L'ISLAM NOIR

Avant notre pénétration sur la rive gauche, les Toucouleurs du Toro et

des Aleybé--à part quelques exceptions chez ces derniers--n'habitaient

pas le Chamama. Les habitants des villages de la rive gauche ne

venaient cultiver qu'avec l'autorisation de l'Emir du Brakna et

moyennant le paiement de droit fixé plus ou moins arbitrairement.

En général, l'émir faisait percevoir sur les Noirs, autorisés à

cultiver: l'_assaka_ (1/10 de la récolte), le _dioldi_ (location),

plus un cadeau variable pour avoir le droit de défricher tout nouveau

terrain. De plus, les cultivateurs devaient payer le _bakh_ ou droit de

protection à certaines familles de guerriers. Chaque colengal (sing. de

_colé_) avait un chef de terrain ou «Dion colengal» qui était chargé

de recueillir ces différentes contributions pour les remettre aux

destinataires ou au percepteur de l'émir.

L'émir ne se faisait aucun scrupule de retirer ses autorisations, selon

son unique bon plaisir. La population noire était administrée par la

colonie du Sénégal sur la rive gauche où elle habitait.

Au contraire, chez les Toucouleurs du Loo et des Irlabé-Elyabé, qui

habitaient en assez grand nombre sur la rive droite, où ils avaient

pris pied, lors de la révolution islamique du Fouta, les villages

s'étaient dégagés des hassanes et relevaient administrativement des

chefs des mêmes provinces de la rive gauche.

Ils y percevaient l'impôt de capitation, rendaient la justice, suivant

les lois et coutumes en usage au Sénégal.

Du temps des almamys, la justice était rendue par leurs cadis.

Les chefs de terrains étaient élus par la famille, puis agréés par

l'almamy, qui, à ce titre, recevait d'eux de nombreux cadeaux.

Suivant l'origine du terrain et celle de la famille des cultivateurs,

le chef de terrain percevait certains droits: Assaka (impôt religieux

du 1/10 de la récolte); Dioldi (droit variable de location); Thiottigou

(droit de succession, acquitté par l'héritier au chef de terrain);

Doftal (prestation en nature au propriétaire). Dans la pratique, le

montant de ces droits allait à l'almamy, au percepteur chef de terrain,

et aux principaux membres de la famille propriétaire.

L'almamy disposait plus ou moins arbitrairement des terrains non

encore occupés, ainsi que de ceux qui devenaient vacants par suite de

l'extinction de la famille propriétaire, en faveur de ses suivants, de

ses créatures, et pour récompenser ses services rendus à la guerre.

Ce sujet de la propriété immobilière dans le Chamama a été traité

avec une telle documentation, avec une telle précision par M. Chéruy

qu'il suffit ici d'y renvoyer. On trouvera cette étude soit dans les

suppléments au journal officiel de l'A. O. F. de mars-avril 1911, soit

en une brochure, édition spéciale.

Les Toucouleurs du Chamama paient, à l'instar de leurs frères de la

rive gauche, l'impôt de capitation. Il était fixé en 1918 à 6 francs.

Il a produit, pour 18.200 habitants, dont 13.719 contribuables, 82.314

francs.

Les chefs de provinces touchaient jadis des remises au titre de l'impôt

de capitation. Depuis le 1er janvier 1918, ils touchent un traitement

fixe.

Les chefs de village portent généralement le nom, dérivé de l'arabe,

d'«élima». Ils étaient tantôt élus par le conseil des notables, tantôt

choisis par le chef du Lao ou l'almamy du Fouta, mais dans tous les

cas, on tenait compte du droit héréditaire de certaines familles.

Les mêmes principes sont aujourd'hui observés par l'administration

française.

La population noire du Chamama du Brakna est entièrement toucouleure

et en parle la langue (poular)[13]. On y trouve exceptionnellement

une trentaine de Sarakollé perdus dans la masse des autres indigènes

et en ayant pris le langage et les coutumes, et quelques Ouolof que

l'on peut considérer comme des passagers, car ce sont des traitants ou

des ouvriers, dont toutes les relations de famille sont étrangères au

pays, et qui arrivent et qui repartent suivant les nécessités de leur

commerce ou de leur travail.

[13] Cf. sur la langue des Toucouleurs le très remarquable

ouvrage de HENRI GADEN, _le Poular_, chez Ernest Leroux, Paris.

Les pêcheurs du fleuve, dont l'origine remonte à l'occupation du pays

par les Ouolof, en ont pratiquement perdu le souvenir. Ils parlent le

poular et se considèrent comme de cette race, à laquelle ils se sont

d'ailleurs mélangés par de nombreux croisements.

Les Toucouleurs du Chamama se divisent comme leurs frères de la rive

gauche en castes ou classes. On y distingue notamment: les Torodbé,

classe qui a fait la révolution religieuse de la fin du dix-huitième

siècle, qui est resté le parti maraboutique par excellence, et qui est

toujours le milieu où se recrutent les familles dirigeantes du pays;

les Diniankobé, ancienne classe prépondérante, réduite au second plan

par les Torodbé; les Koliabé, clients et serviteurs des deux premières

classes; les Tioubalbé, pêcheurs du fleuve; les forgerons, Laobé,

griots, etc.

Les principales familles sont: dans le Toro, les Kane, famille des

chefs, les Li, les Si, les Tiélo; chez les Aleybé, les Vagne et les

Lam; dans le Lao, les Wane, famille des chefs, les Kane, les Li, les

Baro, les Diatys, les Bousso; chez les Irlabé, les Ane, les Diallo,

assimilés aux Kans, les Li, les Si, les Ba; chez les Elyabé, les Li,

les Kane, les Ba.

Les familles d'origine peule, qui sont devenues toucouleures,

c'est-à-dire qui se sont islamisées, instruites ès sciences arabes

et alliées aux Toucouleurs, ont gardé le souvenir de leurs origines.

D'autres groupements peul ont gardé au contraire leur caractère

national. Ils ont conservé leur nom et leurs mœurs, leurs habitudes de

nomadisation, leurs richesses en cheptel, leur endogamie; ils se sont

bien islamisés dans l'ambiance locale, mais plus faiblement, et leur

islam est plus fermé aux influences extérieures. Peu d'entre eux sont

affiliés à une voie religieuse, et ceux-là ne semblent pas en pratiquer

les rites spéciaux.

Certaines familles, comme les Kane, se sont partagés les Kane de Yahia

Kane (Irlabé, Ebyabé maures), sont devenues toucouleures; les Kane

d'Abdoulaye Kane (Irlabé-Elyabé de la rive gauche) sont restés peul,

ou du moins visent à le rester. Chez les Toucouleurs d'origine peule,

comme chez les Peul restés intacts, on trouve des représentants des

trois grandes tribus originelles peul: Ba, Diallo et Bari. Seule, la

quatrième tribu, les Soh, n'est pas représentée ici.

Les familles d'origine maure ont aussi gardé le souvenir de leurs

origines. C'est ainsi que les Wane descendent d'un père Larlal, qui

avait épousé une femme noire, et qui appartenait aux Larïal blancs,

créateurs de Ouadan. Son fils Eli s'établit à Oualalbé, auprès des

Toucouleurs Si, Sal, Sar, Thiam et Diop qui lui donnèrent le nom de

Wandé Dien (l'aurore). Le farba de Oualaldé à conservé ce nom. On dit

aussi que cette famille prit le diamou de Wane, parce qu'elle s'était

primitivement installée auprès d'une termitière (Wandé).

Les Kane, qui sont originaires du Dimar, assurent que leur antique

village de Dimatch est une corruption de Dimachq (Damas) et que leur

ancêtre était un Arabe de Syrie.

Certains Li, passés ensuite sur la rive gauche à Dogo (Matam), assurent

descendre d'Abd El-Malik ould Merouan.

Il faut souligner d'ailleurs fortement que si l'apport du sang maure

est relativement minime dans la formation du peuple toucouleur,

le voisinage, la prédication, l'enseignement, la contrainte même

parfois des tribus maraboutiques maures voisines ont contribué plus

que tout autre cause à l'islamisation primitive des Foutanké, à la

révolution religieuse qui donne le pouvoir aux néo-convertis, et à leur

raffermissement depuis un siècle et demi dans la foi du Prophète.

Au surplus, les tributaires et les groupements toucouleurs ont, dès

le début, associé leurs dissensions intestines et noué entre eux des

alliances locales (qism) pour lutter contre des alliances de même

composition. C'est ainsi qu'il était classique que les gens du Lao et

les Aleybé étaient les alliés des hassanes Oulad Normach et Oulad Ahmed

et des marabouts Kounta, notamment des Meterambrin; que le Toro était

l'allié des Oulad Siyed; les Irlabé et Ebyabé, les alliés des Oulad

Eli--Oulad Naceri; le Bosséa, l'allié des Oulad Eli--Ahel Hiba. Une

guerre entre tribus maures entraînait souvent l'entrée en ligne des

Toucouleurs alliés. Il en est de même dans les luttes entre Toucouleurs.

Les personnalités les plus notoires du Chamama sont actuellement au

nombre de quatre: Tierno Sakho, Eliman Abou, Baïla Biram et Yahia Kane.

_Tierno Ahmadou_, fils de Mokhtar Tierno, dit Sakho, du nom de son

village d'origine, est né en 1867, à Ségou, où son père s'était établi

à la suite d'Al-Hadj Omar. Il y fit ses premières études et y commença

le droit. Il étudia ensuite la théologie et les sciences sacrées à

Nioro et Kolomina, et acheva son éducation chez Al-Harith ould Maham

des Id ab Lahsen. C'est aujourd'hui un homme très instruit ès sciences

arabes et islamiques, et comme on en rencontre rarement chez les noirs,

même chez les Toucouleurs, qui sont le peuple où l'on trouverait le

plus grand nombre de cette sorte de docteurs. Nommé cadi de Boghé, en

octobre 1905, peu après l'occupation, il exerce ces fonctions depuis

cette date avec une autorité et un dévouement inlassables. Intelligent,

ouvert, pondéré, il nous a rendu d'inappréciables services. Unissant

à une parfaite science juridique, une connaissance complète du droit

local et des traditions et coutumes maures et toucouleures, il sait

toujours trouver la solution idéale qui conciliera les intérêts de tout

le monde. Il jouit d'une autorité incontestée même chez les Maures.

Dans les conflits qui divisent les nomades, anciens maîtres du pays,

et les Toucouleurs des deux rives, on s'en remet par avance à sa

décision. On voit des Maures du Trarza, du Brakna, du Gorgol et même

du bas Tagant le choisir comme arbitre suprême. Son influence lui a

permis de venir en aide, à Yahia Kane, chef des Irlabé-Elyabé maures,

lors des recrutements intensifs. Il fut mis ensuite à la disposition

du commandant du cercle de Podor pour user de ses bons offices

diplomatiques auprès des villages toucouleurs, rebelles au recrutement

et qui s'armaient. Il y réussit parfaitement.

Ahmadou Sakho a reçu l'ouird tidiani, en 1890, de Mohammed Fal ould

Baba, des Ida Ou Ali du Trarza; et les pouvoirs de moqaddem du Chérif

Çalih ould Al-Mekki, originaire d'Orient et qui s'était installé à

Tivouane, où il est mort. C'est au cours d'un voyage à Podor que ce

Chérif qui, par Chérif Makki, le Hossini, se rattachait à Mohammed

Rali, lui conféra ce titre.

Ahmadou Sakho tient par intermittence une école coranique. Il professe

avec plus de continuité l'enseignement supérieur. Il donne des cours

sur l'Alfiya, d'Ibn Bouna, la Rissala, la Soghra et la Ouasta, la

Tohfat et le Précis à une douzaine de jeunes gens, surtout Toucouleurs

ou haratines.

_Toro._--_Eliman Abou_, chef de la province du Toro maure, est né à

Podor, vers 1858. Son père Ibrahima Kane était installé à Thioffi, dont

il fut le chef. Il fut un des chefs les plus dévoués à notre cause et

reçut des autorités du moment de nombreuses attestations que son fils

montre encore avec orgueil. Le commandant de l'artillerie de Podor

témoigne en 1863 qu'il «a aidé la colonne de Podor de tous ses moyens;

qu'il a prêté gracieusement ses partisans, ses porteurs, ses bœufs;

qu'il a guidé la colonne». Il est proposé pour la médaille d'or de

1re classe par le gouverneur du Sénégal, qui atteste qu'il «est le

seul homme du pays qui se ferait tuer pour le service du Gouvernement

français».

A la même date, le chef du bataillon sénégalais «certifie que, comme

volontaire, il a conduit avec la plus grande bravoure toute la colonne

qui a opéré dans le Fouta. Sa conduite au combat de Ndiomou fut

intrépide». Ibrahima Kane serait mort au cours d'une mission, dont il

avait été chargé, dans le but d'arrêter une insurrection dans le Fouta.

Mis à l'école des otages de Saint-Louis, son fils Eliman Abou en

sortit comme interprète et fut employé en cette qualité au Soudan. En

1888, il reçoit un premier témoignage de satisfaction du commandant

de Bafoulabé. En 1888, il remplit, outre ses fonctions d'interprète,

celles de professeur à l'école des otages. En 1891, inculpé à tort dans

l'assassinat de l'administrateur JEANDET à Podor, il est acquitté, et

est nommé successivement chef des Célobé, puis chef des Aleybé dans le

cercle de Podor. En 1900, il est envoyé à Paris avec les fils de chefs

et nommé officier d'Académie. En 1901, il reçoit les félicitations du

gouverneur pour la bonne administration de sa province et du gouverneur

général pour le concours qu'il a prêté à l'autorité militaire pour

l'organisation des convois de la relève du Soudan. En 1905, il est

percepteur et chargé du transit de la Mauritanie. En février 1906, à la

suite de la suppression de la perception de Podor, il était nommé à sa

fonction actuelle.

La famille d'Eliman Abou a donné le même exemple d'adaptation: son

frère Mamadou Abdoul est mort à Toulon, en 1882, comme lieutenant

de spahis; son fils aîné, Racine Kane, né vers 1890, écrivain

expéditionnaire au Sénégal, est sous-officier de tirailleurs aux

armées; le second Abdoul Eliman, né vers 1891, est tantôt secrétaire

de son père, tantôt comptable de la maison Oldani à Podor. Il a fait

partie de la colonne de l'Adrar (1908), à la tête des partisans

levés par son père; le troisième, Ibrahima Kane, né vers 1893, sert

de Khalifa à son père; le quatrième Ndiak Eliman, né vers 1894, est

comptable de la maison Oldani à Podor. Ils sont tous intelligents,

instruits et considérés dans la région. Les plus jeunes sont aux armées.

Eliman Abou a une bonne instruction arabe. Il parle encore et écrit

même suffisamment le français.

Il a deux femmes légitimes, personnes de bonne famille, et un grand

nombre de concubines, qui lui ont donné une vingtaine d'enfants qu'il

emploie à la culture de ses lougans. Il possède de beaux troupeaux de

bœufs et de petit bétail.

Doyen des chefs du cercle, il dirige avec autorité une province, sinon

très importante, du moins difficile à commander par suite du mélange

des populations: Toucouleurs et Peul des deux rives, haratines, Maures.

Il est, comme beaucoup de Kane, et par opposition au mouvement omari,

de l'obédience qadrïa.

Peu de marabouts méritent une mention dans cette province du Toro:

Mamadou Othman, né vers 1875, professeur et almamy de père en fils à

Thioné; Ahmadou Mountaga, petit-fils d'Al-Hadj Omar, né vers 1870,

disciple de Tierno Sakho, sans profession bien définie, tour à tour

cultivateur et commerçant; Aliou Penda Li, né vers 1860, imam de Mboyo,

disciple tidiani de Mourtada Tal, de passage ici.

Les mosquées-diouma de la province sont à Guédé et Ndioum, sur la rive

sénégalaise.

Le Toro comprend 1.500 habitants dont 930 contribuables. Il était

inscrit au rôle de 1918 pour 5.580 francs. Son chef reçoit un

traitement annuel de 900 francs. L'influence islamique s'y est fait

sentir dans l'onomastique locale: on y trouve les villages de Dar

al-Barka, la capitale, Diama al-Ouali, Louboudou et Médina.

_Lao._--_Aleybé._--_Baïla Biram Wane_ est le chef de province du Lao et

des Aleybé. Il est le descendant d'une vieille famille maraboutique,

qui exerçait une influence religieuse et politique sur toute la

population du Lao-Formangué. C'est l'almamy Biram qui, chef du Fouta,

porta le renom de la famille à son apogée. Son troisième fils, Abdoul

fut, sous le règne d'Almamy Madadou, chef du Lao-Hernagué. Le fils

d'Abdoul, Biram, fut un vaillant guerrier, qui marcha longtemps pour

notre cause aux côtés d'Ibra Almamy, son cousin germain, dont nous

allions faire, quelques années plus tard, le chef du Fouta.

Baïla Biram, fils aîné de Biram Abdoul, est né en 1881 à Mbouba

(Podor). Son frère aîné, Ibra Biram, né en 1898, est chef du village

d'Abdallah; ses frères cadets sont: Bokar Biram, né en 1888, interprète

à Atar, et Mamadou Amat, né en 1890, tirailleur aux armées.

Mis à l'école des fils de chefs, Baïla en sortit en 1902 et fut

aussitôt nommé interprète à Matam, puis à Bakel. Mis hors cadres

en Mauritanie, il fut interprète à Mal, puis à Aleg. En 1908, il

était nommé chef du Lao maure; deux mois plus tard, il prenait le

commandement du goum toucouleur qui allait opérer dans l'Adrar avec

la colonne Gouraud. Il s'y conduisit brillamment, fut blessé deux

fois, fut l'objet de deux citations à l'ordre et reçut la croix et la

médaille coloniale. En 1912, il accompagnait encore la colonne Patey

dans la colonne du Hodh et l'occupation de Tichit. Au retour de cette

colonne, le chef de la province des Aleybé, Lamin Samba ayant été

destitué, Baïla joignit le commandement de cette province à celle du

Lao.

Baïla est un chef intelligent et dévoué, qui a toujours témoigné d'un

parfait loyalisme, et sait administrer avec beaucoup de tact ses

populations, dont il est très aimé. Les divers recrutements de la

grande guerre se sont effectués chez lui sans à coups. En 1915, il

recevait à cette occasion une médaille d'honneur de 1re classe. En

1918, il donnait lui-même le bon exemple et s'engageait à la tête de

son contingent. Il gagna rapidement les galons d'officier.

Baïla Biram a deux femmes légitimes de bonne famille: Khadi Seck, fille

de Bou-l-Mogdad et Fatimata Kane, fille d'Abdoulaye Kane. Il en a eu

plusieurs enfants, encore en bas âge.

Bon arabisant, Baïla a aussi d'excellentes connaissances de français.

Comme les vieilles familles jadis prépondérantes, lors de l'avènement

d'Al-Hadj Omar, et par réaction contre son tidjanisme, Baïla appartient

au qaderisme.

En dehors de Baïla Biram, dont l'influence, quoique d'essence

religieuse, s'exerce surtout dans le domaine politique, il faut citer

parmi les marabouts notoires du Lao-Aleybé, soit qu'ils y résident

personnellement, soit qu'ils habitent la rive sénégalaise et qu'ils

ne comptent ici que des disciples: _a_) Tierno Ali Lam, né vers 1858,

maître d'une école de 15 élèves et disciple tidiani du Cheikh Mortada

Tal; _b_) Tierno Ndiaye, de son vrai nom Alfa Ahmadou, né vers 1870.

C'est l'almamy du Bababé, le plus gros village de la région qui, avec

ses 4 écoles et sa mosquée de banco, est un foyer d'islam. Tierno fait

l'école du premier degré et quelquefois des cours supérieurs. Il est

disciple tidiani, de l'obédience de Tierno Ibrahima Mohammed Mojtaba,

qui fut un des fidèles d'Al-Hadj Omar, et revint mourir à Béré, dans le

Lao; _c_) Alfa Ahmadou Ndiaye, né vers 1870, almamy de Diouldé-Diabé,

maître de l'école locale, qui comprend une dizaine d'élèves et disciple

tidiani d'Al-Hadj Malik de Tivaouane.

A côté de cette obédience omarïa, la propagande des missionnaires de

Saad Bouh n'a pas été sans succès. Il faut citer parmi ces personnages,

domiciliés d'ailleurs à l'extérieur: _d_) Cheikh Mamadou, père du

marabout connu de Damga, Abdou Salam; _e_) Cheikh Mamadou Biram Almamy,

cousin de Baïla, mort vers 1890 dans un pèlerinage à la Mecque, et son

disciple Al-Hadj Mamadou Abdou Wane; _f_) Cheikh Mamadou Biram Abdou,

mort à la même date; _g_) Cheikh Moussa Kamara, du Damga.

Le qaderisme, en dehors du chef de province, comprend quelques adeptes

de Cheikh Sidïa et de Cheikhs de passage, comme Tourad et Sidi-l-Khir,

des Ahel Taleb Mokhtar du Hodh, et les fidèles du Cheikh Mohamed Fal,

des Eïlik du Brakna, décédé récemment et que son fils Naji a remplacé.

Jusqu'à ces temps derniers, une grande figure religieuse rayonnait

dans le Lao: Alfa Mamadou, imam de Oualaldé (Koliabé). Il «a affirmé

la religion musulmane», dit-on de lui, ce qui est exact; car, par ses

prédications, ses exhortations et son exemple, il a ramené les mœurs

locales à une orthodoxie plus rigoureuse. Il a laissé de nombreux

enfants et disciples, qui, partagés sur les deux rives, continuent sa

tradition. Son fils aîné, Alfa Chibani, élève de Tierno Sakho, vise à

le remplacer. Un de ses disciples, Hamidou Ahmadou, de Diatta (Podor),

cultivateur, maître d'école et lettré, paraît devoir se faire une

renommée locale.

En résumé, le Lao et les Aleybé ont été jusqu'à 1850 les disciples

des Cheikhs qadrïa de Mauritanie. Cette tradition s'est maintenue,

même sous Al-Hadj Omar, car les adeptes de ce dernier le suivirent au

Soudan. Ce n'est que lors du retour de ces dissidents, dont plusieurs

avaient été les propres disciples d'Ahmadou Chékou, à Nioro, et à la

suite de plusieurs voyages de son frère Mourtada que le tidianisme

s'implanta fermement sur la rive maure. L'inimitié très vive qui, au

début, sépara ceux qui étaient restés au pays et les nouveaux venus

s'est apaisée avec le temps, et les deux rives vivent en bons termes

côte à côte.

La grande mosquée du Vendredi pour ces deux provinces se trouve à

Démette, sur la rive sénégalaise.

La population totale est de 7.500 habitants, dont 6.077 contribuables.

Le Lao était inscrit, au rôle de 1918, pour 1.216 francs et les Aleybé

pour 3.461 francs. Leur chef reçoit un traitement annuel de 2.800

francs. L'influence locale se fait sentir dans l'onomastique des

villages, tels que Abd Allah Oualo, Abd Allah Diéré, Fodé Elimane.

_Irlabé-Elyabé._--Le chef des provinces Irlabé et Elyabé est Yahia

Kane. Né vers 1875 à Diaba (Saldé), il appartient, tant du côté

paternel que du côté maternel, au meilleur lignage. Du côté paternel,

il est fils de Mamadou Alfa, fils de Alfa Ahmadou Mokhtar, fils

de Tierno Samba, fils de Mamadou, fils de Hamidin Samba. Du côté

maternel, il compte plusieurs almamys et notamment l'almamy Ahmadou,

son bisaïeul, et l'almamy Youssouf. Son père, Mamadou Alfa, servit

d'intermédaire entre le Gouvernement du Sénégal et Abdoul Bou Bakar,

lors de la conclusion des traités avec le Fouta. Son oncle, Cheikh

Ndiaye, est cadi supérieur de Matam.

Il a quatre frères dont les plus notoires sont Ahmadou Mokhtar Kane,

ancien élève de la médersa de Saint-Louis, secrétaire du tribunal de

subdivision des Irlabé-Elyabé, son khalifa et successeur éventuel; et

Abd-El-Aziz Kane, assesseur au tribunal de cercle d'Aleg. Les autres

poursuivent encore leurs études.

Jadis cadi et président du tribunal des Irlabé-Elyabé de la rive

droite, Yahia Kane fut, en février 1906, à la mort de Mamadou Lamin,

nommé chef politique et président du tribunal local de la même province

du même nom sur la rive maure. Il exerça ces deux fonctions jusqu'en

1918, date où il résilia ses fonctions judiciaires par suite de la

concentration à Boghé de toutes les juridictions de province. Il a reçu

une médaille d'honneur en 1916.

C'est un homme riche et très considéré et un chef qui a de l'autorité.

Il a de nombreux lougans et de beaux troupeaux.

Il a été affilié au Qaderisme par Saad Bouh, qu'il a rencontré à

Saint-Louis au cours d'un voyage.

Les principales personnalités maraboutiques des Irlabé-Elyabé sont:

_a_) Tierno Aliou Oumar, de Davélé, né vers 1850, qui, par Tierno

Mamadou Alimou, se rattache au Tidianisme omari. C'est un petit maître

d'école; _b_) Tierno Mahmoudou Dielïa de Mbagne, né vers 1856, almamy

d'une mosquée de quartier, maître d'une petite école coranique et

disciple de ce même Tierno Alimou, de Bokidiavé; _c_) Tierno Ciré

Ahmed, de Fokone, né vers 1880, maître d'école, de la même obédience;

_d_) Tierno Samba, de Serimali, né vers 1876, disciple tidiani

d'Al-Hadj Omar Galleya, qui était un fidèle du grand Al-Hadj Omar.

La mosquée du Vendredi des Irlabé-Elyabé est à Mbagne.

La population totale est de 9.200 habitants dont 6.712 contribuables.

Ils étaient inscrits, au rôle de 1918, pour 40.272 francs. Leur chef

reçoit un traitement annuel de 2.600 francs. L'influence islamique s'y

fait sentir dans l'onomastique de certains villages, tels que Taïbata,

Maloum Diaba, etc.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 117 / 245 题