Citoyens, ce fut à regret que les consuls de la république se virent
forcés d'invoquer et d'exécuter une loi que les circonstances avaient
rendue nécessaire. Ces circonstances ne sont plus; les agens de
l'étranger ont fui de votre territoire; ceux qu'ils égarèrent ont abjuré
leurs erreurs; le gouvernement ne voit plus désormais parmi vous que des
Français soumis aux mêmes lois, liés par de communs intérêts, unis par
les mêmes sentimens.
Si pour opérer ce retour, il fut obligé de déployer un grand pouvoir,
il en confia l'exécution au général en chef Brune, qui sut unir à des
rigueurs nécessaires, cette bienveillance fraternelle qui, dans les
discordes civiles, ne cherche que des innocens, et ne trouve que des
hommes dignes d'excuse ou de pitié.
La constitution reprend son empire. Vous vivrez désormais sous des
magistrats qui, presque tous, sont connus de vous par des talens et
des vertus; qui, étrangers aux divisions intestines, n'ont ni haine ni
vengeance à exercer. Confiez-vous à leurs soins; ils rappelleront parmi
vous l'harmonie; ils vous feront jouir du bienfait de la liberté.
Oubliez tous les événemens que le caractère français désavoue; tous ceux
qui ont démenti votre respect pour les lois, votre fidélité à la
patrie; qu'il ne reste de vos divisions et de vos malheurs qu'une haine
implacable contre l'ennemi étranger qui les a enfantés et nourris;
qu'une douce confiance vous attache à ceux qui, chargés de vos
destinées, ne mettent d'autre prix à leurs travaux que votre estime, qui
ne veulent de gloire que celle d'avoir arraché la France aux discordes
domestiques, et d'autre récompense que l'espoir de vivre dans votre
souvenir.