l'homme à qui l'on

donna l'importante mission de former un roi. On devine aisément quelles

furent les suites d'un choix pareil; ne sachant rien lui-même, il ne

pouvait rien enseigner à son élève; mais ce n'était point assez pour

tenir le monarque dans une éternelle enfance: il l'entoura d'individus

de sa trempe et éloigna de lui tout homme de mérite qui aurait pu lui

inspirer le désir de s'instruire; jouissant d'une autorité sans bornes,

il vendait les grâces, les emplois, les titres; voulant rendre le roi

incapable de veiller à la moindre partie de l'administration du royaume,

il lui donna de bonne heure le goût de la chasse, sous prétexte de

faire ainsi sa cour au père, qui avait toujours été passionné pour cet

amusement. Comme si cette passion n'eût pas suffi pour l'éloigner des

affaires, il associa encore à ce goût celui de la pêche, et ce sont

encore ses divertissements favoris.

»Le roi de Naples est fort vif, et il l'était encore davantage étant

enfant: il lui fallait des plaisirs pour absorber tous ses moments; son

gouverneur lui chercha de nouvelles récréations et voulut en même temps

le corriger d'une trop grande douceur et d'une bonté qui faisaient

le fond de son caractère. San-Nicandro savait qu'un des plus grands

plaisirs du prince des Asturies, aujourd'hui roi d'Espagne, était

d'écorcher des lapins; il inspira à son élève le goût de les tuer; le

roi allait attendre les pauvres bêtes à un passage étroit par lequel

on les obligeait de passer, et, armé d'une massue proportionnée à ses

forces, il les assommait avec de grands éclats de rire. Pour varier ce

divertissement, il prenait des chiens ou des chats et s'amusait à les

berner jusqu'à ce qu'ils en crevassent; enfin, pour rendre le plaisir

plus vif, il désira voir berner des hommes, ce que son gouverneur trouva

très raisonnable: des paysans, des soldats, des ouvriers et même des

seigneurs de la cour, servirent ainsi de jouet à cet enfant couronné;

mais un ordre de Charles III interrompit ce noble divertissement; le

roi n'eut plus la permission de berner que des animaux, à la réserve

des chiens, que le roi d'Espagne prit sous sa protection catholique et

royale.

»C'est ainsi que fut élevé Ferdinand IV, à qui l'on n'apprit pas même à

lire et à écrire; sa femme fut sa première maîtresse d'école.»

La San-Felice, Tome 01 · 第 5 / 46 题