Paris, le 29 messidor an 8 (18 juillet 1800).
_Au ministre de la justice._
Les consuls ont reçu, citoyen ministre, le dernier travail de la
commission des émigrés; ils n'en ont pas été satisfaits.
Le bureau particulier que vous aviez chargé de préparer le travail de la
commission a donné l'exemple de la partialité. La commission propose la
radiation des émigrés, qui naguère portaient encore les armes contre la
république. Le gouvernement est obligé de faire recommencer ce travail.
Renvoyez le citoyen Lepage; il a abusé de votre confiance. Présentez
dans le courant de la décade prochaine, au gouvernement, un nouveau
projet pour la formation des bureaux de la commission. N'y comprenez
point ceux qui composaient le premier bureau: ils n'ont pas la confiance
publique.
Composez votre bureau particulier d'hommes justes, intègres et forts.
Qu'ils soient bien convaincus que l'intention du gouvernement n'est
pas de fermer la porte aux réclamations des individus victimes de
l'incohérence des lois sur l'émigration, mais qu'il sera inexorable pour
ceux qui ont été les ennemis de la patrie.
Il vous appartient de surveiller l'exécution des lois: ne présentez à la
signature du premier consul aucun acte qu'elles réprouvent.
Le premier consul, BONAPARTE.
Paris, 5 thermidor an 8 (24 juillet 1800).
_Au ministre de la marine._
Les consuls n'ont pu voir qu'avec peine, citoyen ministre, que plusieurs
vaisseaux de l'escadre de Brest ont été désarmés, et que dans un moment
où, plus que jamais, il était essentiel de compléter l'organisation de
notre escadre, on s'est laissé décourager par les premières difficultés
qui se sont présentées.
C'est dans le moment où la guerre continentale absorbait les principales
ressources de la nation, et la principale attention du gouvernement,
que le ministre de la marine, les amiraux, les ordonnateurs, devaient
redoubler, de courage et surmonter tous les obstacles.
Faites rechercher la conduite des ordonnateurs, ou des officiers qui ont
ordonné le désarmement des quatre vaisseaux qui ont quitté la rade
et sont entrés dans le port, et de ceux qui auraient autorisé le
congédiement des matelots. Ces opérations n'ont pas pu être légitimes
sans un ordre spécial du gouvernement.
Prenez des mesures pour qu'à la fois, sur toutes nos côtes, on lève des
gens de mer; pour que, pendant le même temps, on grée nos vaisseaux,
et qu'on les approvisionne de tout ce qui peut être nécessaire à leur
navigation. Le peuple français veut une marine; il le veut fortement. Il
fera tous les sacrifices nécessaires pour que sa volonté soit remplie.
Portez un coup d'oeil juste, mais sévère, sur vos bureaux et sur
les différentes branches de l'administration; il est temps que
les dilapidations finissent. Renvoyez ceux des individus qui, dès
long-temps, ne sont que trop désignés par l'opinion publique pour avoir
participé à des marchés frauduleux; puisque la loi ne peut pas les
atteindre, mettons-les au moins dans l'impuissance de nous nuire
davantage.
Dans le courant de fructidor, si les circonstances le permettent, le
premier consul ira visiter l'escadre de Brest. Faites qu'il n'ait
alors que des éloges à donner au ministre et aux principaux agens du
gouvernement. Les consuls feront connaître au peuple français les
officiers, les administrateurs qui l'auront servi avec zèle, et
désigneront à l'opinion publique ceux qui, par une coupable apathie, ne
se seraient pas montrés dignes de lui.
Des récompenses seront décernées au vaisseau qui sera le mieux tenu, et
dont l'équipage sera le plus discipliné.
Ordonnez au général commandant l'escadre de Brest, ainsi qu'à tous les
généraux et capitaines de vaisseaux, de rester constamment à leur bord,
de coucher dans leur bâtiment et d'exercer les équipages avec une
nouvelle activité; établissez par un règlement des prix pour les jeunes
matelots qui montreront le plus d'activité, et pour les canonniers qui
se distingueraient dans le tir. Il ne doit pas se passer une seule
journée sans que l'on ait, sur chaque vaisseau, fait l'exercice du canon
à boulet, en tirant alternativement sur des buttes que l'on établirait
sur la côte et sur des carcasses qui seraient placées dans la rade.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
Paris, le 5 thermidor an 8 (24 juillet 1800).
_Au ministre de la guerre._
Les consuls sont instruits, citoyen ministre, que le citoyen
Foissac-Latour est de retour d'Autriche, et déshonore, en le portant,
l'habit de soldat français. Faites-lui connaître qu'il a cessé d'être
au service de la république le jour où il a lâchement rendu la place de
Mantoue, et défendez-lui expressément de porter aucun habit uniforme.
Sa conduite à Mantoue est plus encore du ressort de l'opinion que des
tribunaux; d'ailleurs, l'intention du gouvernement est de ne plus
entendre parler de ce siège honteux, qui sera long-temps une tache pour
nos armes. Le citoyen Foissac-Latour trouvera dans le mépris public la
plus grande punition que l'on puisse infliger à un Français.
_Le premier consul_, BONAPARTE.
Paris, le 5 thermidor an 8 (24 juillet 1800).
_Au général Jourdan[14]._
Le gouvernement croit devoir une marque de distinction au vainqueur de
Fleurus. Il sait qu'il n'a pas tenu à lui qu'il ne se trouvât dans les
rangs des vainqueurs de Marengo. Les consuls ne doutent pas, citoyen
général, que vous ne portiez dans la mission qu'ils vous confient cet
esprit conciliateur et modéré qui, seul, peut rendre la nation française
aimable à ses voisins. Je vous salue.