La dabaï (ou adabaï) d'Aleg n'est autre que le village noir et métis,
qui s'est constitué au pied du poste militaire. C'est la seule
agglomération sédentaire du Brakna. Elle est de création récente, ne
remontant qu'à 1904, date de notre occupation du mamelon d'Aleg, et
s'est constitué par l'immigration sporadique de noirs du fleuve, de
captifs libérés, de tirailleurs licenciés, de haratines en rupture de
vasselage. Elle comprend, en 1918, 40 cases et 149 personnes. Elle est
riche de 3 juments, 41 bovins, 1.177 ovins, 24 chameaux et 17 ânes. Ces
troupeaux ne s'éloignent pas des environs d'Aleg.
Le chef de la dabaï est Yéro Diakité, né vers 1870, Ou assoulouké
d'origine, égaré ici à la suite d'aventures diverses. C'est un brave
homme, très dévoué, et qui rend d'excellents services. Il tient bien en
main cette population aux origines diverses et qui n'a encore acquis
que fort peu le lien et la solidarité collectifs.
Les notables sont: _a_) Tierno Bou Bakar, d'origine foula du
Labé, almamy et maître de l'unique école coranique qui compte une
douzaine d'élèves, enfants de la dabaï ou de la demi-compagnie de
tirailleurs. On peut dire à ce propos que l'école française voisine,
tenue actuellement par Mamoudou Ba, élève distingué de la médersa de
Saint-Louis et fils du cadi de Kaédi, est bien plus florissante avec
25 jeunes gens, tous Maures. Tierno Bou Bakar, né vers 1870, est un
homme sympathique et relativement lettré; _b_) Harouna Kaïta; _c_)
Mamadi Kamara.
Toute la population de la dabaï est musulmane, qu'elle soit d'origine
malinké, bambara, diallonké ou toucouleure. Ce sont pour la plupart
d'anciens dioula de kola et de tabac, qui se sont fixés ici, et font
maintenant surtout des lougans. Entre temps et à l'occasion, leur
ancien métier reparaît et on les voit repartir vers le fleuve: Mafou,
Boghé Kaédi, soit avec un âne ou un chameau pour y porter des peaux
ou de la gomme et y chercher du mil, du sucre, ou des denrées de
fabrication européenne, soit pour y conduire des bestiaux.
A part Tierno Bou Bakar, qui est affilié au Tidianisme de Saad Bouh,
les autres habitants de la dabaï ressortissent aux différents ouird
qadrïa de la région: Cheikh Sidïa, Saad Bouh, marabouts Dieïdiba, Id
Eïlik, Kounta, etc., Yéro Diakité spécialement relevé de Bakkaï, fils
de Bou Kounta de N'diassan (Tivaouane).
Aleg est, depuis 1917, pourvue d'une coquette mosquée en banco, avec
minaret, qu'a fait élever le lieutenant Bayart, commandant le cercle.
Elle est utilisée par la population locale seulement. Quant aux Maures,
on sait que, fidèles à leur coutume, ils ne font jamais la prière
dans une mosquée bâtie, même quand ils sont à proximité d'un de ces
édifices. Cependant les Brakna, que leur service ou leurs affaires
appellent à Aleg, savent apprécier à leur façon cette mosquée, en
allant coucher, la nuit, sur la terrasse, pour fuir les moustiques qui
abondent dans la région et dont ils ont la plus grande frayeur.