Grecs contre Turcs

Dans les temps préhistoriques, alors que l'écorce solide du globe

se moulait peu à peu sous l'action des forces intérieures,

neptuniennes ou plutoniennes, la Grèce dut sa naissance à un

cataclysme qui repoussa ce bout de terre au-dessus du niveau des

eaux, tandis qu'il engloutissait dans l'Archipel toute une partie

du continent, dont il ne reste plus que les sommets sous formes

d'îles. La Grèce est, en effet, sur la ligne volcanique qui va de

Chypre à la Toscane.[1]

Il semble que les Hellènes tiennent du sol instable de leur pays

l'instinct de cette agitation physique et morale, qui peut les

porter dans les choses héroïques jusqu'aux plus grands excès. Il

n'en est pas moins vrai que c'est grâce à leurs qualités

naturelles, un courage indomptable, le sentiment du patriotisme,

l'amour de la liberté, qu'ils sont parvenus à faire un État

indépendant de ces provinces courbées, depuis tant de siècles,

sous la domination ottomane.

Pélasgique dans les temps les plus reculés, c'est-à-dire peuplée

de tribus de l'Asie; hellénique, du XVIe au XIVe siècle avant l'ère

chrétienne, avec l'apparition des Hellènes, dont une tribu, les

Graïes, devait lui donner son nom, dans ces temps presque

mythologiques des Argonautes, des Héraclides et de la guerre de

Troie; bien grecque enfin, depuis Lycurgue, avec Miltiade,

Thémistocle, Aristide, Léonidas, Eschyle, Sophocle, Aristophane,

Hérodote, Thucydide, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote,

Hippocrate, Phidias, Périclès, Alcibiade, Pélopidas, Épaminondas,

Démosthène; puis, macédonienne avec Philippe et Alexandre, la

Grèce finit par devenir province romaine sous le nom d'Achaïe,

cent quarante-six ans avant J.-C. et pour une période de quatre

siècles.

Depuis cette époque, successivement envahi par les Visigoths, les

Vandales, les Ostrogoths, les Bulgares, les Slaves, les Arabes,

les Normands, les Siciliens, conquis par les Croisés au

commencement du treizième siècle, partagé en un grand nombre de

fiefs au quinzième, ce pays, si éprouvé dans l'ancienne et la

nouvelle ère, retomba au dernier rang entre les mains des Turcs et

sous la domination musulmane.

Pendant près de deux cents ans, on peut dire que la vie politique

de la Grèce fut absolument éteinte. Le despotisme des

fonctionnaires ottomans, qui y représentaient l'autorité, passait

toutes limites. Les Grecs n'étaient ni des annexés, ni des

conquis, pas même des vaincus: c'étaient des esclaves, tenus sous

le bâton du pacha, avec l'iman ou prêtre à sa droite, le djellah

ou bourreau à sa gauche.

Mais toute existence n'avait pas encore abandonné ce pays qui se

mourait. Aussi, allait-il de nouveau palpiter sous l'excès de la

douleur. Les Monténégrins de l'Épire, en 1766, les Maniotes, en

1769, les Souliotes d'Albanie, se soulevèrent enfin, et

proclamèrent leur indépendance; mais, en 1804, toute cette

tentative de rébellion fut définitivement comprimée par Ali de

Tébelen, pacha de Janina.

Il n'était que temps d'intervenir, alors, si les puissances

européennes ne voulaient pas assister au total anéantissement de

la Grèce. En effet, réduite à ses seules forces, elle ne pouvait

que mourir en essayant de recouvrer son indépendance.

En 1821, Ali de Tébelen, révolté à son tour contre le sultan

Mahmoud, venait d'appeler les Grecs à son aide, en leur promettant

la liberté. Ils se soulevèrent en masse. Les Philhellènes

accoururent à leur secours de tous les points de l'Europe. Ce

furent des Italiens, des Polonais, des Allemands, mais surtout des

Français, qui se rangèrent contre les oppresseurs. Les noms de

Guys de Sainte-Hélène, de Gaillard, de Chauvassaigne, des

capitaines Baleste et Jourdain, du colonel Fabvier, du chef

d'escadron Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, du général Maison,

auxquels il convient d'ajouter ceux de trois Anglais, lord

Cochrane, lord Byron, le colonel Hastings, ont laissé un souvenir

impérissable dans ce pays pour lequel ils venaient se battre et

mourir.

À ces noms, illustrés par tout ce que le dévouement à la cause des

opprimés peut engendrer de plus héroïque, la Grèce allait répondre

par des noms pris dans ses plus hautes familles, trois Hydriotes,

Tombasis, Tsamados, Miaoulis, puis Colocotroni, Marco Botsaris,

Maurocordato, Mauromichalis, Constantin Canaris, Negris,

Constantin et Démétrius Hypsilantis, Ulysse et tant d'autres. Dès

le début, le soulèvement se changea en une guerre à mort, dent

pour dent, oeil pour oeil, qui provoqua les plus horribles

représailles de part et d'autre.

En 1821, les Souliotes et le Magne se soulevèrent. À Patras,

l'évêque Germanos, la croix en main, pousse le premier cri. La

Morée, la Moldavie, l'Archipel, se rangent sous l'étendard de

l'indépendance. Les Hellènes, victorieux sur mer, parviennent à

s'emparer de Tripolitza. À ces premiers succès des Grecs, les

Turcs répondent par le massacre de leurs compatriotes qui se

trouvaient à Constantinople.

En 1822, Ali de Tébelen, assiégé dans sa forteresse de Janina, est

lâchement assassiné au milieu d'une conférence que lui avait

proposée le général turc Kourschid. Peu de temps après,

Maurocordato et les Philhellènes sont écrasés à la bataille

d'Arta; mais ils reprennent l'avantage au premier siège de

Missolonghi, que l'armée d'Omer-Vrione est obligée de lever, non

sans des pertes considérables.

En 1823, les puissances étrangères commencent à intervenir plus

efficacement. Elles proposent au sultan une médiation. Le sultan

refuse, et, pour appuyer son refus, débarque dix mille soldats

asiatiques dans l'Eubée. Puis, il donne le commandement en chef de

l'armée turque à son vassal Méhémet-Ali, pacha d'Égypte. Ce fut

dans les luttes de cette année-là que succomba Marco Botsaris, ce

patriote dont on a pu dire: Il vécut comme Aristide et mourut

comme Léonidas.

En 1824, époque de grands revers pour la cause de l'Indépendance,

lord Byron avait débarqué, le 24 janvier, à Missolonghi, et, le

jour de Pâques, il mourait devant Lépante, sans avoir rien vu

s'accomplir de son rêve. Les Ipsariotes étaient massacrés par les

Turcs, et la ville de Candie, en Crète, se rendait aux soldats de

Méhémet-Ali. Seuls, les succès maritimes purent consoler les Grecs

de tant de désastres.

En 1825, c'est Ibrahim-Pacha, fils de Méhémet-Ali, qui débarque à

Modon, en Morée, avec onze mille hommes. Il s'empare de Navarin et

bat Colocotroni à Tripolitza. Ce fut alors que le gouvernement

hellénique confia un corps de troupes régulières à deux Français,

Fabvier et Regnaud de Saint-Jean-d'Angély; mais, avant que ces

troupes eussent été mises en état de lui résister, Ibrahim

dévastait la Messénie et le Magne. Et s'il abandonna ses

opérations, c'est qu'il voulut aller prendre part au second siège

de Missolonghi, dont le général Kioutagi ne parvenait pas à

s'emparer, bien que le sultan lui eût dit: Ou Missolonghi ou ta

tête!

En 1826, le 5 janvier, après avoir brûlé Pyrgos, Ibrahim arrivait

devant Missolonghi. Pendant trois jours, du 25 au 28, il jeta sur

la ville huit mille bombes et boulets, sans pouvoir y entrer, même

après un triple assaut, et bien qu'il n'eût affaire qu'à deux

mille cinq cents combattants, déjà affaiblis par la famine.

Cependant il devait réussir, surtout lorsque Miaoulis et son

escadre, qui apportaient des secours aux assiégés, eurent été

repoussés. Le 23 avril, après un siège qui avait coûté la vie à

dix-neuf cents de ses défenseurs, Missolonghi tombait au pouvoir

d'Ibrahim, et ses soldats massacrèrent hommes, femmes, enfants,

presque tout ce qui survivait des neuf mille habitants de la

ville. En cette même année, les Turcs, amenés par Kioutagi, après

avoir ravagé la Phocide et la Béotie, arrivaient à Thèbes, le 10

juillet, entraient en Attique, investissaient Athènes, s'y

établissaient et faisaient le siège de l'Acropole, défendue par

quinze cents Grecs. Au secours de cette citadelle, la clé de la

Grèce, le nouveau gouvernement envoya Caraïskakis, l'un des

combattants de Missolonghi, et le colonel Fabvier avec son corps

de réguliers. La bataille qu'ils livrèrent à Chaïdari fut perdue,

et Kioutagi put continuer le siège de l'Acropole. Pendant ce

temps, Caraïskakis s'engageait à travers les défilés du Parnasse,

battait les Turcs à Arachova, le 5 décembre, et, sur le champ de

bataille, il élevait un trophée de trois cents têtes coupées. La

Grèce du Nord était redevenue libre presque tout entière.

Malheureusement, à la faveur de ces luttes, l'Archipel était livré

aux incursions des plus redoutables forbans, qui eussent jamais

désolé ces mers. Et parmi eux, on citait, comme l'un des plus

sanguinaires, le plus hardi peut-être, ce pirate Sacratif, dont le

nom seul était une épouvante dans toutes les Échelles du Levant.

Cependant, sept mois avant l'époque à laquelle débute cette

histoire, les Turcs avaient été obligés de se réfugier dans

quelques-unes des places fortes de la Grèce septentrionale. Au

mois de février 1827, les Grecs avaient reconquis leur

indépendance depuis le golfe d'Ambracie jusqu'aux confins de

l'Attique. Le pavillon turc ne flottait plus qu'à Missolonghi, à

Vonitsa, à Naupacte. Le 31 mars, sous l'influence de lord

Cochrane, les Grecs du Nord et les Grecs du Péloponnèse, renonçant

à leurs luttes intestines, allaient réunir les représentants de la

nation en une assemblée unique à Trézène, et concentrer les

pouvoirs en une seule main, celle d'un étranger, un diplomate

russe, grec de naissance, Capo d'Istria, originaire de Corfou.

Mais Athènes était aux mains des Turcs. Sa citadelle avait

capitulé, le 5 juin. La Grèce du Nord fut alors contrainte de

faire sa complète soumission. Le 6 juillet, il est vrai, la

France, l'Angleterre, la Russie et l'Autriche signaient une

convention qui, tout en admettant la suzeraineté de la Porte,

reconnaissait l'existence d'une nation grecque. En outre, par un

article secret, les puissances signataires s'engageaient à s'unir

contre le sultan, s'il refusait d'accepter un arrangement

pacifique.

Tels sont les faits généraux de cette sanglante guerre, que le

lecteur doit se remettre en mémoire, car ils se rattachent très

directement à ce qui va suivre.

Voici maintenant quels sont les faits particuliers auxquels sont

plus directement liés les personnages déjà connus et ceux à

connaître de cette dramatique histoire.

Parmi les premiers, il faut d'abord citer Andronika, la veuve du

patriote Starkos.

Cette lutte, pour conquérir l'indépendance de leur pays, n'avait

pas seulement enfanté des héros, mais aussi d'héroïques femmes,

dont le nom est glorieusement mêlé aux événements de cette époque.

Ainsi voit-on apparaître le nom de Bobolina, née dans une petite

île, à l'entrée du golfe de Nauplie. En 1812, son mari est fait

prisonnier, emmené à Constantinople, empalé par ordre du sultan.

Le premier cri de la guerre de l'indépendance est jeté. Bobolina,

en 1821, sur ses propres ressources, arme trois navires, et, ainsi

que le raconte M. H. Belle, d'après le récit d'un vieux Klephte,

après avoir arboré son pavillon, qui porte ces mots des femmes

spartiates: «Ou dessus ou dessous», elle fait la course jusqu'au

littoral de l'Asie Mineure, capturant et brûlant les navires turcs

avec l'intrépidité d'un Tsamados ou d'un Canaris; puis, après

avoir généreusement abandonné la propriété de ses navires au

nouveau gouvernement, elle assiste au siège de Tripolitza,

organise autour de Nauplie un blocus qui dure quatorze mois, et

oblige enfin la citadelle à se rendre. Cette femme, dont toute la

vie est une légende, devait finir par tomber sous le poignard de

son frère pour une simple affaire de famille.

Une autre grande figure doit être placée au même rang que cette

vaillante Hydriote. Toujours mêmes faits amenant mêmes

conséquences. Un ordre du sultan fait étrangler à Constantinople

le père de Modena Mavroeinis, femme dont la beauté égalait la

naissance. Modena se jette aussitôt dans l'insurrection, appelle à

la révolte les habitants de Mycone, arme des bâtiments qu'elle

monte, organise des compagnies de guérillas qu'elle dirige, arrête

l'armée de Sémil-Pacha au fond des étroites gorges du Pélion, et

marque brillamment jusqu'à la fin de la guerre, en harcelant les

Turcs dans les défilés des montagnes de la Phthiotide.

Il faut encore nommer Kaïdos, détruisant par la mine les murs de

Vilia, et se battant avec un courage indomptable au monastère

Sainte-Vénérande; Moskos, sa mère, luttant aux côtés de son époux,

et écrasant les Turcs sous des quartiers de roche; Despo, qui pour

ne pas tomber aux mains des musulmans, se fit sauter avec ses

filles, ses belles-filles et ses petits-fils. Et les femmes

souliotes, et celles qui protégèrent le nouveau gouvernement,

installé à Salamine, en lui prenant la flottille qu'elles

commandaient, et cette Constance Zacharias, qui, après avoir donné

le signal du soulèvement dans les plaines de Laconie, se jeta sur

Léondari à la tête de cinq cents paysans, et tant d'autres, enfin,

dont le sang généreux ne fut point épargné dans cette guerre,

pendant laquelle on put voir de quoi étaient capables les

descendantes des Hellènes!

Ainsi avait fait la veuve de Starkos. Ainsi, sous le seul nom

d'Andronika -- n'ayant plus voulu de celui que déshonorait son

fils -- se laissa-t-elle emporter dans le mouvement par un

irrésistible instinct de représailles autant que par amour de

l'indépendance. Comme Bobolina, veuve d'un époux supplicié pour

avoir tenté de défendre son pays, comme Modena, comme Zacharias,

si elle ne put à ses frais armer des navires ou lever des

compagnies de volontaires, du moins paya-t-elle de sa personne au

milieu des grands drames de cette insurrection.

Dès 1821, Andronika se joignit à ceux des Maniotes que

Colocotroni, condamné à mort et réfugié dans les îles Ioniennes,

appela à lui, lorsque, le 18 janvier de cette année, il débarqua à

Scardamoula. Elle fut de cette première bataille rangée, livrée en

Thessalie lorsque Colocotroni attaqua les habitants de Phanari, et

ceux de Caritène, réunis aux Turcs sur les bords de la Rhouphia.

Elle fut aussi de cette bataille de Valtetsio, du 17 mai, qui

amena la déroute de l'armée de Moustapha-bey. Plus

particulièrement encore, elle se distingua à ce siège de

Tripolitza, où les Spartiates traitaient les Turcs de «lâches

Persans», où les Turcs traitaient les Grecs de «faibles lièvres de

Laconie»! Mais, cette fois, les lièvres eurent le dessus. Le 5

octobre, la capitale du Péloponnèse, n'ayant pu être débloquée par

la flotte turque, dut capituler, et, malgré la convention, fut

mise à feu et à sang, pendant trois jours -- ce qui coûta la vie,

au dedans comme au dehors, à dix mille Ottomans de tout âge et de

tout sexe.

L'année suivante, le 4 mars, ce fut pendant un combat naval

qu'Andronika, embarquée sous les ordres de l'amiral Miaoulis, vit

les vaisseaux turcs s'enfuir, après une lutte de cinq heures, et

chercher un refuge au port de Zante. Mais, sur un de ces

vaisseaux, elle avait reconnu son fils, qui pilotait l'escadre

ottomane à travers le golfe de Patras!... Ce jour-là, sous le coup

de cette honte, elle s'élança au plus fort de la mêlée pour y

chercher la mort... La mort ne voulut pas d'elle.

Et pourtant, Nicolas Starkos devait aller plus loin encore dans

cette voie criminelle! Quelques semaines plus tard, ne se

joignait-il pas à Kari-Ali qui bombardait la ville de Scio dans

l'île de ce nom? N'avait-il pas sa part de ces épouvantables

massacres, où périrent vingt-trois mille chrétiens, sans compter

quarante-sept mille qui furent vendus comme esclaves sur les

marchés de Smyrne? Et l'un des bâtiments qui transporta une partie

de ces malheureux aux côtes barbaresques, n'était-il pas commandé

par le fils même d'Andronika -- un Grec qui vendait ses frères!

Pendant la période suivante, dans laquelle les Hellènes allaient

avoir à résister aux armées combinées des Turcs et des Égyptiens,

Andronika ne cessa pas un instant d'imiter ces héroïques femmes,

dont les noms ont été cités plus haut.

Lamentable époque, surtout pour la Morée. Ibrahim venait d'y

lancer ses farouches Arabes, plus féroces que les Ottomans.

Andronika était de ces quatre mille combattants que Colocotroni,

nommé commandant en chef des troupes du Péloponnèse, avait

seulement pu réunir autour de lui. Mais Ibrahim, après avoir

débarqué onze mille hommes sur la côte messénienne, s'était

d'abord occupé de débloquer Coron et Patras; puis, il s'était

emparé de Navarin, dont la citadelle devait lui assurer une base

d'opérations, et le port lui donner un abri sûr pour sa flotte.

Ensuite ce fut Argos qu'il incendia, Tripolitza dont il prit

possession -- ce qui lui permit, jusqu'à l'hiver, d'exercer ses

ravages à travers les provinces avoisinantes. Plus

particulièrement, la Messénie subit ces horribles dévastations.

Aussi Andronika dut-elle souvent fuir jusqu'au fond du Magne pour

ne pas tomber entre les mains des Arabes. Cependant, elle ne

songeait pas à prendre du repos. Peut-on reposer sur une terre

opprimée? On la retrouve dans les campagnes de 1825 et de 1826, au

combat des défilés de Verga, après lequel Ibrahim recula sur

Polyaravos, où les Maniotes du Nord parvinrent à le repousser

encore. Puis, elle se joignit aux réguliers du colonel Fabvier,

pendant la bataille de Chaidari, au mois de juillet 1826. Là,

grièvement blessée, elle ne dut qu'au courage d'un jeune Français,

engagé sous le drapeau des Philhellènes, d'échapper aux

impitoyables soldats de Kioutagi.

Pendant plusieurs mois, la vie d'Andronika fut en péril. Sa

constitution robuste la sauva; mais l'année 1826 se termina, sans

qu'elle eût retrouvé assez de force pour reprendre part à la

lutte.

Ce fut dans ces circonstances qu'au mois d'août 1827, elle revint

dans les provinces du Magne. Elle voulait revoir sa maison de

Vitylo. Un singulier hasard y ramenait son fils le même jour... On

sait le résultat de la rencontre d'Andronika avec Nicolas Starkos,

et comment ce fut une suprême malédiction qu'elle lui jeta du

seuil de la maison paternelle.

Et maintenant, n'ayant plus rien qui la retînt au sol natal,

Andronika allait continuer à combattre tant que la Grèce n'aurait

pas recouvré son indépendance.

Les choses en étaient donc à ce point, le 10 mars 1827, au moment

où la veuve de Starkos reprenait les routes du Magne pour

rejoindre les Grecs du Péloponnèse, qui, pied à pied, disputaient

leur territoire aux soldats d'Ibrahim.

L'archipel en feu · 第 8 / 30 题