_Au Mollah Murad-Radeh à Damas_.
Je m'empresse de vous apprendre, afin que vous en fassiez part à vos
compatriotes de Damas, mon entrée en Syrie. Djezzar-Pacha ayant fait
une invasion en Egypte, et ayant occupé le fort d'El-Arich avec; ses
troupes, je me suis vu obligé de traverser les déserts pour m'opposer
à ses agressions: Dieu, qui a décidé que le règne des tyrans tant en
Egypte qu'en Syrie devait être terminé, m'a donné la victoire. Je me
suis emparé de Gaza, Jaffa et Caïffa, et je suis devant Acre, qui d'ici
à peu de jours sera en mon pouvoir.
Je désire que vous fassiez connaître aux ulemas, aux schérifs et aux
principaux scheicks de Damas, ainsi qu'aux agas des janissaires, que mon
intention n'est point de rien faire qui soit contraire à la religion,
aux habitans et aux propriétés des gens du pays: en conséquence je
désire que la caravane de la Mecque ait lieu comme à l'ordinaire.
J'accorderai, à cet effet, protection et tout ce dont elle aura besoin:
il suffit qu'on me le fasse savoir.
Je désire que, dans cette circonstance essentielle, les habitans de
Damas se conduisent avec la même prudence et la même sagesse que les
habitans du Caire; ils me trouveront le même, clément et miséricordieux
envers le peuple, et zélé pour tout ce qui peut intéresser la religion
et la justice.