SPORTS ATHLÉTIQUES

=I.--LES JEUX DE LA BALLE=

Les jeux de la balle remontent à la plus haute antiquité: Homère dans

son odyssée, nous montre Nausicaa, fille de roi, jouant à la balle avec

ses compagnes. Les Grecs englobaient divers exercices avec le ballon

sous le nom de «sphéristique». Les Romains jouaient à la «pila». De nos

jours, la balle est la reine du sport.

=Le football.=--Le football (de l'anglais _foot_, pied, _ball_, ballon)

est de tous les sports à la mode le plus répandu et celui qui développe

au mieux les qualités morales de décision, d'énergie et de sang-froid.

Il convient à tous les hommes jeunes et n'exige pas de ses fervents le

surmenage physique qu'imposent certains exercices athlétiques. On ne

saurait trouver pour la jeunesse de divertissement plus sain; c'est ce

qui explique, mieux que toute autre raison, son succès rapide en France.

Ses origines sont assez obscures; on le rattache au «follis» des Latins.

Plus près de nous, on lui retrouve dans l'ancienne France une parenté

indéniable avec la «soule» bretonne et la «barrette» du Centre. Il est

fort probable quoique les Anglais ne veuillent pas le reconnaître, que

le football, sport national anglais, n'est qu'un dérivé de ces jeux

français qui, d'ailleurs, furent interdits par des ordonnances royales,

à cause de leur brutalité et disparurent peu à peu de nos provinces.

Jusqu'au XIXe siècle, la plus grande confusion préside dans les

règlements qui régissent les football des écoles anglaises. Ce n'est

qu'après 1850 qu'on essaya d'unifier les règles multiples et l'on se

trouva alors en présence des partisans irréductibles de deux méthodes

différentes: celle de Rugby, permettant l'usage des mains et celle de

l'école d'Eton qui n'autorisait l'usage que des pieds. Ces deux formes

de football se sont maintenues sous le nom de football Rugby et football

Association.

=Football Rugby.=--Le rugby introduit en France vers 1880 a porté

d'abord le nom de barrette. Les premiers matches organisés par le

Racing-Club et le Stade français, laissèrent l'opinion assez

indifférente. Des matches internationaux augmentèrent l'intérêt de ces

rencontres. La province ne tarda pas à imiter Paris, et Bordeaux donna

l'exemple avec son fameux Stade bordelais. Toulouse fonda le Stade

Olympien et Lyon le Foot-ball-Club. Depuis, presque toutes les villes de

France, dans le Midi surtout, ont formé des sociétés de rugby.

On y joue sur une pelouse ou prairie; le terrain gazonné représente un

vaste rectangle, limité par les lignes de ballon mort et, parallèles à

celles-ci, par les lignes de touche. La largeur du champ de jeu ne peut

être supérieure à 70 mètres, ni la longueur à 144 mètres. Deux poteaux

verticaux, espacés de 5 m. 50 et reliés par une barre transversale, à

une hauteur de 3 mètres au-dessus du sol, sont plantés dans chaque camp,

à distance égale des lignes de touche: c'est ce qu'on appelle le but. Le

jeu consiste à faire passer le ballon entre ces poteaux et par dessus la

barre. Ce ballon est de forme ovoïde; son poids varie de 360 à 400

grammes et sa longueur de 25 à 28 centimètres.

Les footballeurs sont divisés en deux équipes de quinze joueurs chacune,

comprenant: un gardien de but; quatre trois quarts; deux demis; huit

avants, parmi lesquels le capitaine de l'équipe.

Chaque partie dure quatre-vingts minutes et se joue en deux demi-temps,

coupés par un arrêt de cinq minutes; elle est gagnée par le camp qui a

marqué le plus de points.

Sans entrer dans le détail des règles excessivement compliquées, nous

donnerons ici quelques indications. Lorsqu'un joueur réussit à porter le

ballon derrière la ligne du but adverse, il obtient un _essai_, d'une

valeur de trois points; en outre son camp a le droit de tenter un but,

en lançant le ballon d'un point choisi à l'avant du but, sur la

perpendiculaire abaissée de l'endroit où l'essai a été marqué. En cas de

réussite ce camp gagnera deux points.

On compte deux points, lorsque le ballon, rebondissant sur la terre, est

envoyé d'un coup de pied jusque dans la barre du but. En cas d'une faute

contre le règlement, un _coup franc_ est accordé à l'équipe lésée,

c'est-à-dire qu'elle aura le droit de tenter un but, estimé en ce cas

trois points. Les autres buts sont cotés quatre points.

Les règles étant complexes, l'arbitre, qui assiste nécessairement à

chaque partie, a de fréquentes occasions d'intervenir; il juge seul et

sans appel. Son coup de sifflet arrête le jeu, qui recommence, après

décision, soit par la _touche_, soit par la _mêlée_.

Pour la mêlée, les avants de chaque équipe, forment un groupe compact:

en première ligne trois joueurs se tiennent par la taille, étroitement

serrés; derrière, deux joueurs intercalent leur tête entre les avants de

première ligne; en troisième ligne enfin, trois joueurs encore dans la

même position.

Un demi lance alors le ballon exactement entre les deux groupes qui

cherchent à s'en emparer avec les pieds; le parti le plus fort repousse

son adversaire et chasse le ballon vers le but en _dribblant_,

c'est-à-dire en poussant le ballon à petits coups de pied; ou bien, les

deux premières lignes d'avants tiennent tête à l'adversaire et font

passer le ballon à leurs co-équipiers de troisième ligne, qui eux-mêmes,

si leur situation est défavorable, pourront le confier aux trois-quarts.

Si le ballon a franchi l'une des lignes de touche, la partie s'arrête et

recommence au point où le ballon est sorti du champ de jeu. Une partie

de Rugby, féconde en péripéties, offre l'image d'une bataille. Les deux

équipes doivent obéir aveuglément à leurs capitaines. Le succès dépend

en effet en grande partie de la cohésion et de la discipline des

footballeurs. Cependant l'initiative trouve aussi à s'exercer; ainsi un

joueur, courant avec le ballon dans ses bras, devra tromper ou gagner de

vitesse les poursuivants; il lui faudra éviter ceux qui tenteront de

l'arrêter en pleine course en le saisissant à bras-le-corps, ou par les

genoux. Quels que soient ses talents de stratège, il sera perdu, s'il

n'est doué d'une grande rapidité de décision.

On a fait au Rugby le reproche d'être trop violent; en vérité avec les

règlements actuels, il est beaucoup moins dangereux qu'on ne le croit

généralement.

=Football Association.=--Le Football Association ne s'est implanté en

France qu'après le Rugby et n'a eu de succès au début que dans le Nord.

L'un des premiers clubs d'Association fut l'Athletic-Club du Havre, créé

en 1884. Mais, depuis quelques années, il s'est conquis des partisans un

peu partout et il est aujourd'hui beaucoup plus répandu que le Rugby.

C'est un jeu d'adresse plutôt qu'un jeu de force. Il est interdit de se

servir des bras et des mains et l'on ne peut donner au ballon que des

coups de pied ou de tête. Il se joue sur un terrain rectangulaire, de

préférence gazonné, de 90 à 180 mètres de longueur et de 45 à 90 mètres

de largeur. Le champ de jeu est divisé en deux parties égales; une

circonférence de 10 mètres de rayon entoure le point central. Les

buts--un par camp--consistent en deux hauts poteaux plantés à une

distance de 7 m. 30 l'un de l'autre et reliés par une barre de bois à 2

m. 40 du sol. Il y a 22 joueurs; 11 par équipe, soit 5 avants, 3 demis,

2 arrières et 1 gardien de but, disposés par chaque capitaine en

avant-garde, centre et arrière-garde.

Le jeu consiste à lancer le ballon--un ballon rond--entre les poteaux et

la barre transversale, et non plus au-dessus de cette barre comme dans

le Rugby. Le camp qui a réussi le plus de buts gagne la partie qui se

joue en 90 minutes, soit deux mi-temps de quarante-cinq minutes séparées

par quelques minutes de repos.

L'Association ne comporte pas d'_essais_ ni de mêlée, mais occasionne de

fréquentes _passes_, qui consistent pour un joueur en mauvaise posture à

faire passer le ballon à un co-équipier mieux placé. Le sort de la

partie dépend souvent de l'habileté des footballeurs à pratiquer cet

exercice; les Anglais y sont passés maîtres et doivent à l'habileté de

leurs passes de nombreuses victoires. Quant aux fautes contre le

règlement, elles sont jugées et punies par un arbitre, muni d'un

sifflet.

L'Association est un sport très complet, très hygiénique et qui

développe au plus haut point les qualités de discipline, de ruse et de

finesse.

On joue en Amérique un jeu qui tient à la fois du Rugby et de

l'Association, et qui par ses mêlées excessivement brutales, cause de

nombreux accidents; aussi les joueurs se protègent-ils les bras, les

jambes, la tête avec une sorte de carapace en cuir rembourrée de ouate

ou de filasse.

=Polo.=--Le polo est une variété du football et rappelle

particulièrement l'Association. Il a été rapporté des Indes, où on le

pratiquait depuis des siècles, par des officiers anglais, qui jouèrent

en Europe la première partie en l'année 1869. Les règles, assez

complexes, ont été arrêtées par le Hurlingham-Club. On y joue à cheval,

le plus souvent sur des poneys, «polo-ponies», qui doivent être ardents,

nerveux et dociles.

Il est nécessaire de disposer d'un terrain spécial, d'une étendue de 300

mètres environ, aux extrémités duquel sont placés les buts: deux poteaux

verticaux espacés de 7 m. 50. Les joueurs, divisés en deux équipes

ordinairement de quatre cavaliers, cherchent à pousser la balle dans le

but adverse. Ils se servent pour cela d'une sorte de marteau ou maillet

d'une longueur de 1 m. 30, et qu'ils tiennent de la main droite; la

balle, peinte en blanc, est en bois de saule ou en liège épais recouvert

de fil ciré et doit avoir un diamètre de 7 centimètres.

Il est interdit d'accrocher le maillet d'un adversaire au-dessus ou

au-dessous de son cheval; il est permis de se mettre au travers d'un

joueur, mais non de se couper réciproquement, étant au galop. La partie,

d'une durée de quatre quarts d'heure, coupés par des repos, est gagnée

par l'équipe qui a le plus de points, c'est-à-dire qui a réussi le plus

de buts. Un arbitre relève les fautes.

Ce jeu, fort intéressant pour les spectateurs, est très à la mode en

Angleterre et en France. Le Club parisien possède un bon terrain au

Bois-de-Boulogne, et Pau, Biarritz, etc., voient aussi se disputer des

matches de polo.

C'est éminemment un sport aristocratique; il exige une parfaite

connaissance de l'équitation. Les frais qu'il entraîne sont très élevés,

puisque, les chevaux se fatiguant vite, les joueurs sont obligés d'en

changer plusieurs fois en une seule partie; plusieurs ont de véritables

petites écuries; or certains poneys atteignent le prix de 8 à 10,000

francs.

Le polo se joue également sur l'eau, sur la glace et en bicyclette. Pour

le _water-polo_, on se sert d'une piscine d'une longueur variant entre

17 m. 37 à 27 m. 43 et d'une largeur maxima de 18 m. 29. L'eau ne peut

avoir moins de trois pieds de profondeur. Les équipes sont généralement

de sept joueurs; le ballon est gonflé de manière à flotter. Un arbitre

décide des coups et tranche les contestations.

Le polo à bicyclette est un jeu très curieux, très gracieux, mais

difficile. Le joueur, qui n'a pas de maillet, pousse la balle avec les

roues. Il doit constamment enlever à force de bras sa machine, la

soulever pour laisser passer la balle lancée par un co-équipier et c'est

là un exercice qui demande en même temps que de la force beaucoup

d'agilité et d'adresse.

Enfin les Américains viennent d'inaugurer le polo-automobile. De jeunes

millionnaires new-yorkais se sont fait construire spécialement des

automobiles électriques, d'une valeur de 12,000 francs chacune, si bien

que la partie avant d'être commencée coûtait plus de 150,000 francs. Et

s'étant divisés en deux équipes, ils ont chassé une balle de polo à coup

de maillet; chaque joueur était assisté d'un chauffeur. Le public

élégant de la plage de New-Port à qui fut offert ce spectacle

sensationnel, se divertit grandement. Ce fut moins drôle pour les

joueurs qui se trouvèrent tous plus ou moins éclopés à la fin du match.

=Cricket.=--Le cricket est en faveur de l'autre côté de la Manche comme

de l'Atlantique, et c'est à ce titre que nous lui consacrons quelques

lignes. Jeu favori des Anglais le cricket est pratiqué par les hommes de

tout âge et par toutes les classes de la société; il n'est pas rare de

voir tel évêque célèbre ou tel grave ministre lui consacrer une bonne

partie de ses loisirs.

Il a beaucoup de ressemblance avec notre ancien mail, crosse ou criquet.

Distants de 20 mètres au moins, s'élèvent deux guichets, un par camp,

ainsi formés: trois bâtons verticaux de 0 m. 69, reliés par des

traverses, soutiennent un troisième bâton, posé de façon à tomber au

moindre choc. Il s'agit de faire choir avec la balle de cricket le

guichet de l'adversaire. Les crickters jouent avec une courte batte ou

battoir, en bois dur; ils portent des jambières, qui les protègent

contre les coups de la balle qui est en cuir durci et d'un poids de 165

à 172 grammes. Le terrain est une pelouse gazonnée, soigneusement

entretenue et passée au rouleau; les limites du champ de jeu sont

indiquées par des raies tracées à la craie.

=Base-ball.=--Le base-ball, sport national des États-Unis, est une

variété très compliquée du cricket. Les joueurs, au nombre de dix-huit,

forment deux équipes: ceux qui _battent la balle_ et ceux qui _tiennent

le camp_. Les batteurs après avoir relancé la balle avec une large

batte, se mettent à courir et doivent arriver à certains _arrêts_

marqués d'avance et appelés _bases_, avant que la balle n'ait achevé un

parcours déterminé. Il serait dangereux de recevoir la balle en cuir ou

en bois. La partie, comprenant sept manches, est gagnée par le camp qui

a le plus de runs ou points.

=Basket-ball.=--C'est le football en espace clos, le football en

chambre. Les combinaisons sont très nombreuses, parce que les murs,

agissant comme les bandes d'un billard, renvoient la balle d'une façon

souvent inattendue. On dessine sur le sol à la craie un rectangle de 20

à 25 mètres de long sur 10 à 15 de large; on joue avec un ballon plus

léger que celui du football. Deux paniers placés à 3 mètres au-dessus du

sol constituent les buts. Deux camps de cinq joueurs chacun se disputent

la partie. Un arbitre tranche les différends et juge sans appel.

=Hockey.=--Le hockey est, à peu de nuances près, l'ancien jeu français

du gouret, que l'on joue encore dans l'Ouest de la France et qui était

déjà connu des Gaulois, lors de l'invasion romaine. Il nécessite un

vaste terrain de 90 mètres de longueur et de 45 à 50 mètres de largeur.

Ce parallélogramme est limité par les raies tracées en blanc et dites

_lignes de côté_ et _lignes de touche_. De chaque côté du centre que

l'on marque en blanc et à égale distance sont les _lignes de 23 mètres_.

Des petits drapeaux sont plantés aux quatre coins du quadrilatère. Deux

poteaux verticaux espacés de 4 mètres et reliés par une traverse

horizontale à 2 m. 10 au-dessus du sol forment les buts, situés aux deux

extrémités du champ de jeu. A une distance de 4 mètres de chaque but, on

trace une ligne de 4 mètres; cette ligne marque le point culminant de

quarts de cercle qui ont pour centre les poteaux du but; l'espace

circonscrit par ces quarts de cercle se nomme _cercle d'envoi_.

Pour compter un but, il faut envoyer la balle d'un _point quelconque de

ce cercle d'envoi_ entre les deux poteaux et au-dessous de la traverse.

Une balle envoyée d'un endroit extérieur aux «cercles d'envois» ne

pourrait donner droit à un but. On joue avec des crosses en bois, sortes

de cannes au bout recourbé et renflé. Le prix des crosses est très

variable; on peut s'en procurer pour 50 centimes ou pour 15 francs; les

balles qui valent de 1 à 10 francs, analogues à celles du cricket,

pèsent de 165 à 172 grammes. Tel est le matériel du jeu. Une partie se

joue en deux demi-temps de 35 minutes. Les joueurs, au nombre de 22,

s'organisent en deux équipes de 11, commandées par un capitaine et

comprennent: un gardien de but, 2 arrières, 3 demi-arrières, 5 avants.

Il est interdit de frapper la balle autrement qu'avec la crosse; mais il

est permis d'arrêter la balle avec la main, sous la condition de la

reposer immédiatement à terre, si on l'a élevée: les adversaires n'ont

pas le droit de se saisir. Un arbitre punit les infractions aux

règlements. La tactique du jeu consiste à envoyer la balle dans

l'intérieur du cercle d'envoi d'où un camarade peut tenter un but; on

peut aussi la relancer à un co-équipier mieux placé; c'est en somme la

«passe», telle que nous l'avons vu pratiquer avec le ballon du football.

Le hockey a pris en ces dernières années une grande extension. Toujours

plus nombreux sont les écoliers qui s'y adonnent avec joie. Il n'offre

aucun danger; il arrive bien, dans l'animation du jeu, qu'une crosse se

trompant de but va frapper un camarade, mais le mal n'est pas grand et

le joueur en est quitte pour un bleu. Dames et jeunes filles

affectionnent aussi le hockey, parce qu'elles trouvent à cet exercice

hygiénique beaucoup de plaisir.

=Crosse.=--La crosse présente beaucoup d'analogies avec le hockey. On y

joue à 22, soit deux équipes de 11 joueurs, y compris le capitaine, sur

une surface d'au moins 100 mètres. Deux poteaux écartés de 1 m. 80

figurent le but dans chaque camp; mais il n'y a plus ici de barre

horizontale. Les balles sont en cuir ou en éponge de caoutchouc. La

partie, durant une heure en deux demi-temps, est gagnée par le camp qui

a réussi le plus grand nombre de buts.

=Golf.=--Sport national des Écossais, importé en Angleterre à l'époque

de Guillaume le Conquérant, le golf, qui rappelle notre mail, est tard

venu en France. Le premier club de golf a été fondé à Pau en 1856. On y

joue sur un vaste terrain accidenté, d'une dizaine d'hectares au minimum

et parsemé de «hasards» ou obstacles: maisons, carrières, rochers,

buissons, fossés, ruisseaux, etc. Dix-huit trous,--parfois

neuf,--contenant chacun un auget en fonte, d'une largeur et d'une

profondeur de 10 centimètres environ, sont disséminés à des distantes

inégales; le sol est aplani et gazonné autour de chaque trou; cette

surface nivelée porte le nom de «putting-green». Il s'agit de faire

entrer une balle--il y en a une par joueur ou par camp--dans les

dix-huit augets successivement; il est défendu de la toucher autrement

qu'avec le maillet dit _club_, en fer ou en bois. Il faut beaucoup

d'habitude et d'habileté pour faire pénétrer la balle en caoutchouc

durci dans l'auget, en aussi peu de coups que possible; car dans les

concours et matches officiels chaque coup est compté pour un point. Il

arrive qu'un joueur d'un seul choc du maillet lance sa balle à une

grande distance, mais qu'il ne peut plus la faire sortir d'une

excavation ou d'un fourré; ce sont là péripéties et agréments du jeu.

Souvent des gamins portent derrière les joueurs des «clubs» de forme et

de poids différent. Les joueurs doivent garder le silence pendant la

partie, et s'abstenir de demander des conseils. C'est en résumé un jeu

amusant, mais assez coûteux, puisqu'il faut se procurer un terrain.

Toutefois il tend à se démocratiser. Parmi les souverains, le roi

Édouard VII est l'un des meilleurs amateurs de golf.

=Paume.=--La paume est un jeu très simple en son principe: deux joueurs

ou deux camps se renvoient une balle soit avec la main gantée, soit avec

une raquette.

Ce jeu était connu des Égyptiens et des Grecs. La _pila_ des Romains fut

introduite en Gaule par les légions de César et ne tarda pas à jouir

d'une grande faveur. On y joua même à cheval sous le nom _d'exercice à

la chicane_. La raquette fit son apparition sous Henri IV; on renvoyait

auparavant la balle avec la _paume_ de la main. La paume était tellement

en honneur au XVe siècle que les femmes même ne dédaignaient pas de s'y

exercer et que les chroniques du temps citent une certaine Margot, qui

battait les meilleurs joueurs; chaque quartier de Paris possédait alors

une salle de paume. François Ier aimait passionnément ce divertissement.

On conte qu'un certain jour, deux seigneurs étaient sur le point de

gagner la partie contre le roi et son partenaire, un moine; ce dernier

eut l'heureuse chance de réussir un coup qui assura le succès au camp

royal.

«Ventre Saint-Gris! s'exclama François Ier, voilà un beau coup de moine!

--Sire! répondit finement Sa Révérence, ce sera un coup d'abbé, quand il

vous plaira.» Peu après le roi lui accordait une grasse abbaye.

Noblesse et bourgeoisie continuèrent à jouer à la paume pendant les

siècles qui suivirent et nombreux furent les _tripots_ (_tripodium_,

trépignement, tripot désigna d'abord la salle de paume et le jeu

lui-même). Mais Louis XIV lui préféra le billard, inventé par son

ministre Chamillart. La Révolution dispersa les derniers amateurs de

paume. La seule salle de jeu qui subsiste encore à Paris est celle du

jardin des Tuileries, construite au second Empire.

Le jeu dont nous venons de parler est la _courte-paume_, c'est-à-dire la

paume que l'on joue en lieu clos, la longue paume étant jouée en plein

air.

=Courte-paume.=--Il faut pour la courte-paume un terrain environné de

murs, ayant de 28 à 50 mètres de long sur 9 m. 50 de large. Une galerie

grillagée court le long du rectangle, pour permettre aux spectateurs

d'assister sans danger aux parties. La toiture doit être à 7 mètres au

moins au-dessus du sol qui est cimenté. Aux deux extrémités opposées de

la salle se trouvent _le dedans_, ouverture presque aussi large que le

toit et le _tambour_ ou grand mur.

La pelote basque, comme la balle au tamis encore en honneur dans le Nord

de la France, dérive en droite ligne du jeu de paume primitif.

=Longue-paume.=--La longue-paume se joue en terrain ouvert, sur un

rectangle de 70 à 80 mètres de long et de 15 à 17 de large. Ce rectangle

est partagé en deux parties égales par une ligne tracée sur le sol et

nommée _corde_. Il s'agit de lancer avec une raquette la balle par

dessus cette corde, que les joueurs habiles rasent sans la toucher; on

cherche à la lancer dans une direction inattendue, afin de fatiguer

l'adversaire. La règle veut que la balle soit relevée ou bien _de volée_

avant qu'elle ait frappé la terre, ou bien lorsqu'elle rebondit, avant

qu'elle ait touché le sol une seconde fois. La partie se fait en 60

points; les joueurs forment deux camps de deux à six joueurs. C'est en

somme un jeu d'une pratique facile.

=Pelote basque.=--Dérivé de l'ancien jeu de Rebot, ce sport passionne

non seulement le pays Basque, mais toute l'Espagne et l'Amérique du Sud.

Des villes comme Madrid ou Barcelone ont élevé des frontons coûtant de

500,000 à 800,000 francs. Depuis quelques années, Paris possède aussi un

fronton et la pelote basque est très à la mode.

On y joue sur une piste, d'une largeur de 10 mètres environ et d'une

longueur de 80 mètres. Aux deux extrémités du champ de jeu s'élèvent

d'un côté le mur de face ou fronton, haut de 10 mètres, large de 20 et

muni à un mètre du sol d'une barre de fer horizontale; de l'autre, le

_rebot_ ou mur de fond qui est moins élevé. A gauche, un mur court tout

le long de la piste et est marqué, comme elle, de divisions de 4 en 4

mètres.

Les joueurs, deux à trois par camp, lancent la balle contre le fronton

qu'elle doit toucher d'après certaines prescriptions fixées par le

règlement, mais toujours au-dessus de la barre de fer. Ils se servent

pour recevoir la balle du _chistera_, sorte de long et étroit panier

d'osier, que Loti, dans son admirable roman de Ramuntcho, décrit ainsi:

«A leur poignet droit, les joueurs attachent avec des lanières une

étrange chose d'osier, qui semble un grand ongle courbé, leur allongeant

de moitié l'avant-bras; c'est avec ce gant qu'il va falloir saisir,

lancer et relancer la pelote, une petite balle de corde serrée et

recouverte en peau de mouton, qui est dure comme une boule de bois».

La pelote est un spectacle d'un très vif intérêt. Les pelotaris ou

joueurs de pelote font preuve d'une agilité, d'une adresse et d'une

rapidité déconcertantes. La balle vole, frappe le mur d'un «clac» sec,

rebondit, est reçue dans le chistera, repart, suivie par tous les yeux

dans sa course rapide. On sait que si elle rencontrait une jambe ou une

tête, elle briserait l'obstacle; c'est qu'en effet, elle pèse 120

grammes et qu'elle est lancée très violemment. La pelote a déjà fait

plusieurs victimes parmi les pelotaris. Du moins les bons professionnels

sont-ils très recherchés et bien rétribués; une seule partie leur

rapporte parfois 500 francs à chacun d'eux.

On pratique au Chili une pelote sans chistera contre un fronton nommé

trinquet.

=Lawn-tennis.=--Le tennis est un jeu élégant, gracieux, mais difficile,

quoique on puisse y jouer sans apprentissage. Ceci semble un paradoxe.

Rien de plus vrai cependant. Ce qui est difficile, c'est de faire bonne

figure dans la partie, d'être un bon joueur.

Le terrain de tennis s'appelle le _cours_ et mesure 23 m. 80 de large

sur 8 m. 23. En Angleterre le sol est gazonné; en France, on se contente

ordinairement de terre battue. Le cours est divisé en deux parties

égales par un filet haut d'un mètre, puis par des lignes de service et

de demi-cours. Un joueur, le servant, ayant un pied sur la ligne de

fond, doit lancer avec sa raquette une balle dans un des rectangles du

camp adverse, où le relanceur s'efforcera de la rattraper _de volée_,

c'est-à-dire en plein vol, ou lorsqu'elle a touché terre une seule fois,

et de la chasser, par dessus le filet encore, dans le camp du servant.

La balle pourra ainsi voler d'un camp à l'autre jusqu'à ce qu'elle soit

arrêtée par le filet, ou qu'elle ait dépassé les limites du jeu,

indiquées par des lattes de bois, ou, à défaut, des ganses. Après une

faute, le servant deviendra relanceur à son tour et _vice versa_. On

compte 15 pour le premier point gagné, 30 pour le second, 40 pour le

troisième et _jeu_ pour le quatrième. Si les joueurs arrivent tous les

deux à 40, il faudra, pour terminer, que l'un d'eux gagne encore deux

points dits: _avantage et jeu_. Une partie comprend six jeux.

Le tennis se joue à un contre un, deux contre un ou deux contre deux. Le

servant a diverses manières de lancer la balle; s'il l'envoie doucement,

son adversaire pourra facilement la relever; mais si elle est envoyée à

l'américaine, avec une grande force et en rasant le filet, il sera

difficile de la reprendre à temps. Il est très important d'avoir une

bonne raquette; il en existe de lourdes et de légères; elle est faite

avec des boyaux de chat, tendus dans une armature de bois; il y a deux

manières de la tenir, _à l'anglaise_, et elle fait alors un angle avec

le bras, _à l'américaine_ et elle est dans le prolongement du bras. Ce

jeu offre une grande variété de combinaisons dans la façon de lancer ou

de recevoir les balles qui sont en caoutchouc et pèsent 55 grammes.

Le tennis a été inventé dans le but de distraire des dames, par un

officier anglais en résidence aux Indes; il a été réglementé au milieu

du siècle dernier; c'est une ingénieuse combinaison de la courte-paume

et de la longue-paume, qui fait la joie de bien des jeunes gens et de

bien des jeunes filles. Détail peu connu, le mot tennis lui-même vient

d'un vieux mot français et s'écrivait primitivement _tenetz_, soit:

_tenez_, cri du servant (_lawn_, signifie pelouse).

Les Italiens jouent une variété de tennis, avec gants spéciaux au lieu

de raquette, et balle de football, jeu qui demande plus de force; c'est

ce qu'on appelle _la palone_ (palone).

=Push-ball.=--Quoique le push-ball ne soit pas encore à la mode, nous le

mentionnons ici, parce qu'il est le dernier jeu de balle inventé. Il a

été imaginé par les étudiants de l'Université d'Harvard, qui en bons

Américains ont voulu faire plus grand qu'en Europe. La balle s'est

transformée en un énorme ballon de 1 m. 80 de diamètre, pesant plus de

22 kilogrammes. Deux camps cherchent à s'en emparer et se bousculent

autour de lui pour le porter au but; comme bien l'on pense, il n'est pas

facile de remuer une pareille masse. Ce jeu est moins dangereux que le

football; les Anglais jouent aussi au push-ball sur l'eau.

=II.--SPORTS ATHLÉTIQUES PROPREMENT DITS=

L'athlétisme est avec le tourisme la caractéristique de notre sport

moderne; les siècles précédents connaissaient certains jeux de balle,

mais négligeaient presque complètement les exercices athlétiques

proprement dits, renouvelés pour la plupart de l'antiquité. Cette

renaissance ne s'opère que lentement au cours du XIXe siècle. De

nombreuses sociétés, entre autres le _Racing-Club_, fondé en 1882, puis

le _Stade Français_, enfin l'_Union des sociétés françaises des sports

athlétiques_ (U.S.F.S.A.), contribuèrent grandement aux progrès de

l'athlétisme en s'intéressant activement à toutes ses manifestations

sportives.

=Gymnastique.=--Cultivée avec soin, avec goût, avec intelligence chez

les Grecs, la gymnastique subit une période de décadence chez les

Romains. Chez les peuples modernes elle est à peu près ignorée, au moins

en tant que méthode consciente, jusqu'en 1815, époque à laquelle Ling

créa la gymnastique suédoise. En France, le colonel espagnol Amoros

ouvrit en 1820, dans la plaine de Grenelle, à Paris, un institut de

gymnastique, qui devint plus tard notre école militaire de Joinville.

L'enseignement amorosien avait pour but de développer la force

musculaire; les premiers exercices consacrés à l'assouplissement,

s'accompagnaient de chant. Sa méthode englobait: la lutte, la course, la

marche, la natation, l'escrime, le saut, les haltères, le trapèze, les

échelles et cordes, l'équilibre sur la poutre, les escalades de murs, la

voltige.

Destinée aux seuls militaires, la gymnastique mettra plus de cinquante

ans à pénétrer dans les lycées et écoles où elle ne rencontre au début

que de l'indifférence, sinon du mépris; toutefois les sociétés de

gymnastique se sont multipliées depuis une trentaine d'années. Elle se

divise actuellement en gymnastique d'assouplissement, gymnastique aux

agrès, gymnastique sans agrès (course, saut, boxe, savate, lutte,

auxquels nous consacrons des développements spéciaux).

Pour assouplir les muscles, on fait exécuter au corps des séries de

mouvements; mouvements horizontaux et verticaux des bras et des jambes,

avec ou sans flexion; la marche et le pas gymnastique développent

spécialement la souplesse des jambes. Les agrès constituent la

gymnastique acrobatique; on s'exerce à sauter sur le chevalet; on

suspend le corps sur les bras aux barres parallèles, dont l'usage est à

recommander, parce qu'elles permettent des mouvements assez nombreux qui

exigent autant d'habileté que de force; on fait des tractions ainsi que

des rétablissements à la barre fixe et au trapèze; la voltige au

trapèze, apprend à bien sauter et demande du sang-froid, de l'agilité;

les cordes, échelles et mâts développent les muscles des bras; la

pratique des anneaux assouplit les reins; enfin on s'accoutume à

surmonter le vertige en marchant sur le portique. Les agrès permettent

une multitude de tours de force, dont plusieurs sont dangereux et qu'il

ne faut exécuter, que quand on est bien entraîné et sous la surveillance

d'un moniteur.

Mais la gymnastique offre encore d'autres ressources à ses fidèles: la

_lutte à la corde_, que deux camps tirent chacun de leur côté, constitue

à elle toute seule un petit sport; les _haltères_, qu'il vaut mieux

choisir assez légers au début, mais qui peuvent peser jusqu'à 15 kilos;

les _massues_ ou _mils_ dont le poids varie de 1 kilo pour les enfants à

9 kilos pour les hommes vigoureux, et que l'on apprend à manier dans

tous les sens, au-dessus de la tête, devant ou derrière. La _barre de

fer_ que l'on enlève, et avec laquelle on exécute les mouvements des

bras avec ou sans flexion. Enfin le _jet du disque_, qui exige une

grande souplesse; c'est un exercice renouvelé des anciens et qui a

reparu aux modernes jeux olympiques d'Athènes; rond, en bois dur cerclé

de fer, il mesure 22 centimètres de diamètre, 4 centimètres d'épaisseur

au centre et pèse 1923 grammes; dans les concours, l'athlète se place

dans un carré de 2 m. 50 de coté, dont il ne peut franchir les limites,

en lançant le disque, sous peine de voir son essai annulé; chaque

concurrent a le droit de le lancer trois fois; on cite parmi les

champions Marius Eynard, qui le jeta à 43 m. 11. On pratique un exercice

identique avec le boulet, qui pèse 7 k. 250. Notons que les gymnastes

très exercés se livrent encore aux jeux icariens, d'origine vénitienne:

voltige, pyramide humaine, sauts périlleux, etc.

Diverses méthodes médico-scientifiques font concurrence à la gymnastique

acrobatique. En résumé la gymnastique française peut être pratiquée avec

fruit, pourvu qu'on n'en abuse pas; auquel cas elle développerait

anormalement certaines parties du corps, le buste et les extrémités

supérieures par exemple, aux dépens des autres organes.

=Gymnastique suédoise.=--Tout autre est l'effet de la gymnastique

suédoise, basée sur la thérapeutique et la connaissance approfondie de

l'anatomie humaine. Le guerrier et maître d'escrime Ling parvint à se

guérir de douleurs opiniâtres, à l'aide de mouvements soigneusement

étudiés; lorsqu'il en eut observé sur lui-même l'heureux effet, il

généralisa sa méthode et fonda un institut à Stockholm en 1815. Répandue

d'abord en Suisse et en Allemagne, la gymnastique suédoise est enseignée

depuis 1900 en France. Son but est de perfectionner à un degré égal le

corps entier et d'assurer les fonctions primordiales de l'organisme,

respiration, circulation, nutrition. Elle y parvient en faisant

travailler les muscles dorsaux, latéraux, abdominaux; et par une série

de mouvements appropriés ou des exercices à l'espalier ou au «bomme»,

élargit la poitrine, et rectifie les mauvaises attitudes: donner ici le

détail de ces exercices serait plutôt nuisible au lecteur, parce que

leur efficacité dépend de la perfection avec laquelle ils sont exécutés.

Un bon maître est nécessaire, et ces maîtres sont plus rares qu'on le

pense.

=Lutte.=--Les Grecs ont beaucoup pratiqué la lutte; ils connaissaient:

la _lutte debout_, où l'athlète devait renverser trois fois son

adversaire; la _lutte à terre_, analogue à notre lutte au tapis, enfin

la lutte que nous appelons _grecque_, où les lutteurs ne combattaient

qu'avec les mains, sans avoir le droit de se prendre à bras-le-corps; on

ne permettait ni coups, ni chocs, qui formaient un exercice spécial, le

_pugilat_; plus tard cependant, le _pancrace_ combina les deux genres de

combat. Les athlètes luttaient nus; le corps était frotté d'huile, puis

poudré de sable ou même arrosé de boue, si bien qu'à la fin de la joute,

il fallait racler les chairs avec un couteau de bois le _strigille_. La

lutte debout faisait partie des grands concours nationaux; les femmes

n'avaient pas le droit d'assister aux jeux olympiques et lorsque l'une

d'elles s'y hasardait sous un déguisement masculin, on la précipitait du

haut d'un rocher peu éloigné.

Très populaires en Grèce, ces exercices le furent moins à Rome, où les

professionnels accentuèrent son caractère de brutalité.

Notre lutte moderne, ou lutte gréco-romaine, a beaucoup de points de

ressemblance avec celle des anciens. Pendant les siècles derniers elle

ne fut pas très en faveur en France, si ce n'est en Bretagne, dont les

lutteurs furent longtemps célèbres comme champions de poids léger; les

Allemands par contre et les Suisses se distinguaient dans les poids

lourds. Ce n'est guère qu'au XIXe siècle que l'opinion s'intéressa à la

lutte rénovée par les nègres américains; il y eut alors quelques

rencontres fameuses, entre autres celle où l'athlète bordelais Exbroyat

écrasa la tête de son adversaire, un nègre qui avait combattu de façon

déloyale. Depuis quelques années l'intérêt du public s'est réveillé;

partis des champs de foire, les lutteurs se produisent actuellement sur

les planches des théâtres. Les vainqueurs se font une réputation aussi

universelle que durable; nombreuses sont les célébrités de la lutte de

Loubet de Nîmes à Pons, du turc Karu-Ahmed à Laurent le Beaucairois, de

Constant le Boucher au russe Padoubny.

La lutte française, qui est une lutte à mains plates, défend certains

coups dangereux autorisés en Amérique, tels que les coups au-dessous de

la ceinture, les crocs-en-jambe, les prises de doigts ou de jambes, les

bras retournés, le collier de force, etc., on ne peut prendre

l'adversaire qu'au dessus de la ceinture. Les coups permis sont très

nombreux et peuvent se faire debout ou à terre. Citons: les trois

ceintures de devant, d'arrière et de côté et les ceintures à rebours et

de travers, la cravate, le tour de bras, le tour d'épaule, le bras

roulé, le tour de hanche en ceinture, etc.; presque tous ont leur

parade. Pour vaincre, il faut faire toucher terre aux deux épaules à la

fois; si un lutteur abandonne l'arène, avant que ce résultat soit

obtenu, il est considéré comme battu; le combat a lieu en silence; les

athlètes luttent ordinairement le torse nu ou recouvert d'un maillot.

La lutte pratiquée par les amateurs est un sport hygiénique, parce

qu'elle met en jeu tous les muscles.

=Boxe.=--«La boxe est le plus court chemin d'un _poing_ à un autre». Ce

calembour définit assez clairement la boxe, pour qu'il soit inutile

d'insister.

Le pugilat a été pratiqué par les anciens; tout d'abord, les athlètes

combattaient le poing nu, puis ils prirent dans la main une boule de

pierre ou de métal, ce qui rendait les coups plus violents; enfin ils se

protégèrent la main avec des lanières de cuir souvent munies de fer ou

de plomb: c'est ce qu'on appelait le ceste.

Tout le monde sait que l'Angleterre est la patrie de la boxe proprement

dite; les rencontres entre «boxers» y ont toujours attiré une foule

considérable qui se livrait à des paris très importants. On peut dire

que toutes les classes de la société savent la boxe, et l'utilité de ce

sport est augmenté encore par ce fait que le duel est inconnu en

Angleterre. Les principales règles ont été fixées au milieu du XVIIIe

siècle par le champion Jack Broughton.

La boxe anglaise interdit les coups de pied et de tête, les coups de

pied bas, coup de pied de pointe, coup d'arrêt, coup de pied de flanc,

coup de pied tournant. Elle considère également comme incorrect la prise

de l'adversaire et les coups au-dessous du nombril. On peut donner par

contre le coup de poing direct, le coup de poing de côté au visage ou au

cou, le coup de poing direct au corps (dans l'estomac), le coup de poing

de côté au corps. Deux coups d'égale force, appliqués en des régions

différentes du corps n'ont pas le même résultat; les boxeurs cherchant

surtout à faire perdre connaissance à leurs adversaires, visent dans ce

but les points vulnérables, particulièrement, le creux de l'estomac, la

pointe du menton et la carotide; si le coup est bien appliqué l'athlète

tombe sans connaissance sur le ring; il est _knock-out_. Le _knock-out_

est en effet le coup qui met le boxeur hors de combat. Un choc violent

entre les deux yeux a pour résultat d'aveugler momentanément; si le

pugiliste n'est pas revenu de son étourdissement dans les délais

réglementaires, il est considéré comme vaincu. Généralement un match

comprend trois rounds (reprises), les deux premiers de trois minutes, le

dernier de quatre minutes; deux adversaires d'égale force pourront

toutefois se mesurer en un plus grand nombre de rounds. En boxe, le coup

de poing doit être donné avec les os métacarpiens.

La boxe française a ajouté les mouvements de la boxe anglaise à ceux de

notre ancienne «savate»; elle résulte donc d'une fusion des deux

systèmes de combat; c'est le célèbre professeur Lacour--un homme de

génie prétendait Alexandre Dumas--qui imagina cette combinaison. Bien

entendu, les Anglais considèrent notre boxe comme inférieure, vulgaire

et tout à fait indigne d'un gentleman; il n'en est pas moins vrai

qu'elle constitue une redoutable méthode de combat qui convient

parfaitement à nos qualités d'agilité et de souplesse.

Les professionnels de boxe doivent pouvoir «encaisser» sans broncher les

chocs les plus rudes; ils suivent dans ce but un entraînement spécial de

«durcissement», qui les rend moins sensibles aux coups. Les amateurs

s'exerceront avec profit contre les ballons à boxer, que l'on peut

placer dans n'importe quelle pièce. Tous les jeunes gens devraient

connaître la boxe.

=Jiu-jitsu.=--Le jiu-jitsu est nouveau venu en Europe, mais il a

rapidement conquis ses lettres de naturalisation. Actuellement sport

national du Japon il était autrefois en ce pays l'apanage de la caste

dominatrice et guerrière des Samouraï.

Triomphe de l'agilité sur la force brutale, le jiu-jitsu permet de

vaincre sans armes un adversaire et de le réduire à l'impuissance. Il

comprend des coups nombreux: attaques, parades, torsions de membres,

«clés au bras» ou armlock, qui se font aux parties les plus vulnérables

du corps humain: il enseigne les coups du tranchant de la main du côté

du petit doigt, qui est d'ailleurs soumis à des exercices spéciaux de

durcissement. Le jiu-jitsuiste frappe la carotide, la pomme d'Adam, le

creux de l'estomac, la région du coeur, le sommet de la nuque à la base

du crâne (où se fait le coup du lapin), etc.; il retourne et tord les

doigts, les phalanges, les poignets; en prenant à faux les bras ou les

jambes il obtient des fractures ou des désarticulations. Il faut pour

pratiquer le jiu-jitsu un long entraînement.

Cette méthode n'est qu'en partie originale, puisque certaines de ses

pratiques sont connues de la savate marseillaise. Mais il complète la

boxe française et anglaise et peut rendre de véritables services en cas

de surprise ou d'attaque par des criminels. La préfecture de police

s'est attaché un professeur de jiu-jitsu. Des matches très courus entre

champions japonais et champions européens ont transformé ce genre de

combat en sport à la mode surtout en Angleterre, où les jeunes misses

demandent au jiu-jitsu l'adresse qui triomphe de la force.

=Courses.=--La course a joué un grand rôle chez les peuples primitifs et

chez les anciens, où elle était de première utilité, tant pour échapper

à l'ennemi que pour porter rapidement les nouvelles. Les jeunes filles

hellènes s'y exerçaient dans les prairies. Les courses occupaient le

premier rang dans les stades grecs ou dans les cirques romains. Une des

catégories les plus curieuses, en honneur à Athènes, était les

lampadophories ou courses au flambeaux, dans laquelle les coureurs

portaient un flambeau qu'ils devaient garder allumé. Si cette course est

aujourd'hui négligée, on en trouve quelques exemples au moyen âge, par

exemple dans les villages du Centre de la France. Il fallait y faire

preuve d'autant d'habileté que de vitesse, de même que dans les courses

basques, où les femmes portent une cruche pleine d'eau sur la tête.

La course à pied est un sport très populaire, peut-être parce que c'est

un exercice simple, naturel et peu coûteux, puisqu'il n'entraîne

d'autres frais que ceux du costume, soit un maillot léger et des

culottes flottantes. Un très grand nombre de sociétés les favorisent à

l'exemple du Racing-Club, du Stade français et de l'U.S.F.S.A., qui ont

organisé des matches et en ont fixé les règlements. On distingue deux

sortes d'épreuves: les épreuves handicap et les épreuves scratch. Pour

que les concours ne soient pas toujours gagnés par les mêmes athlètes

dont la supériorité est reconnue, on a cherché à égaliser les chances

des concurrents par le _handicap_; en quoi consiste-t-il? «C'est, nous

dit Raoul Fabens dans les _Sports pour tous_, une course ou un concours

dans lesquels les chances de tous les concurrents se trouvent égalisés

par suite de _rendements_. Dans les concours hippiques, le meilleur

cheval, _rend_ des points à ses adversaires, c'est-à-dire que ceux-ci

portent des poids moins élevés et proportionnés à leur valeur

respective. Dans les courses de bicyclette et dans les courses à pied

sur piste, ainsi que dans les concours athlétiques, le meilleur athlète

_rend_ aux autres une certaine distance en mètres ou en centimètres.

Dans les courses sur routes, dans les cross-country le meilleur homme

_rend_ à ses rivaux un certain nombre de minutes ou de secondes. Dans

les jeux de balles, lawn-tennis, paume, etc., le joueur ou le camp le

plus fort rend à l'autre des points». La valeur de chaque concurrent est

examinée par le «handicapeur», qui, prenant pour point de départ les

performances de chaque athlète, place en première ligne le meilleur

coureur dit «scratchman», et en dernière ligne le plus faible

«limitman»; entre ces deux-là seront échelonnés les autres concurrents

au prorata de leur valeur. Le scratchman part de la raie, scratch; les

autres seront avantagés et partiront 10, 15, 20, 30 mètres devant la

raie. On appelle épreuve scratch, celle où tous les coureurs partent de

la raie (scratch). Le handicap peut être secret, auquel cas on attribue

aux concurrents, après la fin de la course, des rendements qui

s'additionnent avec les résultats déjà obtenus par eux. A un autre point

de vue, on divise les courses en cross-country, courses sur piste,

courses sur route.

=Cross-Country.=--Comme son nom l'indique, le cross-country (_cross_, à

travers, _country_, contrée) se court en pleine campagne. Un traceur ou

lièvre, après une étude sérieuse du terrain, part avant les crossmen et

trace une piste avec des confettis ou mieux des rognures de papier.

Cette piste doit revenir à son point de départ après avoir emprunté

routes, chemins et sentiers, traversé des bois et des champs, et franchi

des obstacles de toutes sortes, tels que rocher, ruisseau, barrière,

haie, talus; elle doit comprendre des montées et des descentes. En

Angleterre le cross-country est surtout couru en terres labourées. Le

traceur fera bien de contourner les obstacles dangereux, comme les

carrières profondes, voie de chemins de fer, etc., pour éviter les

accidents, bien superflus, puisqu'il s'agit d'un sport, c'est-à-dire

d'un divertissement. Les crossmen ou concurrents, forment la meute

suivant cette piste et celui qui arrive le premier est le gagnant.

A la différence du rallye-paper, tombé en défaveur, le cross-country ne

cherche pas à dépister les coureurs par de fausses pistes; au contraire

les rognures doivent être semées en assez grande quantité, pour marquer

nettement le parcours à suivre.

Ce sport est pratiqué par tous les temps, de novembre à mars; les

concurrents s'entraînent chaque dimanche en vue du championnat

interscolaire ou du championnat de France, qui se court sur une distance

de 16 kil. 600; le championnat d'Angleterre se dispute sur 10 miles soit

16 kil. 093.

Le cross-country, très amusant, très varié par ses péripéties et par les

difficultés inopinées qu'on y rencontre, développe l'intelligence, la

rapidité de décision du _chien_, qui, d'un coup d'oeil, doit voir le

parti à prendre devant l'obstacle. Dévaler les pentes, grimper les

côtes, franchir les haies, traverser les taillis, est-il sport plus

sain, plus vivant, plus intéressant pour la jeunesse? Tous les coureurs

prennent le plus vif plaisir à exercer leur force et leur souplesse dans

l'air pur du matin, parmi les grands arbres impassibles.

=Course sur piste.=--Les pistes sont en gazon, en terre battue comme en

Amérique, ou en cendrée, c'est-à-dire en scories pulvérisées. Les

courses sur pistes comprennent les courses plates de vitesse, les

courses de fond et les courses d'obstacles. Les amateurs peuvent

naturellement s'exercer sur des distances déterminées par eux, mais il

est préférable de prendre pour exemple les épreuves officielles. Les

courses plates (par opposition à courses de haies) de vitesse, se

disputent sur les distances du championnat de France: 100, 400, 800 et,

épreuve de demi-fond, 1,500 mètres, ou sur les distances également

classiques de 500 mètres et 1000 mètres.

Le signal du départ est donné par le coup de pistolet du «starter». Pour

marquer la ligne d'arrivée, on tend à travers la piste un fil de laine

qui sera rompu par le corps du coureur qui s'est placé le premier. Un

bon départ est indispensable pour les courses de vitesse. Celle de 400

mètres est considérée comme l'épreuve la plus dure, parce que le coureur

se lance à toute allure comme dans celle de 100 mètres. Les concurrents

portent généralement des souliers à pointes et prennent dans les mains

des «poignées» de liège, qui empêchent les ongles de pénétrer dans la

paume.

Les courses de demi-fond et fond exigent, outre de la vitesse, une

grande résistance; ici les concurrents doivent suivre une tactique qui

variera selon leur tempérament; les uns s'attachent pas à pas au

meilleur coureur pour s'efforcer de le dépasser dans les derniers

mètres: d'autres partent en tête, s'ils savent mener, et tâchent de

rester à l'avant. La grande épreuve pédestre de cette catégorie est le

prix Roosevelt: 4,827 mètres, couverte par Fleurac en quinze minutes

cinq secondes deux cinquièmes.

En Amérique la mode est aux _Courses de relais_ où les concurrents

marchent par équipes, de deux ou plusieurs coureurs se relayant

facultativement. La dernière grande épreuve de ce genre, course de

New-York de mars 1909, a été gagnée par deux Français Cibot et Orphée,

qui, se relayant à volonté, ont couvert en six jours l'énorme distance

de 1,178 kilomètres, sur une piste ouverte de 160 mètres de tour, ce qui

représente un train moyen de 8 kil. 300 à l'heure.

Dans les courses d'obstacles, les distances classiques sont: la course

de haies de 110 et 400 mètres, le steeple-chase de 4,000 mètres. Dans le

110 mètres haies, la piste est coupée de 9 en 9 mètres de dix haies ou

barrières d'une hauteur de 1 m. 06 de hauteur. Dans les courses de 200

et 400 mètres il y a également dix barrières à franchir, mais la hauteur

en est alors de 0 m. 90. Le bon coureur doit s'exercer à «enjamber» les

obstacles et non à les sauter en réunissant les pieds. Le steeple-chase,

dont le parcours est semé d'obstacles, mur, haies, rivières, se court

sur des distances de 2,500 à 4,000 mètres.

=Course sur routes.=--Aucun terrain spécial n'est nécessaire et c'est là

l'une des raisons qui expliquent le succès des courses sur routes; en

outre, depuis quelques années l'épreuve de «Marathon», qui intéresse

vivement l'opinion, a ramené l'attention du public sur ce sport. Cette

épreuve se dispute chaque année sur 40 kilomètres. Distance et nom sont

empruntés à un fameux épisode de l'histoire grecque: un soldat courut

d'une traite de Marathon à Athènes pour annoncer aux Athéniens la

victoire remportée sur les Perses et il mit une telle hâte à porter

l'heureuse nouvelle, qu'en arrivant, il tomba mort de fatigue.

Généralement les courses sur routes comprennent de 12 à 40 kilomètres et

se disputent de mai à octobre; ce sont des épreuves assez pénibles, dont

les cardiaques feront bien de s'abstenir, et qui exigent un entraînement

particulier. Les spécialistes préconisent la marche comme meilleur moyen

d'entraînement; mais si l'on se prépare à un concours, il faudra

également couvrir à la course des parcours de plus en plus longs; on ne

tardera pas à obtenir d'excellents résultats si on possède quelque

résistance.

Parmi les records établis dans les siècles précédents, on ne peut passer

sous silence la belle performance d'un laquais du comte de Polignac qui

«âgé de plus de soixante ans, fit le trajet du Puy à Paris, aller et

retour, soit environ 800 kilomètres en sept jours et demi, ne dormant

que quatre heures sur vingt-quatre et le reste du temps arpentant les

routes avec les jambes qu'il avait fort longues»[2].

[Note 2: Ch. Fleurigand. _Jeux, sports et grands matches_.]

=Saut.=--Le saut est un exercice naturel à l'homme, mais qui exige de la

souplesse. Le principe dont il est nécessaire de se bien pénétrer, avant

de sauter, c'est qu'il faut «se recevoir» sur la _pointe des pieds_, les

jambes fléchies et la tête droite; une chute sur les talons pourrait

être très grave, sinon mortelle. Tous ceux qui font du tourisme, des

ascensions, ceux qui se livrent au cross-country, etc, doivent s'exercer

à bien sauter. C'est un sport très utile. Rencontre-t-on un obstacle,

mur, barrière, etc.; il est possible de le franchir de diverses

manières. On peut: 1° le sauter de pied ferme ou avec élan; 2° le

franchir en s'y appuyant d'une main sur laquelle pivote le corps; 3°

poser les deux mains sur l'obstacle et sauter en faisant passer les

jambes fléchies dans l'espace laissé par l'écartement des deux mains:

cette dernière manière demande plus d'habitude. Se trouve-t-on en

présence d'une barrière plus élevée, mieux vaudra alors recourir à la

perche, si on peut en trouver une qui offre des garanties de solidité;

il suffit qu'elle soit de 50 centimètres environ plus haute que

l'obstacle. On place les deux mains l'une au-dessus de l'autre, près de

l'extrémité supérieure de la perche; on prend son élan, on s'enlève;

quand elle arrive à la position verticale, on fait une traction avec les

bras et on jette vivement les jambes de côté, horizontalement ou même

plus haut que la tête; on abandonne alors la perche pour se redresser et

retomber sur la plante des pieds. On arrive, avec de l'entraînement à

sauter des obstacles de plus de 2 mètres et 2 m. 50 de haut.

Les différentes catégories de saut, en hauteur, en largeur, à la perche

font partie des exercices athlétiques réglementés et il existe pour

chacun un championnat annuel. Dans les concours officiels de saut en

largeur, la distance franchie est calculée du point de départ, à la plus

proche empreinte marquée par le corps, c'est-à-dire que si, en

retombant, on met les mains derrière soi, comme il arrive souvent pour

rétablir son équilibre, la distance sera comptée à partir de l'endroit

où cette main touche le sol. Pour le saut en hauteur, on ne se sert plus

du tremplin, ce qui eut semblé, il y a quelques années seulement, une

grave hérésie à nos maîtres de gymnastique.

Enfin on s'exerce également à sauter en arrière; on ne franchit alors

que de petites distances.

Notons que les anciens, pour augmenter l'impulsion donnée au corps par

les bras, sautaient avec des poids ou haltères dans les mains.

On cite des exemples de sauts particulièrement remarquables. Ainsi le

colonel Amoros créateur de la gymnastique française, dit avoir connu un

Anglais capable de franchir une rivière de 10 mètres de large. Un nommé

Irland, vivant au XVIIIe siècle, sautait dix chevaux rangés côte à côte.

Les Grecs relatent le record de Phayllius de Crotone, qui franchit d'un

seul bond 19 mètres.

Un auteur digne de foi conte que le sauteur Grimaldi donnait une

représentation à la foire de Saint-Germain en 1742, quand il fit le pari

de bondir jusqu'au lustre qui éclairait la scène de fort haut. Il

s'élança d'un bond si furieux, que son pied, bousculant la suspension,

envoya un des cristaux dans le visage de l'ambassadeur de la

Sublime-Porte: Mehemet Effendi. Quand Grimaldi s'approcha du haut

personnage pour recevoir des félicitations bien méritées, un esclave de

l'ambassadeur s'empara du pauvre histrion et lui administra une

vigoureuse raclée de bois vert; on dit que le sauteur se consola

difficilement d'avoir été pour un soir la tête de turc de ses

spectateurs.

=Natation.=--«Il ne sait ni lire, ni nager», disaient les Romains d'un

homme sans éducation; cette expression nous montre combien la natation

était en honneur chez eux; il en était de même chez les Égyptiens, les

Carthaginois, les Grecs. En France c'est depuis quelques années

seulement qu'un mouvement se dessine, favorable à la nage. Outre son

agrément, ce sport peut être très utile et il faut engager vivement ceux

qui en ignorent jusqu'au principe, à prendre quelques leçons d'un maître

nageur. Dans les lycées et casernes, on enseigne à sec les mouvements

décomposés de la nage: cet exercice préparatoire, qui se fait au

chevalet, offre des avantages mais ne suffit pas; l'élève ainsi formé

sera incapable dans la plupart des cas de se débrouiller seul dans

l'eau.

Des gens graves vous disent: Vous voulez nager, observez les grenouilles

et faites comme elles. Si le principe est juste, la pratique est

difficile. La nage commune ou _brasse_ imite les mouvements des

batraciens; l'homme étant plus pesant que le volume d'eau égal à son

corps surnage grâce à des mouvements d'extension des bras et des jambes.

Le nageur ayant joint ses mains devant la poitrine allonge ses bras en

avant; en même temps les jambes pliées, les talons touchant le bas des

reins, se détendent, s'écartent le plus possible, la pointe des pieds en

dehors; ce mouvement a pour effet de pousser le corps en avant. Le

nageur écarte les bras, les paumes de la main en dehors, et les ramène

par un mouvement circulaire dans leur position primitive devant la

poitrine, tandis que les jambes se réunissent et se plient de nouveau,

les talons touchant les reins. On recommence et poursuit continuellement

ces détentes et ces flexions.

On pratique également la _nage sur le dos_, en faisant la planche, les

bras exécutant le mouvement de la godille. Dans la _coupe_, les bras

battent l'eau alternativement en avant du corps. Pour apprendre la

natation un professeur est presque toujours indispensable; si l'on ne

veut pas prendre de leçons, il vaut mieux franchement s'abstenir de

ceintures de liège et des appareils similaires pour avoir recours à

l'aide d'un ami qui, de la berge, tiendra une perche et une corde.

Plus difficiles sont les méthodes athlétiques.

J.-B. Trudgeon a fait connaître il y a une quarantaine d'années la nage

des indigènes de l'Amérique du sud: on l'appelle du nom de celui qui l'a

vulgarisée: le trudgeon ou trudgen: elle a presque les mêmes mouvements

que ceux de la coupe, mais plus rapides. En outre l'_over arm stroke_

permet d'avancer très vite; les jambes y dessinent un mouvement de

ciseau, tandis que les bras reviennent l'un après l'autre à la surface.

Il y a des concours de vitesse et de demi-fond organisés pour les

nageurs et nageuses, puisque celles-ci, suivant l'exemple de miss

Kellermann, tentent aussi l'épreuve de la traversée de Paris: cette

traversée à la nage a été faite en deux heures dix-huit. Quant à la

traversée de la Manche elle a été tentée plusieurs fois et par des

hommes comme Holbein, Burgess, Wolf. Seul le capitaine Webbs a réussi en

1875 à aller d'Angleterre en France.

Il faut un entraînement spécial pour apprendre à bien plonger: certains

professionnels restent sous l'eau jusqu'à deux et trois minutes.

Si l'on se trouve en présence d'une personne qui se noie, on doit agir

prudemment pour lui porter secours et la saisir par derrière, par les

cheveux ou bien sous les aisselles ou par le haut du bras. «Lorsqu'on

cherche à sauver quelqu'un en plongeant au fond, dit l'instruction de la

Commission de gymnastique française, il ne faut jamais saisir le noyé

que par une seule main; l'autre est employée avec les pieds pour

s'élever à la surface. Si le nageur est saisi par celui qui se noie, il

ne pourra se dégager qu'en gardant tout son sang-froid. Du moment qu'il

est étreint et qu'il se sent près de couler, il doit prendre haleine,

engager vivement les doigts de ses deux mains sous l'extrémité de ceux

qui le serrent, les ouvrir par un effort violent et brusque, puis, au

même instant, se dégager par une secousse, s'échapper rapidement et

aller attendre à l'écart le moment opportun pour ressaisir

convenablement le noyé. Dans le cas où celui-ci serait très robuste, il

serait bon d'attendre qu'il ait perdu connaissance avant de l'aborder de

nouveau.»

Chacun sait que l'on ne peut se mettre à l'eau qu'une fois la digestion

terminée, c'est-à-dire trois ou quatre heures après le repas. En résumé,

avec de la prudence et quelques précautions, la natation offre peu de

danger, et procure à ses adeptes une distraction aussi hygiénique

qu'agréable; elle convient parfaitement à la jeunesse.

=III.--CYCLISME=

=La bicyclette.=

Instrument raide

En fer battu

Qui dépossède

Le char tordu.

Vélocipède

Rail impromptu

Fils d'Archimède

D'où nous viens-tu?[3]

[Note 3: Ch. Monselet.]

Le vélocipède ne vient pas de loin; ses ancêtres sont la _draisienne_,

inventée en 1816 par le baron de Sauerbron, et le _célérifère_ en vogue

en 1818; ils consistaient en une selle allongée, montée sur deux roues

d'égal diamètre et assez basses pour que le cavalier put frapper le sol,

tantôt du pied droit, tantôt du pied gauche, afin de donner l'impulsion

à la machine; on pouvait faire ainsi du 12 à l'heure. On ignorait alors

la pédale à chaîne ou dispositif à cordes, qui ne fut inventée que vers

1855. Un enfant, le jeune Michaud, s'amusait un jour avec un vieux

tricycle, quand il eut l'idée d'enlever une roue et, en jouant avec ce

nouvel appareil, d'actionner la roue de devant avec les pieds; ce fut le

point de départ du vélo; car Michaud, serrurier en voitures à Paris, fut

ainsi amené à créer le vélocipède, qui se fit en bois, en fer, puis en

acier. On sait quelle fut sa fortune; des perfectionnements successifs:

freins, gouvernail, rayons, bandage d'étoffe et de cuir aux roues,

caoutchouc, pleins, creux (1889) et pneus (appliqués par Dunlop)

marquèrent les étapes du succès en dépit des résistances et de

l'hostilité, qui accueillent toute invention nouvelle. Le cycle devint

le roi du sport. Le bicycle précéda la bicyclette; nous laissons sa

description à une plume plus autorisée. (Note: Alfred Capus, 1890.)

«Tandis que le cyclone ravage la province, Paris est victime d'un autre

fléau, auquel les savants ont donné le nom de bicycle. Tout le monde

sait ce que c'est qu'un bicycle, ne serait-ce que pour avoir été

renversé par un de ces dangereux instruments. Rappelons seulement qu'il

se compose de deux roues, comme son nom l'indique. Celle de devant est

d'une mobilité extrême et a pour but de pénétrer entre les jambes des

promeneurs distraits, de façon à les projeter sur le sol. Celle de

derrière sert de point d'appui au bicycliste. Un bicycliste adroit et

expérimenté peut renverser de vingt-cinq à trente personnes par jour...

c'est surtout l'enfant qui est le triomphe du bicycliste. Il peut en

renverser trois ou quatre d'un seul coup et détruire un pensionnat en

moins d'une demi-heure». Mais l'équilibre était trop instable sur le

bicycle, comprenant une grande roue motrice et une petite roue d'environ

0 m. 40, et les chutes en avant étaient trop nombreuses. Le tricycle,

non encore muni de moteur, ne convenait qu'aux gens paisibles. La

«bécane» rallia tous les suffrages; la première fut construite en

Angleterre en 1880. Elle se compose de deux roues égales réunies par un

cadre; celle d'arrière est motrice et l'effort sur la pédale lui est

transmis par une chaîne, munie de deux engrenages multiplicateurs. Dans

l'acatène (sans chaîne) la transmission a lieu par une tige métallique

et un double engrenage.

De nouveaux perfectionnements sont apportés chaque année à la bécane,

qui est presque parfaite: frein sur roue d'arrière, roue libre,

changement de vitesse, rétropédalage, etc. Lorsqu'on achète une

bicyclette il ne faut pas prendre un développement trop élevé: 6 mètres

à 6 m. 80 convient pour la plaine, 5 mètres à 5 m. 50 pour les routes

ordinaires, 5 mètres au maximum pour les régions montagneuses.

La bicyclette est autant un moyen de transport qu'un sport; sa pratique

ne peut qu'être bonne à la santé, si on n'en abuse pas; elle

n'occasionne d'accidents qu'aux téméraires. Beaucoup de cyclistes

négligent de se munir d'un frein, parce qu'on peut freiner, soit en

appuyant sur les pédales, soit avec le pied sur le sol, soit encore avec

le pied sur la roue d'avant; c'est une imprudence. Ceux qui voyagent en

montagne ont la ressource d'attacher pour les descentes, à la roue

d'arrière, une grosse branche d'arbre, qui, traînant sur le sol, fait

office de frein.

Les courses se sont multipliées, sur routes (Paris-Brest,

Paris-Bordeaux) comme sur pistes dans les vélodromes, avec ou sans

entraîneur, épreuve scratch ou épreuve handicap de vitesse ou de fond.

Les champions sont arrivés, derrière motocyclette, à faire tout près de

100 kilomètres à l'heure. Les championnats ne sont d'ailleurs

réglementés que depuis une douzaine d'années.

Enfin la bécane permet des variations sans nombre, marche en arrière,

courses de lenteur, jeux et acrobaties de toute nature.

=Motocyclette.=--Voulez-vous avoir la sensation de la vitesse? Faites de

la moto. Ceci est admirable qu'un amateur puisse couvrir sur routes,

sans aucun effort, des 40, 50 kilomètres et plus, à l'heure, avec

simplement deux roues entre les jambes. Toute moto ou bicyclette

transformée comprend nécessairement: _moteur à deux ou quatre temps,

carburateur à pulvérisation, bobine d'induction, accumulateur_ (magnéto

ou pile), _transmission_ (chaîne, engrenage, courroie), _réservoir_

d'huile, d'essence, d'eau.

Si l'on fait ajouter des engins moteurs à une bicyclette, il faut avoir

soin de faire vérifier la solidité des diverses parties de la machine,

et si possible de les faire renforcer: la fourche principalement doit

être très solide; exiger des pneus résistants et un cadre très rigide.

Il faut que les organes puissent résister: 1° aux vibrations; 2° à

l'augmentation de vitesse; 3° à l'augmentation de poids. On construit

pour courses des motos d'une force de 6, 8, 10 chevaux à deux et quatre

cylindres; il est plus pratique de se contenter de 2 à 3 chevaux, la

moto ne pesant que 35 à 55 kilos; généralement on emploie alors le

moteur à un cylindre. Le moteur est au pédalier.

Avant d'entreprendre une excursion un peu longue, il sera bon

d'apprendre à bien connaître sa machine, de savoir manoeuvrer à propos

les manettes, enfin de devenir un peu mécanicien, pour obvier aux

pannes; car rien n'est moins drôle que de traîner une moto inerte. Mais

elle est maintenant assez perfectionnée pour satisfaire ses fervents.

C'est un sport passionnant, dont le succès ira croissant et qui ne peut

manquer de se démocratiser.

=IV.--SUR LA GLACE ET SUR LA NEIGE=

=Patinage.=--Le patin primitif n'était autre chose qu'une chaussure

munie d'un morceau de bois durci au feu; on remplaça ensuite le bois par

un os de mâchoire de vache ou de cheval; ce patin était encore en usage

au XIe siècle; puis on fixa sous la sandale de bois une lame de métal.

On patina furieusement sous Louis XV et sous le premier Empire, époque

où le professeur Garcin inventa le patin à roulettes, qui n'est plus

guère usité qu'en Amérique; la roulette, permettant de patiner sur les

parquets, n'a plus de raison d'être, depuis qu'il existe des

établissements offrant toute l'année des pistes de glace artificielle.

Actuellement, le patin comprend une semelle d'acier, traversée en

dessous par une lame d'acier; cette semelle est fixée à la chaussure par

un étrier à vis, système qui a remplacé depuis 1549 les simples

courroies. Un débutant ne manquera pas de prendre quelques «pelles»,

tant l'équilibre est instable sur la glace polie; en peu de leçons il

apprendra à faire les «pas en dedans» et les «pas en dehors», plus

difficiles; pour s'arrêter, il faut lever la pointe des pieds et appuyer

les talons sur la glace, en courbant le corps en avant, ou bien, méthode

plus délicate, mettre les pieds en équerre en rapprochant les talons.

Le patinage est chez nous un sport charmant, élégant; mais il est

nécessaire d'émigrer sous des climats plus rudes pour en goûter tous les

charmes. Déjà les Berlinois se rendent à leur Versailles, Potsdam, en

patinant sur la Havel. En Hollande, c'est un moyen de transport, usité

par les paysans et paysannes pour porter leurs denrées aux marchés des

bourgs et villes; ils parcourent le lacis de leurs canaux à 20 et 30

kilomètres à l'heure. En Scandinavie, on se lance sur d'immenses lacs,

où le patineur, perdu comme une barque en mer, ne voit aucun obstacle

arrêter son élan et goûte toutes les voluptés d'une vitesse folle sur un

miroir infini. Parfois un cheval entraîne le promeneur qui glisse sur

ses patins, sans faire le moindre effort; parfois encore il tient dans

ses mains une voile tendue sur une armature de bois et le vent chasse à

une allure vertigineuse (jusqu'à 90 kilomètres à l'heure) le hardi

patineur.

Des concours et championnats se disputent chaque année en France et à

l'étranger. Certains concurrents dansent et valsent sur la glace; les

autres y dessinent les figures les plus compliquées: le coeur, le

trèfle, la pensée, etc.; d'autres y luttent de vitesse, ayant chaussé le

patin de course, beaucoup plus long, 0 m. 60 environ. Tous y font assaut

de grâce et de souplesse.

Enfin on joue au hockey sur la glace; les règles sont les mêmes que sur

la pelouse; les joueurs qui doivent être d'une très grande dextérité

poussent, au lieu de balle, un palet en bois; notons que ce jeu était

autrefois connu des Français, qui, notamment en Auvergne, s'adonnaient,

sans patin toutefois, à la «crosse» sur les étangs glacés.

Le patinage fait, chaque année, des progrès et voit s'augmenter le

nombre de ses partisans en France.

=Ski.=--Le ski ou patin à neige (on écrit aussi sky) se compose d'une

longue planche de bois flexible, le plus souvent du frêne, recourbée à

l'avant; sa longueur varie selon la taille de la personne à laquelle il

est destiné: elle doit être de 1 m. 75 à 2 mètres pour les petites

tailles, de 2 m. 15 à 2 m 50 pour les grandes tailles; l'épaisseur est

environ de 25 millimètres à la pointe et de 30 millimètres sous les

pieds: la largeur est de 10 centimètres. Le ski se fixe au pied, de

différentes manières, tout en lui laissant une certaine liberté: par des

courroies, un étrier en fer, des attaches avec tendeur-levier Hoyer

Ellefsen, etc. Le skieur se sert d'un bâton ferré, d'une hauteur de 0 m.

90 à 1 m. 60 et pourvu à son extrémité inférieure d'une rondelle évidée

en bois, en jonc ou en cuir, qui a pour effet d'empêcher le bâton de

trop enfoncer dans la neige.

Sport national des Scandinaves, nous voyons dès 1200 les rois se servir

de skieurs pour éclairer leurs armées. Le ski n'est connu que depuis peu

en France. Les premiers concours de Chamonix eurent beaucoup de succès;

le club alpin a grandement contribué à le répandre dans les Alpes, les

Pyrénées, en Auvergne même. Sport ou moyen de locomotion, il permet de

parcourir rapidement de grandes distances; la vitesse obtenue est

vertigineuse sur les pentes escarpées. Il suffit que la neige soit un

peu gelée, offrant une légère croûte de glace, pour que le plaisir soit

entier. Si le skieur rencontre un obstacle, une crevasse, etc., il la

franchit par des bonds énormes qui atteignent 20, 30 et 40 mètres. Ce

merveilleux exercice développe la vigueur des muscles, la souplesse du

corps et fortifie au plus haut point la volonté et le sang-froid.

C'est un indispensable moyen de transport dans les régions montagneuses

ou dans les plaines de Russie, du Canada, etc. En Asie les Toungouses se

font traîner en ski par des rennes. L'armée russe possède des bataillons

de skieurs qui ont parcouru 697 kilomètres en 10 jours par vingt degrés

de froid et en pleine tourmente de neige. Nous mêmes avons depuis

1903-4, à Briançon, une école de ski pour les 14e et 15e corps sous la

direction du capitaine Bernard; nos premiers skieurs militaires ont été

formés par une mission norvégienne et parcourent des distances de 100

kilomètres en une journée. Certains coureurs entraînés dépassent 200

kilomètres en un seul jour. C'est assez dire l'intérêt du ski.

=Traîneaux et bobs.=--Luge, toboggan canadien, bob, bobelet ou

bobsleigh, skeleton, ne sont que des variétés de traîneaux sur patins.

On luge assis ou couché à plat ventre, ainsi sur le skeleton, à une ou

plusieurs personnes sur le même traîneau; et l'on se grise de vitesse en

glissant à toute allure, sur les pentes neigeuses ou les pistes de

glace. Sport charmant, et qui convient, comme le patin ou le ski, aux

deux sexes. Ce n'est pas seulement la Suisse, avec Davos et Moritz dont

la piste atteint 1,200 mètres de long, ce sont maintenant les Alpes et

les Pyrénées, Chamonix, Briançon, Eaux-Bonnes, etc., qui attirent les

amateurs de ces sports. N'avez-vous pas assisté, cet hiver même de 1909,

au concours très réussi de luges et bobsleighs et au cross-country de

ski, disputé sur les coteaux de Saint-Cloud? Quand aurons-nous un

championnat de bobs et skis sur les Champs-Elysées?

La difficulté, en la luge primitive, consistait à la diriger; les

courbes multipliaient les occasions de chutes élégantes; on adapte

maintenant à l'avant une direction et des freins dont le mécanisme

varie, ce qui n'empêche pas lugeurs et lugeuses d'aider aux virages

difficiles, en se penchant et en tendant le bras hors du traîneau.

On se sert depuis longtemps au Canada, ou sur les bords de la Volga et

autres pays froids, des traîneaux ou yachts à voiles, qui viennent

d'être importés en Europe et que nos stations d'hiver connaissent déjà.

En un mot, patin, ski, luges et bobs sont assez passionnants pour nous

faire oublier les sports d'été, quand la neige veut bien transformer la

France en petite Sibérie.

=V.--LES ARMES=

=L'escrime.=--«C'est l'art de donner sans jamais recevoir». Cette

définition que Molière met dans la bouche de la Nicole s'applique à

l'escrime de tous les temps. Les Romains tenaient en honneur l'

«armatura» et s'exerçaient contre des pieux, comme nos escrimeurs

modernes tirent au mur.

L'escrime du moyen-âge n'avait presque rien de commun avec celle de nos

jours; on se servait de larges et lourdes épées, en frappant de taille;

on paraît avec le bras gauche, armé du bouclier, ou avec la dague; les

duels, d'autant plus fréquents qu'ils étaient fréquemment imposés par

l'autorité judiciaire, comme «combats de Dieu», étaient presque toujours

mortels, le vainqueur achevant au poignard le vaincu. L'escrime n'était

alors que l'art de tuer. Nous savons que Paris possédait dans le seul

quartier du Marais, «_sept escrémisseurs_» (maîtres d'escrime) en 1292.

Le premier traité d'escrime qui eut de l'influence fut celui de

l'italien Marozzo en 1536. Les Espagnols introduisirent l'usage d'une

longue et fine lame et vers le milieu du XVIe siècle, à l'épée lourde,

espadon, lansquenette, braquemart, succéda en France la rapière effilée.

Réglementée par la Boëssière, illustrée par le chevalier de

Saint-Georges, l'escrime française était dès lors créée; les maîtres

d'armes la perfectionnèrent peu à peu, se transmettant en outre

certaines «bottes secrètes», qui permettaient de mettre à mal son

adversaire selon toutes les règles de l'art. Le fleuret révolutionna et

rénova l'escrime et les duels devinrent moins meurtriers. On raconte

qu'un jour le chevalier de Saint-Georges répondit à un maître d'arme

insolent qui lui demandait «où il perchait».

«A l'arche Marcon; j'y serai demain matin à six heures.»

Le maître s'y étant rendu, Saint-Georges lui fit sauter l'arme des mains

au premier coup; puis, faisant apporter par son nègre une brassée de

fleurets, il se procura le plaisir de les briser successivement sur le

dos de son adversaire.

On se trouve aujourd'hui en présence de deux méthodes rivales:

l'italienne et la française. Les armes même diffèrent; le fleuret

italien étant plus long et plus souple que le français et fixé par sa

coquille à la main du fleurettiste; le fleuret français, dont la garde

consiste en deux anneaux, dessinant un 8, saute au contraire facilement

des mains. Si nombreux qu'aient été les assauts, même à fleuret

démoucheté, entre les maîtres des deux pays, il est impossible

d'affirmer la supériorité de l'une ou l'autre méthode.

Beaucoup plus mouvementée, comprenant des changements de main, des

appels, des bonds, des cris, tout un jeu de scène émouvant, l'escrime

italienne fait ressortir le jeu classique, correct, maître de lui, sobre

de gestes de l'escrime française. L'italienne est plus agressive; la

française est plus habile à la parade et à la riposte. Le Français en

garde plie à peine sur les jambes; l'Italien s'asseoit sur les jarrets

et parfois se rase à terre complètement, pour laisser passer l'arme de

l'adversaire au-dessus de lui.

L'escrime au fleuret, féconde en feintes, en roueries, en finesses,

prépare au combat à l'épée. Mais nombre d'épéistes compétents affirment

qu'il est préférable de ne s'exercer qu'à l'escrime à l'épée

directement, en négligeant le fleuret.

Science noble, l'escrime est et restera un sport aussi hygiénique

qu'utile; elle exige de la souplesse, de la vitesse, un oeil exercé, une

décision vive et du sang-froid. Les lycées et écoles possèdent des

salles où les élèves s'instruisent pour les championnats interscolaires.

Dans les assauts, d'une durée de 12 minutes, le vainqueur est celui qui

a boutonné le plus grand nombre de fois son rival; tout coup d'épée est

bon; mais le fleurettiste ne doit frapper qu'entre la clavicule et les

hanches.

L'escrime comptant près de 12,000 coups, feintes et parades, il est

superflu d'en vouloir donner ici un aperçu: d'ailleurs, plus qu'en aucun

autre sport un bon maître est indispensable.

=Le tir.=--Les Français sont des tireurs émérites et remportent de

nombreux prix dans les concours internationaux. Les sociétés de tir

mettent des terrains, stands, à la disposition de leurs membres: l'Union

des Sociétés de tir de France a été fondée par Déroulède en 1886.

On tire debout, à genoux, couché, à bras francs ou avec appui. Les

premières qualités d'un tireur sont: du sang-froid et une bonne vue; la

pratique des armes à feu apprend à appuyer solidement l'arme contre

l'épaule, à n'engager dans la gâchette l'index de la main droite que

jusqu'à la deuxième phalange, et enfin à bien soutenir le fusil de la

main gauche. Les règles sont à peu près les mêmes pour le revolver et le

pistolet.

Le tir sur cible prépare au tir au gibier, car on peut viser sur des

cibles mouvantes; pourtant un bon chasseur ne se formera qu'à la chasse.

Le tir aux pigeons vivants est onéreux parce qu'il exige des pigeons de

races spéciales, et une installation assez coûteuse: cinq boîtes,

disposées en éventail de cinq en cinq mètres, à trente mètres du tireur,

sont ouvertes, grâce à un système de fils, par le «pouleur»; le tireur

ne sait quelle boîte s'ouvrira et devra avoir l'expérience de ce tir

pour frapper le but. Moins coûteux est le tir aux pigeons artificiels

lancés par le projecteur ou ball-trap, qui lance une sorte de soucoupe

en terre à poterie ou en matière plastique, dont la trajectoire imite le

vol de l'oiseau.

Les duels au pistolet étant nombreux, il est important de connaître la

récente invention du docteur Devillers, qui apporte à ce sport un

élément nouveau en permettant les «poules» au pistolet; dans ces assauts

les adversaires se servent de balles assez friables, pour n'être pas

dangereuses, tout en étant assez denses pour assurer la précision du

coup; les projectiles, inventés par le docteur Devillers, sont à base de

cire; les tireurs portent un masque à grillage, des gants et une longue

blouse. L'assaut au pistolet donne l'illusion du combat, et assure une

supériorité réelle à ceux qui s'y exercent (toute intention meurtrière à

part, cet exercice peut être un divertissement curieux).

Le tir est un sport très populaire--il suffit pour s'en convaincre, de

parcourir nos foires,--en même temps qu'un sport élégant, que cultivent

toutes les aristocraties. Au nombre de nos «meilleurs pistolets», est M.

G. Clemenceau. Levé dès cinq heures du matin, il écrit dans son cabinet

de travail, dont les fenêtres donnent sur son jardin; parfois, il voit

un rat qui court parmi les fleurs, effraie ses canards et ses poulets

d'espèce rare. M. Clemenceau prend dans sa boîte un pistolet, l'arme,

vise de sa place et tire; un de ses chiens se précipite et rapporte la

proie que la balle a frappé immanquablement. Il en était ainsi du moins,

il y a quelques années, car, depuis qu'il est président du conseil,

d'autres soucis préoccupent notre Premier.

=CONCLUSION=

Cette magnifique expansion sportive, dont nous fûmes témoins ou acteurs,

n'a fait--chose admirable--que deux victimes: l'équitation et le

canotage. Encore l'une d'elles, l'équitation, n'est-elle que blessée, et

l'autre nous laisse-t-elle prévoir, par d'intéressantes manifestations,

sa résurrection prochaine. Jamais d'ailleurs défaveur ne fut plus

imméritée. Si le cheval reste un luxe, le canot offre à tous ses joies

multiples et saines; aussi une réaction se dessine-t-elle contre cet

injuste oubli; nos jolies rivières de France, s'étonnent de ne plus

entendre la chanson des canotiers et canotières qui pédalent maintenant

dans la poussière des grandes routes.

Avec ses mille jeux et exercices, ses plaisirs et ses vertiges, le sport

prépare à la France une génération de jeunes gens forts, prêts à toutes

les luttes de la vie. Sans insister, puisque personne ne les conteste,

sur ses avantages physiques et moraux, nous rappellerons simplement le

mot de Montaigne.

«Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse, c'est un

homme,» et le conseil du vieux poète français, Eustache Deschamps:

Exercicez-vous au matin

Si l'air est clair et entérin (limpide)

Et soient vos mouvements trempés

Par les champs, les bois, les prés,

Et si le temps n'est de saison

Prenez l'esbat en vos maison.

Les sports à la mode · 第 3 / 5 题