FRACTIONS MAURES

Trois fractions maures habitent en permanence le Chamama du Brakna:

les Tendra, les Id Ar Zimbo, les Haratines Chorfa; trois autres

fractions y envoient leurs haratines cultiver, au moment de

l'inondation: Haratines Id Ab Lahsen, Haratines Tagnit, Haratines Oulad

Biri. Tous ces groupements sont originaires des tribus Trarza du même

nom. Le total de cette population maure est de 1.350 âmes.

_Tendra._--Les Tendra du Chamama sont une colonie de la grande

tribu du Trarza occidental. Ils sont venus dans le pays au début

du dix-neuvième siècle, attirés par la richesse des cultures. On y

trouvait, au début, les origines sociales les plus diverses: zenaga,

haratines, captifs, et même marabouts de condition libre, à qui leur

misère imposa cet exode et cette vie inférieure. Avec le temps, la

fusion s'est produite dans cette fraction.

D'autres individualités et même de petits campements ont rejoint,

au cours du dix-neuvième siècle et jusqu'à nos jours, les premiers

émigrants. Le plus récent est celui du Cheikh Abd Allah ould Ahmeddou,

de la fraction Oulad Bou Sidi, venu ici à la suite d'un rezzou Oulad

Bou Sba.

A notre arrivée, la fraction était sous les ordres de Cheikh Ahmed

ould Bachir. Elle fut rattachée par Coppolani à la subdivision du

Chamama. A Cheikh Ahmed, décédé en 1916, a succédé Ahmeddou ould Cheikh

Mohameddou ould Habib Rahman ould Bou Saïri ould Ahmed ould Mohamedden

ould Agd Abhoum, des Ahel Agd Abhoum. Né vers 1870, il n'est arrivé

ici que vers 1900. Son frère, le vieux Cheikh centenaire Mohameddou,

vit encore dans le Nord, dans la tribu d'origine. C'est un personnage

religieux fort considéré. Il est le disciple qadri de Cheikh Ahmed

ould Khalifa, disciple lui-même de Mostafa ould Cheikh Al-Qadi des

Dieïdiba, qui fut l'élève du grand Cheikh Kounti Sidi-l-Mokhtar.

Cheikh Mohameddou est le marabout de son fils et d'un grand nombre de

Tendra du Chamama.

La plupart des autres tentes, et notamment Cheikh Abd Allah précité,

né vers 1842, se rattachent à la même obédience de Mostafa ould

Cheikh Al-Qadi, mais par le canal des Cheikhs Tendra: Mohammed Abd

Er-Rahman ould Mohammed Salem et Sidi ould Bou Bakar.

Il y a enfin quelques Tidjania, relevant de l'obédience d'Ahmed Beddi,

des Ida Ou Ali.

La fraction comprenait au début deux sous-fractions: Id Agd Abhoum et

Oulad Bou Sidi. Elles ont contracté de si nombreux liens matrimoniaux

qu'elles ont fusionné à peu près complètement, et ne se distinguent

plus l'une de l'autre.

L'instruction est répandue dans ces campements de cultivateurs. Chaque

campement a son petit maître d'école. Le plus considéré paraît être

Babba ould Bou Siri, né vers 1860.

Les tombeaux particuliers visités sont: celui de Cheikh Sidïa ould

Al-Kharachi, mort vers 1917, à Maye-Maye; et celui de Mohammed Abd

Allah ould Al-Hassen, des Tendra du Sahel, venu mourir ici vers

1900, à Bou Naya.

Les Tendra du Chamama ont de beaux troupeaux de bœufs et de petit

bétail. Comme ils trouvent de l'eau partout soit dans les marigots qui

sillonnent le pays, soit dans des puisards qu'on creuse en un point

quelconque, ils ont perdu toute habitude de nomadisation. Quand l'un

d'entre eux a, par atavisme, besoin d'une cure de grand air, il va

passer quelque temps dans les campements de la tribu-mère. La marque

des troupeaux est le feu général des Tendra [patte de poule ⩛], apposé

sur la cuisse gauche. Ils ont comme contre-marque un point, ou le

[ha ح], et aussi le [patte de poule ⩛ avec point] qu'ils apposent sur le

côté gauche du cou. Ils ont payé en 1916 une zakat de 1.213 fr. 65.

Leurs principaux coladé de culture sont: Ammara, les mares de Gondelat,

et Baïssat colengal, dans le Toro; Rahahiat Adninaye, Oum Hani et

Berbar. Leur impôt achour s'est monté, en 1918, à 1.640 francs pour

Ammara, et 540 pour Maye-Maye. Le chiffre de la population dépasse 400

âmes.

Les _Id Ar Zimbo_ du Chamama, colonie de la tribu zenaga du même nom du

Trarza, comprennent deux sous-fractions: Ib Ab Amrar et Oulad Imijen.

Les Ib Ab Amrar sont, par droit héréditaire, sous l'autorité de Mohamed

ould Mohamedden ould M'hamdi ould Abd Allah ould An-Nahoui ould

Djeddana ould Mokhtar ould Ahmed ould Mohamedden ould Sidi Ahmed ould

Amrar, l'ancêtre éponyme, qui, par son père Abd Allah ould Mohammed, se

rattachait à Zeïneb, femme d'Ali et fille du Prophète. C'est du nom de

Zeïneb déformé que viendrait le nom de la tribu «Zimbo». On voit que

les traditions généalogiques--fantaisistes évidemment au moins pour les

premiers âges--ne se sont pas perdus dans la fraction, malgré son exode.

Mohammed est né vers 1875, et n'occupe les fonctions de chef que

depuis 1900. A notre arrivée, son père Mohamedden, marabout fort

considéré et professeur très réputé d'enseignement coranique et de

sciences supérieures, était Cheikh de la fraction. Il ne voulut pas

par méfiance faire connaître sa qualité et on présenta à sa place le

hartani Boubba ould Mgari. Celui-ci fut révoqué quelque temps après.

Après plusieurs expériences de ce genre, Mohamedden finit par se faire

connaître et désigna son fils comme Cheikh du groupement. Il en est

aussi l'imam. Depuis ce jour, il n'y a plus eu de difficultés.

L'ensemble de cette sous-fraction est tidjani et relève de l'obédience

du Cheikh Ahmed Beddi, des Ida Ou Ali de Djerarïa. On va souvent lui

faire visite et lui porter des cadeaux.

Leurs lieux de pèlerinage sont les tombeaux de leurs ancêtres à Tin

Houmed Debdouba, et Derba, dans l'Aftouth du Trarza.

Leurs coladé de culture sont à Tichamamaten, Tabba, Dokhon, Bab Ouinita

et Tenouakoujar. Ils ont payé, en 1918, 760 francs d'achour.

Les Oulad Imijen sont depuis fort longtemps dans le Chamama. Ils ont

perdu le souvenir de leur arrivée; ils en attribuent la cause à leur

désir d'échapper aux perpétuels rezzous du Nord.

Leur chef est Khatri ould Ahmed ould Mokhtar ould Abdi ould Imijen.

Cet Imijen, dont le nom est synonyme de Mersoul ou «Envoyé» (de Dieu),

était le frère d'Amrar, vu plus haut.

Les Oulad Imijen sont affiliés en très grande majorité, et notamment

leur Cheikh Khatri, au Qaderisme de Cheikh Sidïa. Ils visitent le

cimetière de leurs ancêtres à Timouzin. Aucun nom de marabout ne mérite

chez eux une mention spéciale.

Ils cultivent à Djoueïha, dans le Tichamamaten, à Afliou, et aux

environs. Ils ont payé, en 1918, un achour de 1.050 francs.

Les Id Ar Zimbo n'ont que peu de troupeaux et encore sont-ils à peu

près tous chez les Id Ab-Amrar. Leur marque est [carré ouvert

à gauche ⊐], qu'ils apposent sur la fesse droite des bœufs et de ânes. Quelques

tentes ont emprunté à leurs oncles maternels, les Ida Ou Ali, chez qui

d'ailleurs, elles vont quelquefois camper, le feu [signe]. La zakat de

1918 était de 104 fr. 10 chez les Id ab Amrar; elle était nulle chez

les Oulad Imijen. Le chiffre total de la population dépasse 700 âmes.

Les _Haratines Chorfa_ sont une colonie d'affranchis des Chorfa de

Nouagour (Trarza); quelques-uns d'entre les Chorfa, miséreux et

inconsidérés, sont venus se déclasser, en s'installant chez ces

haratines et en s'alliant à eux. C'est parmi eux qu'est pris le Cheikh:

Lbou ould Moulay Ahmed ould Sidi Ellah ould Ahmed Logman ould Maazouz

ould Mohammed ould Chérif, né vers 1875. C'est ce Mohammed ould Chérif,

originaire de Fez, qui vint le premier dans le pays, peu après que le

voyage de l'émir Ali Chandora dans la capitale du Maghreb eut attiré

l'attention sur la basse Mauritanie (début du dix-huitième siècle).

Venu pour quêter simplement, il s'y établit sans esprit de retour.

Ces haratines relèvent par leurs maîtres de diverses obédiences: soit

qadrïa de Cheikh Sidïa ou des Tendra, soit tidjanïa, du Cheikh Ahmed

Beddi, des Ida Ou Ali.

Leur centre et lieu de cultures est à Diaouldé, entre le fleuve et le

marigot de Koundi. Ils ont quelques bœufs et des ânes qu'ils marquent

soit d'un [patte de poule ⩛], sur la cuisse droite, soit d'un grand

trait [————], sur le côté droit du cou. Leur zakat était de 64 fr. 15

et leur achour de 560 francs pour l'exercice 1918. Ils sont environ 200

personnes.

Des haratines _Tagnit_, _Id ab Lahsen_ et _Oulad Biri_, il n'y a rien

à dire ici. Ils sont domiciliés avec leurs maîtres dans le haut Trarza

et ne viennent dans le Chamama qu'à l'époque des cultures et dans cette

seule intention. Ils ont d'ailleurs été étudiés ailleurs (cf. mes

_Études sur l'Islam maure_), notamment la dabaï des haratines Oulad

Bïri, sise à Mbagnik, sous l'autorité de Dris ould Mohameddou. L'achour

des haratines Tagnit était, pour l'exercice 1918 et pour le Chamama du

Brakna, de 5.100 francs; celui des Id Ab Lahsen, de 400 francs; celui

des Oulad Biri, de 1.550 francs.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 119 / 245 题