SOUBÂK

Les Soubâk (au sing. Soubâki) ont des origines très mêlées. Le gros

de la tribu est constitué par des zenaga Oulad Normach, qui sont

venus se grouper autour d'un chef religieux émigré. D'autres éléments

maraboutiques sont venus ensuite s'adjoindre à la tribu naissante.

C'est une formation qui ressemble singulièrement à celle des Kounta.

On distinguera donc chez les Soubâk trois éléments:

1º Des zenaga Oulad Normach, surtout d'origine Touabir Al-Kohol, et

peut-être aussi des zenaga Oulad Siyed, provenant de chez les Ahel

Oubba. La tradition rapporte que ces Berbères prirent part à la lutte

des marabouts contre les hassanes et furent vaincus avec eux à la

journée de Tin Fefdadh, qui mit fin au Cherr Babbah (1674). C'est à un

campement de ces zenaga que les Soubâk devraient leur nom; Soubâk ou

Soubâka, qui est enterré au nord de Tamerzguid, où ces gens vivaient

alors. Le chef actuel, Brahim Salem, descend de Soubâk: Brahim Salem

ould Mohammed Mokhtar ould Abd Er-Rahman ould Al-Kherrachi ould Taleb

Amar ould Adyé ould Ibennan ould Soubâka.

2º Un grand marabout, d'origine d'Id Eïqoub, Mahaouam ould Ioqob, qui

survint chez les Soubâk au début du dix-neuvième siècle et dont le

renom de vertu et de piété attira les campements dispersés de cette

tribu. Par lui elle se reconstitua politiquement et se transforma de

zenaga en tribu maraboutique. La horma n'en restait pas moins due

d'ailleurs au suzerains Oulad Normach, et la situation s'est maintenue

telle jusqu'à nos jours. Ce Mahaouma (Mohammed) a été enterré à

Nouakil, aujourd'hui territoire Oulad Biri. Sa tente est représentée

actuellement par Mohammed Mahmoud ould Mohammed Abd Allah, dit

Al-Ouali, ould Mohammed ould Sidi-l-Falli ould Abd Allah ould Mahaouma.

3º Plusieurs tentes étrangères aux Soubâk, et notamment des Id Eïqoub,

qui, attirés par la réputation de Mahaouma, sont venues vivre en

telamides auprès de lui, puis, avec le temps, se sont fondues dans la

tribu.

Sous l'ancien régime, les Soubâk vécurent partagés en deux groupements

autonomes; l'un, groupement à chameaux, vivait dans le Nord aux

puits de Toumbousseri, Al-Mouirja, Tin Ouissé, et aux mars d'Isefag,

Aghmourat et Bou Zeriba, où ils faisaient de belles cultures. On lui

donne le nom de Soubâk Sahelïin. Le groupement à bœufs vivait dans

le Sud et en portait le nom (Soubâk Cherguïin). Ils faisaient leurs

cultures dans le Chamama. Les pillages des Regueïbat et Oulad Bou Sba

eurent pour effet de rapprocher les deux tronçons qui menaçaient de

se constituer en unités indépendantes. Les Soubâk Sahelïin durent se

réfugier plusieurs années (1904-1906) dans le Chamama. Quand ils purent

rentrer dans l'Agan, ils n'oublièrent pas le chemin du Chamama et

chaque année, depuis ce temps, on les y voit revenir. Réciproquement,

certaines tentes des gens du Sud remontent vers le Nord avec leurs

cousins.

Le fractionnement des Soubâk s'établit ainsi:

Oulad Ibennan.--Chef: Diyna ould Mohammed Cheikh.

Ahel Haïb Allah.--Chef: Mohammed Lamin ould Hambli.

Haratines.--Chef: Mohammed ould Birou.

Les Ahel Haïb Allah sont sortis des Oulad Ibennan, Haïb Allah étant un

fils d'Ibennan. Les haratines appartiennent en très grande majorité aux

Oulad Ibennan.

La tribu comprend 91 tentes et 543 âmes. Elle est riche de 95 chameaux,

201 ânes, 710 bovins, 2.415 ovins. La marque générale des bœufs est le

lam-alif ﻻ qu'on contremarque, suivant les campements, des trois façons

suivantes [lam-alif ﻻ avec «+»] [lam-alif ﻻ avec «,»] [lam-alif ﻻ].

Pour les chameaux on utilise les deux feux [croix +] ou [mim-ha ﻪﻣ].

Tous ces feux s'apposent sur la cuisse droite.

Les territoires de nomadisation de la tribu sont: en hivernage,

l'Aftout et l'Akel; Oued Katchi, Guimi, Kreïmi; en saison sèche, Hasseï

el-Ma, Guimi et Chogar.

A notre arrivée, le chef de tribu était Biyni (Mohammed Al-Mokhtar)

ould Mohammed Cheikh. Il fut, quinze ans durant, un chef convenable

et paisible, mais sans grande autorité. Au début de 1918, malade et

incapable d'assurer son service, il fut, sur ses demandes réitérées,

relevé de ses fonctions. La djemaa lui donna comme successeur, le 3

mai 1918, son cousin Brahim Salem ould Mohammed Mokhtar. Né vers 1860,

c'est un homme ouvert, intelligent et sympathique.

Les Soubâk sont considérés comme une fraction de professeurs. Tous

leurs maîtres--et ils sont au moins une quinzaine--sont très réputés.

Autour d'eux se pressent des étudiants de tout le Brakna, et même du

dehors, tels les Larlal. Les tentes les plus notoires sont celles de

Mohammed Mahmoud précité, descendant de Mahaouma; Mohammed Sidi ould

Lamin Fal; et Sidi Ahmed Bekkaï ould Ahmed Meska.

Dans son ensemble, la tribu relève de l'affiliation qadrïa. L'obédience

la plus répandue est celle du Cheikh Mohammed Mahmoud ould Cheikh

Mohammed ould Mohammed Lamin, des Hijaj, qui, par Cheikh Sidi Mohammed

ould Manni, relève de Cheikh Al-Qadi, des Dieïdiba. On trouve encore

quelques telamides des Kounta, quelques autres de Cheikh Sidïa, et de

moins nombreux encore de Saad Bouk.

A signaler enfin deux ou trois Tidjanïa, adeptes des Ida Ou Ali.

Un personnage, de peu d'envergure d'ailleurs, Cheikh Al-Khalif ould

Mohammed Fal, a fait parler de lui, il y a quelques années. Il

s'attribua de lui-même le titre de Cheikh et eut, pendant un certain

temps, une grande vogue. Puis des discussions surgirent; on lui

contesta son titre; comme il faisait ouvertement pratique de magie,

certaines personnes attribuèrent à ses maléfices la mort de leurs

parents. Bref son ardeur, baissant avec l'âge, il a mis une sourdine à

son action, et se tient tranquille chez lui.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 93 / 245 题