Paris, le 10 frimaire an 13 (1er décembre 1804).
_Réponse de l'empereur au sénat venu en corps pour le remercier d'avoir
accepté la dignité d'empereur._
Je monte au trône où m'ont appelé les voeux unanimes du sénat, du peuple
et de l'armée, le coeur plein du sentiment des grandes destinées, de ce
peuple, que du milieu des camps j'ai, le premier, salué du nom de grand.
Depuis mon adolescence, mes pensées tout entières lui sont dévolues; et
je dois le dire ici, mes plaisirs et mes peines ne se composent plus
aujourd'hui que du bonheur ou du malheur de mon peuple.
Mes descendans conserveront long-temps ce trône, le premier de
l'univers.
Dans les camps, ils seront les premiers soldats de l'armée, sacrifiant
leur vie pour la défense de leur pays.
Magistrats, ils ne perdront jamais de vue que le mépris des lois et
l'ébranlement de l'ordre social ne sont que le résultat de la faiblesse
et de l'incertitude des princes.
Vous, sénateurs, dont les conseils et l'appui ne m'ont jamais manqué
dans les circonstances les plus difficiles, votre esprit se transmettra
à vos successeurs; soyez toujours les soutiens et les premiers
conseillers de ce trône si nécessaire au bonheur de ce vaste empire.