PROCLAMATION.

Une guerre impie menace d'embraser une seconde fois les départemens de

l'Ouest. Le devoir des premiers magistrats de la république est d'en

arrêter les progrès et de l'éteindre dans son foyer; mais ils ne veulent

déployer la force qu'après avoir épuisé les voies de la persuasion et de

la justice.

Les artisans de ces troubles sont des traîtres vendus à l'Anglais, et

instrumens de ses fureurs, ou des brigands qui ne cherchent dans les

discordes civiles que l'aliment et l'impunité de leurs forfaits.

A de tels hommes le gouvernement ne doit ni ménagement, ni déclaration

de ses principes.

Mais il est des citoyens chers à la patrie qui ont été séduits par leurs

artifices; c'est à ces citoyens que sont dues les lumières et la vérité.

Des lois injustes ont été promulguées et exécutées; des actes

arbitraires ont alarmé la sécurité des citoyens et la liberté des

consciences; partout des inscriptions hasardées sur des listes

d'émigrés, ont frappé des citoyens qui n'avaient jamais abandonné ni

leur patrie, ni même leurs foyers; enfin de grands principes d'ordre

social ont été violés. C'est pour réparer ces injustices et ces erreurs

qu'un gouvernement, fondé sur les bases sacrées de la liberté, de

l'égalité, du système représentatif, a été proclamé et reconnu par la

nation. La volonté constante, comme l'intérêt et la gloire des premiers

magistrats qu'elle s'est donnés, sera de fermer toutes les plaies de la

France, et déjà cette volonté est garantie par des actes qui sont

émanés d'eux. Ainsi la loi désastreuse de l'emprunt forcé, la loi, plus

désastreuse, des ôtages, ont été révoquées; des individus déportés sans

jugement préalable, sont rendus à leur patrie et à leur famille. Chaque

jour est et sera marqué par des actes de justice, et le conseil d'état

travaille sans relâche à préparer la réformation des mauvaises lois, et

une combinaison plus heureuse des contributions publiques.

Les consuls déclarent encore que la liberté des cultes est garantie par

la constitution; qu'aucun magistrat ne peut y porter atteinte; qu'aucun

homme ne peut dire à un autre: _Tu exerceras un tel culte, tu ne

l'exerceras qu'un tel jour._

La loi du 11 prairial an 3 qui laisse aux citoyens l'usage des édifices

destines au culte religieux, sera exécutée. Tous les départemens doivent

être également soumis à l'empire des lois générales; mais les premiers

magistrats accorderont toujours et des soins et un intérêt plus marqué à

l'agriculture, aux fabriques et au commerce, dans ceux qui ont éprouvé

de plus grandes calamités.

Le gouvernement pardonnera: il fera grâce au repentir; l'indulgence sera

entière et absolue; mais il frappera quiconque, après cette déclaration,

oserait encore résister à la souveraineté nationale.

Français habitans des départemens de l'Ouest, ralliez-vous autour d'une

constitution qui donne aux magistrats qu'elle a créés la force, comme

le devoir de protéger les citoyens, qui les garantit également et de

l'instabilité et de l'intempérance des lois.

Que ceux qui veulent le bonheur de la France, se séparent des hommes

qui persisteraient à vouloir les égarer pour les livrer au fer de la

tyrannie, ou à la domination de l'étranger.

Que les bons habitans des campagnes rentrent dans leurs foyers et

reprennent leurs utiles travaux; qu'ils se défendent des insinuations de

ceux qui voudraient les ramener à la servitude féodale.

Si malgré toutes les mesures que vient de prendre le gouvernement, il

était encore des hommes qui osassent provoquer la guerre civile, il ne

resterait aux premiers magistrats qu'un devoir triste, mais nécessaire a

remplir, celui de les subjuguer par la force.

Mais non: tous ne connaîtront plus qu'un seul sentiment, l'amour de la

patrie. Les ministres d'un Dieu de paix seront les premiers moteurs

de la réconciliation et de la concorde; qu'ils parlent aux coeurs le

langage qu'ils apprirent à l'école de leur maître; qu'ils aillent dans

ces temples qui se rouvrent pour eux, offrir, avec leurs concitoyens, le

sacrifice qui expiera les crimes de la guerre et le sang qu'elle a fait

verser.

_Le premier consul,_ BONAPARTE.

Paris, le 9 nivose an 8 (30 décembre 1799).

_Aux Bourgmestre et sénat de la ville libre et impériale de Hambourg._

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 214 / 342 题