Au camp devant Acre, le 13 floréal an 7 (2 mai 1799).
_Au général Kléber._
J'envoie tous les ingénieurs géographes qui sont au camp, pour prendre
le croquis du pays. Vous sentez combien il est essentiel de leur
répartir la besogne, afin que j'aie le plus tôt possible un canevas du
pays.
Nos pièces de 18 jouent depuis deux jours. La tour n'est plus qu'une
ruine; le flanc qui s'opposait au passage du fossé est ruiné. L'ennemi
n'a plus qu'un seul canon qui tire; sentant qu'il ne peut plus défendre
ses murailles, il a couronné ses glacis par des boyaux, où il est
protégé par la mousqueterie de la place, et empêche l'abord des
différentes brèches: cela nous engage dans des affaires pénibles. Une
compagnie de grenadiers avait canonné hier la brèche; ils sortirent de
leurs boyaux avec tant d'impétuosité, qu'il fallut passer tout la soirée
à les faire rentrer dans la place. Ils ont perdu beaucoup de monde; nous
avons eu trente blessés et douze à quinze tués, parmi lesquels le chef
de la quatre-vingt-cinquième, qui était de tranchée. Après-demain nous
plaçons nos pièces de 24 pour faire une brèche, et dès l'instant qu'elle
sera praticable, nous donnons un assaut général et en masse.