BONAPARTE.

Au Caire, le 30 thermidor an 7 (17 août 1799).

_Au même._

J'ai voulu, citoyen général, conclure un marché avec des Francs, qui

devaient me fournir vingt-quatre mille aunes de drap; je comptais les

avoir pour 20 fr. et payer moitié en argent, moitié en riz ou en blé.

Ayant accaparé tous les draps du pays, ils sentent qu'ils sont à même de

me faire les conditions qu'ils veulent: il est cependant indispensable

que j'habille l'armée, voici le parti auquel je me résous.

Vous ferez venir chez vous les négocians toscans et impériaux qui ont

plus de vingt mille aunes de drap de toute les couleurs à Alexandrie ou

à Rosette. Vous leur ferez connaître que la guerre a été déclarée par la

république française à l'empereur et au grand-duc de Toscane, que les

lois constantes de tous les pays vous autorisent à confisquer leurs

bâtimens marchands et mettre le scellé sur leurs magasins; que cependant

je veux bien leur accorder une faveur particulière, et ne point

les comprendre dans cette mesure générale; mais que j'ai besoin de

vingt-quatre mille aunes de drap pour habiller mon armée; qu'il est

nécessaire qu'ils fassent de suite la déclaration du drap qu'ils ont;

qu'ils en consignent vingt-quatre mille aunes, soit à Alexandrie, soit à

Rosette. Ils seront consignés au commissaire des guerres, qui les fera

partir en toute diligence au Caire; le procès-verbal en sera fait, et

les draps estimés et payés selon l'estimation, sans que le maximum de

l'aune passe 18 fr. Un de ces négocians, chargé de pouvoirs des autres,

se rendra au Caire pour conférer avec l'ordonnateur en chef, et

s'arranger pour le mode de paiement.

Si, au lieu de se prêter à cette mesure de bonne grâce, ces messieurs

faisaient les récalcitrans, vous ferez mettre le scellé sur leurs

effets, papiers et maisons; vous les ferez mettre dans une maison de

sûreté; vous ferez abattre les armes de l'empereur et celles de Toscane,

et vous en donnerez avis à l'ordonnateur de la marine, pour qu'il

confisque tous les bâtimens appartenant aux Impériaux, Toscans et

Napolitains: je préfère la première mesure à la deuxième.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 182 / 342 题