LES REDEVANCES COUTUMIÈRES

J'ai étudié longuement dans mon ouvrage _l'Émirat des Trarza_ les

origines, la nature et les modalités des redevances coutumières maures:

horma, rafer, bakh. Il suffit d'y renvoyer. On ne trouvera ici que

la liste des redevances particulières, en vigueur dans les tribus du

Brakna, à notre arrivée. Plusieurs d'entre elles ont été rachetées sous

notre occupation, conformément à notre souci d'émancipation des uns et

à notre désir de ménager les droits acquis et les moyens de subsistance

des autres. «La variété des espèces, dit une circulaire du commissaire

du Gouvernement général en Mauritanie (1er novembre 1914), interdit

toute réglementation uniforme. Le taux du rachat devra être estimé

d'après le caractère et l'origine de la redevance et aussi d'après les

ressources réelles du tributaire.»

Ce rachat est loin d'être aussi avancé dans le Brakna que dans le

Trarza, sans doute parce que les autorités locales y ont poussé avec

moins de force; en revanche beaucoup de ces redevances sont tombées

en désuétude par le départ en dissidence des maîtres et n'ont pas été

relevées à leur retour. Quoi qu'il en soit, il ne sera pas inutile

de connaître les antiques biens de cette sorte de vasselage, qui

unissait tribu hassane à tribu maraboutique ou zenaga. Même après

leur disparition par rachat ou de toute autre façon, ces biens ne

disparaissent pas complètement. Il y faudra plusieurs générations.

Les Asba et Negza devaient aux Ahel Bou Bakar des Oulad Ahmed une

redevance de quatre pièces de guinée par année et par tente. Les

bénéficiaires prétendaient tenir ce droit par héritage des Oulad Biri.

Les tributaires niaient avoir dû une horma de ce genre aux Oulad Biri

et par conséquent à leurs prétendus ayants droit, les Ahel Bou Bakar.

Ils donnaient l'explication suivante: au début du dix-neuvième siècle,

un de leurs ancêtres avait épousé une hartanïa des Oulad Ahmed. Les

enfants de ce couple firent de temps en temps des cadeaux aux anciens

maîtres de leur mère. Étant les plus forts, les Oulad Ahmed exigèrent

ensuite que les cadeaux leur fussent continués, et transformèrent

ainsi des actes de générosité en un droit de rafer. La redevance,

qui était encore payée en 1907, subit un rude coup, lors du départ en

dissidence des Ahel Bou Bakar. Pourtant, dans une conférence tenue

à Aleg, le 30 décembre 1914, devant le commandant de cercle, il fut

reconnu que le droit des Ahel Bou Bakar était authentique; et les

Ahel Negza tributaires (12 tentes) s'en rachetèrent aussitôt par la

livraison de 70 moutons, 4 vaches et 2 ânes (paiement effectué le 10

janvier 1915).

Les Tabouit sont tributaires des Ahel Baouba (Oulad Ahmed) et leur ont

payé une redevance annuelle d'un mouton par tente jusqu'en 1897, époque

à laquelle les Tabouit et les Dieïdiba s'allièrent pour marcher contre

les Oulad Biri et les Oulad Ahmed. Le conflit traîna en longueur,

grâce à l'appui des Oulad Siyed. Notre arrivée y mit fin. Depuis cette

date, les Tabouit ont cessé leurs paiements. Pourtant les discussions

se perpétuaient. Une conférence réunit les intéressés à Aleg, le 23

décembre 1914. Devant le commandant de cercle, il fut reconnu que les

pillages des Oulad Ahmed eux-mêmes, les protecteurs, avaient dégagé

leurs tributaires de toute obligation.

Les Ida Ou Ali, du Tagant payaient, depuis plusieurs générations, aux

Oulad Ahmed une redevance, destinée à assurer la sécurité de leurs

caravanes venant dans le Brakna. Cette redevance se montait à trente

mesures de blé et trente mesures de dattes. Elle n'était pas payée dans

le Brakna. D'après les conventions, elle ne pouvait être exigée que

lors de l'arrivée des premières caravanes dans la région du Brakna,

et n'était payée que dans le Tagant, où les Ahel Bou Bakar devaient

aller réclamer leurs droits. Elle est, avec notre occupation, tombée en

désuétude.

Les Ahel Menna, des Anouazir du Gorgol, et les Oulad Yara et Oulad

M'haïmdat, des Touabir du Brakna, ont payé jusqu'à notre arrivée en

Mauritanie une redevance d'un mouton ou d'une pièce de guinée par

tente aux Ahel Amar Beyyat (Ahel Soueïd Ahmed) pour la protection qui

leur était accordée par cette famille contre les tribus guerrières du

cercle, et notamment contre les Oulad Ahmed. Ce rafer a fait l'objet

de deux conventions de rachat. Les Touabir se sont libérés les premiers

par un acte passé à Aleg le 17 mars 1915. Ils ont versé 340 moutons à

leurs tributaires (130, les Oulad Yarra, 210, les Oulad M'haïmdat). Les

Anouazir en ont fait autant le 8 décembre 1917 à Kaédi. Ils ont versé

350 francs aux Ahel Amar Beyyat, et 470 francs aux Ahel Ahmed ould Sidi.

Les Brarka et les Rouarib des Torkoz sont devenus, vers le milieu du

dix-neuvième siècle, tributaires des Ahel Brahim Naama (des Oulad

Ahmed), qui avaient acheté aux Ahel Sabar les rafer, payés à ces

derniers. Cette acquisition aurait consisté en un total de 40 annuités.

Cette redevance qui était d'un jeune chameau par an, a été payée

jusqu'à nos jours. Par un acte passé à Aleg, le 8 janvier 1915, les

tributaires se sont rachetés, moyennant le paiement effectué le 5 mai

1915, d'une somme de 200 francs.

Par un acte, passé à Aleg le 1er décembre 1914, les Haratines Tanak ont

racheté solidairement toutes les horma qu'ils devaient aux Oulad Siyed

sous ces conditions: Livraison de 6 vaches, 4 bœufs, 100 moutons, 2

veaux. La moitié a été livrée le jour même; l'autre moitié, le 1er

juillet 1915. Paiement d'une somme de 365 francs, le 1er janvier 1916,

pour se libérer de tous droits de bakh, ou autres, sur leurs terrains

de culture.

Les Arallen payaient aux Oulad Siyed une pièce de guinée par tente et

par an. Cette redevance remontait, dit-on, au traité qui mit fin à la

grande guerre des hassanes et des zaouïa (Cherr Babbah). Par un acte,

passé le 8 décembre 1914, la djemaa des Arallen s'est rachetée aux

conditions suivantes, qui ont été exécutées: Livraison de 6 vaches, 7

bœufs, 200 moutons, 2 veaux, 3 ânes, le 1er avril 1915. Paiement d'une

somme de 700 francs, le 1er septembre 1915, pour se libérer de tous

droits de bakh, ou autres, sur leurs terrains de culture.

Les deux horma précitées (Arallen et Haratines Tanak) furent réparties,

trois jours plus tard, proportionnellement aux titres des ayants droit

et suivant les dispositions suivantes: a) les guerriers Oulad Siyed

présents reçurent intégralement leur part; b) la part des guerriers en

dissidence fut confisquée et remise, à titre de secours, aux héritiers

pauvres (mais présents au Brakna) des guerriers en dissidence, à

Hobeïb, à Hachem, à Sidi Ali, à charge pour eux de venir à leur tour

en aide aux sous-héritiers; c) le reste fut réservé pour faire face à

toute revendication légitime et omise dans la présente répartition.

Par un acte, passé le 8 décembre 1914 à Aleg, les hassanes Oulad Siyed

ont libéré leurs haratines de toutes leurs redevances traditionnelles

(horma, ghafer, bakh), sans condition aucune. En conséquence, sont

abolis, d'une façon définitive, les droits et redevances de toutes

sortes, dues par les haratines Oulad Siyed à leurs anciens maîtres.

Par deux actes, passés à la même date à Aleg, les hassanes Oulad

Siyed ont procédé à la même libération vis-à-vis de leurs fractions

tributaires: 1º les Ahel Ghaïta, Azafal et Igdala; 2º les haratines

Oulad Mansour.

Par une décision prononcée le 10 décembre 1914, à Aleg, par le

capitaine commandant le cercle, toutes les prétentions à droits de

horma, rafer ou autres, émises par les Oulad Siyed sur leurs anciens

tributaires, Tabouit et Id Ayank, ont été reconnues infondées et

irrecevables, pour les raisons suivantes: 1º le seul ayant droit

Ahmeddou, ex-émir, est toujours en dissidence; 2º lesdits tributaires

ont été pillés, à notre arrivée dans le pays, par les Oulad Siyed

eux-mêmes, leurs protecteurs. En conséquence, sont seules susceptibles

d'être examinées les horma particulières de guerriers Oulad Siyed sur

des tributaires isolés, ex-haratines ou autres, réfugiés ou habitant

chez les Tabouit de Id Ayank.

Par un acte passé à Aleg, le 10 décembre 1914, les Oulad Normach ont

libéré définitivement leurs haratines dans les mêmes conditions,

exposées plus haut, où les Oulad Siyed avaient libéré les leurs.

Les fractions Touabir, soit Oulad Yarra et Oulad M'haïmdat du Brakna,

soit Anouazir du Gorgol, devaient chacune aux Ahel Ahmeïada (Oulad

Normach) une horma consistant en une brebis laitière et un mouton de

boucherie par tente et par an. Ces animaux pouvaient être remplacés par

le paiement d'une pièce de guinée.

Les deux premières fractions se sont libérées, à Aleg, en 1914, par

un accord avec leurs suzerains par la livraison de 260 moutons, le 15

janvier 1915 (Oulad M'haïmdat) et de 225 moutons le 25 janvier 1915

(Oulad Yarra).

Les Anouazir se sont rachetés, à Kaédi, en 1915, par le versement

définitif de 500 moutons. Ce n'est pas sans difficultés que ce dernier

rachat a pu être conclu. Les Anouazir estimaient en effet qu'ayant

rompu leurs liens avec ces Normach et fait alliance avec les Oulad

Siyed, et ayant tenu tête victorieusement aux Normach, ils étaient

libérés par le fait de guerre. La solution a pu heureusement être

dénouées à l'amiable.

Les Anouazir payaient encore une horma de deux moutons et d'une pièce

de guinée aux Ahel Mohammed ould M'hammed Cheïn, des Chratit. Mais

l'émir Bakkar, des Id Ou Aïch, la leur avait enlevée, et c'était à lui

que, dans le dernier état de choses, elle était versée. Un rachat est

intervenu, le 15 décembre 1916, par le versement définitif aux Abakak

de 550 moutons.

C'est dans les mêmes conditions qu'est intervenu le rachat des Oulad

Aïd vis-à-vis des Abakak, le 23 décembre 1916 par le paiement de 400

moutons.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs payaient un rafer d'un jeune

chameau par an aux Ahel Habib. Ceux-ci avaient acquis par achat ce

droit des Ahel Bou Bakar, qui le possédaient de longue date. Par acte,

passé à Aleg le 10 décembre 1914, Lobbat ould Ahmeïada, chef des Oulad

Normach, a reçu, à titre de rachat définitif de cette fraction, la

somme de 175 francs.

Par un acte, passé à Aleg le 10 décembre 1914, les hassanes Oulad Ahmed

ont libéré de tous droits et sans aucune condition leurs haratines, à

l'exception toutefois des nommés Amar ould Habib Al-Béguer Saïd ould

Ngomohid, Miloud ould Mbarek, Sidïa ould Baye, Samba ould Seneïba, Kha

ould Jara, qui s'engagèrent à se racheter, moyennant le paiement du

dixième de leur avoir actuel. C'est ce qui fut fait quelque temps après.

Les Oulad Al-Heneïti, des Zekhaïmat, devaient aux Ahel Alouïn, des

Oulad Ahmed, un rafer d'un chameau par an, que les bénéficiaires

tenaient par héritage des Ahel Melitra. Par un acte, passé à Aleg le 16

décembre 1914, il a été reconnu que Chmat ould Ahmed, chef de la tente

bénéficiaire, n'avait pas rempli les obligations de son droit, puisque

les Oulad Ahmed: Biram et H'moïmed avaient enlevé aux Oulad Al-Haneïti

sans défense, 11 chameaux, 2 ânes et un troupeau de moutons. Ces

chameaux n'ayant pu être restitués aux victimes, les droits de Chmat

ont été annulés sans conditions.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs furent jadis condamnés à payer une

dïa à Hamoumou ould Ahmed, chef d'un campement de Oulad Ahmed pour le

meurtre de six de ses gens. Cette dïa avait été transformée en une

horma annuelle d'un jeune chameau. Par un acte passé à Aleg, le 17

décembre 1914, lesdits haratines se rachetèrent définitivement de cette

horma par le versement d'une somme de 250 francs effectué le 15 février

1915.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient au campement de Brahim ould Sidi

Brahim un rafer annuel. Désireux de se racheter, les Oulad Bou Sif

Blancs du Brakna provoquèrent une conférence à Aleg, le 23 décembre

1914, et se libérèrent définitivement, en ce qui les concerne, par une

somme de 100 francs, qui fut payée le 10 février 1915.

Les haratines Oulad Bou Sif Noirs et les Oulad Al-Heneïti devaient à

la tente d'Ahmed Saloum ould Mokhtar Oummou, des Oulad Dâmân (Trarza)

un rafer annuel d'un jeune chameau. Par un acte passé à Aleg, le

17 mars 1915, les tributaires se sont rachetés définitivement par le

versement de 30 moutons pour les Haratines, et de 45 moutons pour les

Oulad Al-Heneïti.

Les Haratines Oulad Bou Sif Noirs payaient aux Ahel Soueïd Ahmed et

Ahel Ahmed Bounan un rafer global et annuel de 3 chameaux. Par un

acte passé à Aleg, le 17 mars 1915, le rachat de cette redevance a été

effectué pour 110 moutons, mâles et femelles, d'une valeur moyenne de 5

francs. Le paiement a été effectué le 1er juillet 1915.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient aux Oulad Dâmân (Trarza) un rafer

annuel d'un chameau. Par un acte passé à Aleg, le 17 mars 1915,

les deux parties ont reconnu que la fraction Bou Sif du Brakna ne

représentait que le quart de la tribu, les autres étant dans le Hodh.

Le rachat du rafer, en ce qui les concerne, a donc été fixé à 40

moutons, qui ont été livrés le 1er juillet 1915.

Les Id Ayank payaient une horma d'une pièce de guinée par an et par

tente aux Ahel Soueïd Ahmed (Id Ou Aïch). Par un acte passé à Aleg,

le 17 mars 1915, le rachat a été effectué pour 300 moutons, mâles et

femelles, qui ont été livrés le 1er juillet suivant.

Les Oulad Kani (Oulad Bou Sif Noirs) payaient aux Abakak (Id Ou Aïch)

un rafer annuel de dix jeunes chameaux. Par un acte, passé à Aleg

le 17 mars 1915, ce rachat a été effectué pour 200 moutons, mâles et

femelles, qui ont été livrés le 17 juillet suivant.

Les Oulad Al-Heneïti payaient aux Abakak deux rafer de 10 jeunes

chameaux. Par un acte, passé à Aleg le 17 mars 1915, le rachat a

été effectué pour 100 gros et grands moutons, moitié mâles, moitié

femelles, qui ont été livrés le 17 juillet suivant.

Les Id Ag Jemouella hassanes payaient aux Ahel Soueïd Ahmed une horma

d'une pièce de guinée, marque meïlis, par tente et par an. Par un acte,

passé à Aleg le 17 mars 1915, le rachat a été effectué pour 3 vaches, 1

bœuf, 85 moutons, qui ont été livrés le 17 avril 1915.

Les Behaïhat payaient aux Ahel Soueïd Ahmed (Id Ou Aïch), comme

détenteurs de leurs biens, une horma d'une à quatre pièces de guinée

par tente et par an, et leur fournissait le lait de plusieurs vaches et

brebis laitières. Par un acte, passé à Aleg le 17 mars 1915, le rachat

a été effectué pour 500 moutons moyens, moitié mâles, moitié femelles,

et pour 10 vaches de 3 ans, qui ont été livrés le 16 juin 1915.

Les Tabouit payaient jadis aux Abakak une horma annuelle de 100

moutons. A la requête des bénéficiaires, une conférence réunit les

intéressés à Aleg, le 18 mars 1916. Il fut reconnu que les tributaires

avaient été complètement pillés en 1914 par les propres cousins de

Bouna Ould Soueïd Ahmed: Sidi Mohammed et Mohammed Mahmoud, et

qu'aucune restitution n'avait été effectuée. En conséquence, par une

décision du commandant de cercle, en date du même jour, les Tabouit ont

été définitivement libérés.

Les Oulad Bou Sif Blancs payaient aux Ahel Soueïd Ahmed un rafer

annuel de 4 chameaux. La fraction Bou Sif du Brakna ne représente que

le quart de la tribu. Aussi le rachat, effectué à Aleg le 16 juin 1915,

a-t-il fixé leur part à 100 moutons seulement, moitié mâles, moitié

femelles, qui ont été livrés le 1er octobre 1915.

Les Meterambrin payaient aux Ahel Soueïd Ahmed un rafer annuel de 3

jeunes chameaux. Par un acte, passé à Aleg le 16 juin 1915, le rachat a

été effectué pour 40 moutons et 100 moudd de mil (400 kilos), livrés le

1er août suivant.

Les Brarka des Torkoz payaient aux Ahel Soueïd Ahmed un rafer annuel

de 2 jeunes chameaux. Par un acte, passé à Aleg le 17 juin 1915, le

rachat a été effectué pour 90 moutons, livrés le 20 août suivant.

Les Tabouit payaient jadis à l'émir du Trarza un rafer annuel de 60

moutons. L'émir céda ce droit, en reconnaissance de certains services,

à Mohammed ould Mohammed Lefdhil, chef des Oulad Dâmân. Khattari, fils

et héritier du bénéficiaire, ayant offert aux Tabouit de se racheter,

ceux-ci se sont libérés par un acte, passé à Aleg le 13 mai 1918, pour

la somme de 1.000 francs, 250 francs furent versés comptant, le reste

trois mois plus tard.

* * * * *

Outre ces horma et rafer collectifs, tous éteints à l'heure actuelle,

il faut signaler un grand nombre de horma particulières à des tentes

de hassanes, à percevoir sur des tentes particulières de zenaga et de

marabouts. Les bénéficiaires appartiennent soit aux tribus guerrières

du cercle: Oulad Siyed et Oulad Mansour, Oulad Normach, Oulad Ahmed;

soit à des tribus et fractions, extérieures au cercle, telles que les

Ahel Gankou, Oulad Dâmân et Euleb (Trarza); Ahel Soueïd Ahmed (Tagant),

Oulad Hammoni (Adrar). Les haratines appartiennent indifféremment à

toutes les tribus zouaïa ou zenaga du cercle. La plus grande partie a

été rachetée.

* * * * *

Un certain nombre de horma et rafer collectifs sont encore en

suspens, et donnent lieu à discussion, à savoir:

Doivent à l'émir de l'Adrar:

Les Oulad Bou Sif Blancs, un chameau par an;

Les Oulad Bou Sif Noirs (Haratines), un chameau par an; rafer non

accepté par les tributaires;

Les Torkoz, un chameau par an;

Les Behaïhat, une chamelle laitière, cette dernière personnelle à

l'émir Sidi Ahmed.

Doivent aux Oulad Hammouni de l'Adrar: les Behaïhat, un rafer annuel

d'une chamelle laitière, d'une bande de tente et de 5 calebasses de

beurre.

Doivent aux Euleb de Boutilimit: les Oulad Bou Sif Blancs, 1 chameau

par an; les Oulad Bou Sif Noirs haratines, 1 chameau par an. Les Oulad

Bou Sif Blancs, ayant été pillés par leurs protecteurs et ayant eu un

homme tué, se déclarent dégagés de toute redevance envers les Euleb.

* * * * *

A côté de ces droits, dont la plupart remontent à la capitulation

maraboutique de 1674, qui suivit la suprême défaite des zouaïa à

Tin Iefdadh, il faut citer plusieurs redevances d'ordre religieux,

consenties volontairement par plusieurs tribus à des Cheikhs ou à des

tribus tolba. En voici les principales:

Les Touabir du Brakna et du Gorgol paient un mouton de choix, et une

outre de beurre par campement à Sidi Amar des Kounta.

Les Touabir, soit Oulad M'haïmdat, soit Oulad Yara, soit Anouazir,

paient la même redevance au chef des Id Eïlik-Ahel Abari.

Les Touabir-Oulad Yara paient la même redevance au chef des Id

Eïlik-Ahel Aleg.

Les Oulad Ahmed, soit libres, soit haratines, paient la même redevance

à la famille de Cheikh Sidïa.

La dïa ou prix du sang est universellement connue. Son taux était dans

le Brakna de 480 pièces de guinée, sauf pour les Oulad Normach, Oulad

Siyed et Dieïdiba, chez qui il était seulement de 400 pièces. Comme

partout ailleurs, le chiffre élevé de cette dïa n'est pas payé. Il en

va de même d'ailleurs pour la dot. Un tiers est immédiatement exigible;

pour les deux autres, il y a un délai, qui pratiquement est sans

terme. Avec le temps, la prescription et la réciprocité des meurtres,

ces reliquats de dette s'éteignaient par la confusion juridique. Il y

a tout un tarif pour la série des diverses blessures; le taux d'une

blessure à la tête est de 20 à 24 pièces de guinée, etc.

Les différents rafer, qui frappaient les caravanes commerciales,

ont évidemment disparu avec l'occupation française. C'est même de

toutes les redevances coutumières celle qui est le plus vite, le plus

complètement, et le plus facilement tombée en désuétude.

Aujourd'hui, le mouvement commercial afflue vers les escales du

fleuve, situées sur deux rives du Sénégal. Les deux principales de

la rive droite, pour le Brakna évidemment, sont Boghé et Mbagne.

La traite se fait surtout avec les Maures venus de l'intérieur

pour vendre de la gomme, du bétail et les menus produits de leurs

industrie (nattes, objets de cuir, etc.) et pour acheter le mil,

les étoffes, le thé, le sucre, le tabac, les objets de quincaillerie

et verroterie, qui leur sont nécessaires. Les Maures s'adressent,

lorsqu'il est possible, directement au producteur pour leurs achats de

mil; mais le cultivateur, toujours plus ou moins endetté, est forcé

la plupart du temps de vendre sa récolte à bref délai et, de ce fait,

l'intermédiaire, gros acheteur, s'interpose entre le consommateur et

le producteur au grand détriment des deux. En revanche, la spéculation

sur le mil est assez aléatoire pour le traitant dont la campagne se

solde parfois par une perte considérable; elle a en outre l'avantage de

régulariser les cours.

Avec les traitants installés d'une façon permanente, dont certains,

à Boghé, atteignent un chiffre d'affaire de 500 francs par jour, des

boutiques secondaires s'ouvrent d'avril à juillet, saison où la traite

de mil, de la gomme et du bétail se fait avec plus d'intensité.

Les traitants importants, au nombre d'une dizaine, ne sont que les

agents des grosses maisons de commerce de Podor et de Saint-Louis. Par

suite de la concurrence, qui a été particulièrement prononcée, depuis

quelques années, entre ces différentes maisons de commerce, les prix de

vente ont sensiblement baissé.

Le Toucouleur n'est ni un dioula, ni un convoyeur. C'est le Maure de

l'intérieur qui vient chercher ce dont il a besoin; il arrive par

petits groupes ou isolément sans jamais former une grosse caravane. Les

gens de l'Adrar et du Tagant, qui font, pour le compte de nos postes du

Nord, des entreprises de transports et qui reçoivent, à ce titre, des

avances de fonds, profitent ordinairement de leur retour pour emporter

sur une partie de leurs animaux les marchandises qu'ils achètent avec

ces avances. Le mil particulièrement sert à remplir les bâts de charge

(_tarfa_) de leurs animaux porteurs.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 127 / 245 题