Et mon intention était vraiment de recevoir en chrétien cet horrible
coup, et de ne montrer ni de nourrir aucun ressentiment contre qui que
ce fût.
Le président loua ma tranquillité et me conseilla de la garder toujours,
en me disant que de cette tranquillité pouvait résulter peut-être, dans
deux ou trois ans, qu’on me jugeât digne d’une plus grande grâce. (Au
lieu de deux ou trois ans, ce fut un bien plus grand nombre d’années).
Les autres juges m’adressèrent aussi des paroles courtoises et pleines
d’espérance. Mais l’un d’eux, qui pendant le procès m’avait toujours
semblé très hostile, me dit une chose en apparence courtoise, mais qui
me parut poignante; et cette courtoisie, je la trouvai démentie par ses
regards, dans lesquels j’aurais juré qu’il y avait un sourire de joie et
d’insulte.
Aujourd’hui je ne jurerais plus qu’il en fut ainsi; je peux très bien
m’être trompé. Mais alors tout mon sang se troubla, et je me contins
pour ne pas éclater de fureur. Je dissimulai, et pendant qu’ils me
louaient encore de ma patience chrétienne, je l’avais déjà perdue en
secret.
«Demain, dit l’inquisiteur, nous aurons le regret d’être obligé de vous
annoncer la sentence en public; mais c’est une formalité indispensable.
--Soit, dis-je.
--A partir de ce moment, ajouta-t-il, nous vous accordons la compagnie
de votre ami.»
Et, ayant appelé le geôlier, ils me consignèrent de nouveau à lui, en
lui disant de me mettre avec Maroncelli.