Au Caire, le 24 messidor an 7 (12 juillet 1799).
_Au général Murat._
Je reçois, citoyen général, votre lettre du 23 messidor, aujourd'hui à
cinq heures du soir. Vous m'apprenez votre voyage au lac Natron et votre
départ, à cinq heures du soir pour Terraneh, où je suppose que vous êtes
arrivé le 24 au matin.
Vous verrez, par la copie de la lettre du général Friant, qu'il a pris
quelques chameaux à Mourad-Bey, qui, après avoir fait une marche dans la
Haute-Egypte, est rapidement retourné sur ses pas, a marché trois jours
et trois nuits, et est arrivé hier 23 à quatre heures du soir au village
de Dachour, près les pyramides de Sahara; il en est parti à cinq heures
du soir pour prendre la route du désert: on croit qu'il s'est rendu au
lac Natron.
Le général Junot est aux pyramides: j'ai envoyé de tous côtés des hommes
pour m'instruire de la marche de Mourad-Bey.
Mourad-Bey a avec lui deux cents mameloucks, moitié à cheval, moitié sur
des chameaux, en très-mauvais état, et cinquante à soixante Arabes: si
le bonheur eût voulu que vous fussiez resté vingt-quatre heures de plus
au lac Natron, il est très-probable que vous nous apportiez sa tête.
Vous vous conduirez selon les nouvelles que vous recevrez; vous vous
rendrez au lac Natron ou sur tout autre point du Bahhireb où vous
penserez devoir vous porter pour nous débarrasser de cet ennemi si
redoutable et aujourd'hui en si mauvais état.
Le général qui aura le bonheur de détruire Mourad-Bey aura mis le sceau
à la conquête de l'Egypte: je désire bien que le sort vous ait réservé
cette gloire.