Citoyen consul,
Votre arrivée sur le territoire de la république a consolé toutes les
ames pures, principalement la mienne, n'ayant plus d'espoir qu'en vous.
Je viens a vous comme à mon Dieu tutélaire, vous priant de donner une
place dans votre bon souvenir à Léon, que vous avez tant de fois comblé
d'honneur au champ de bataille.
N'ayant pu m'embarquer pour l'Egypte, y cueillir de nouveaux lauriers
sous votre commandement, je me trouve au dépôt de votre demi-brigade
en qualité de sergent. Ayant appris par mes camarades que vous aviez
souvent parlé de moi en Egypte, je vous prie de ne pas m'abandonner, en
me faisant connaître que vous vous souvenez de moi. Il est inutile de
vous rappeler les affaires où je me suis montré comme un républicain, et
mérité l'estime de mes supérieurs; néanmoins, à l'affaire de Montenotte
j'ai sauvé la vie au général Rampon et au chef de brigade Masse, comme
ils vous l'ont certifié eux-mêmes; à l'affaire de Dego, j'ai pris un
drapeau à l'ingénieur en chef de l'armée ennemie; à l'affaire de Lodi,
j'ai été le Premier à monter à l'assaut et j'ai ouvert les portes à nos
frères d'armes; à l'affaire de Borghetto, j'ai passé le premier sur
des pontons, le pont étant rompu, j'ai fondu sur l'ennemi, et pris le
commandant de ce poste; a l'hôpital, étant fait prisonnier, j'ai tué le
commandant ennemi, et par cet acte de bravoure, quatre cents hommes,
prisonniers comme moi, ont été rejoindre leurs corps respectifs. En
outre, j'ai cinq blessures sur le corps; j'ose tout espérer de vous, et
suis bien persuadé que vous aurez toujours égard aux braves qui ont si
bien servi leur patrie.
Salut et respect.