Les Tolba Tanak (au sing. Tanaki) sont d'origine berbère avouée. Ils
descendent des Id Ou Aïch par un nommé Aleïa ould Mohammedden ould Eli
ould Mokhtar ould Gueïda ould Arouch ould Aboubak ould Amouin, qui
serait venu habiter chez les Oulad Siyed, il y a une centaine d'années.
Il eut de nombreux fils, dont deux, Mohammed Mahmoud et Mohammedden,
sont bien connus. Ces enfants furent les ancêtres des Tolba Tanak.
Telle est la source principale du gros des Tanak, tant haratines que
Tolba; mais il y a une autre tradition qui donne à un certain nombre
de tentes une origine arabe; le nom même de l'ancêtre éponyme serait
arabe, Tanak ayant été un fils ou plutôt un descendant d'Abd Allah, le
chef hassani. Il est certain en tout cas que les Tanak se sont unis, au
cours des générations, par de nombreux mariages avec les Oulad Siyed et
les Oulad Mansour, et qu'ils sont donc incontestablement métissés de
sang arabe.
C'est du temps de la conversion des Tolba Tanak que la scission avec
leurs haratines s'effectua. Jusqu'alors les Tanak avaient été guerriers
et incorporés aux Oulad Siyed. Quand ils voulurent se muer en Tolba,
les Oulad Siyed ne les en empêchèrent pas, mais ils gardèrent leurs
haratines. Cette fraction de haratines Tanak, qui a conservé son nom,
est toujours fraction intégrante des Oulad Siyed.
Tolba Tanak et Oulad Siyed vivent toujours côte à côte et dans
les meilleurs termes. Ils s'unissent très souvent par des liens
matrimoniaux.
Les Tolba Tanak n'ont pas d'histoire. Faidherbe signale en 1858 que
les Tanak se mettent au service du lam Toro pour intercepter les
communications avec Podor. Il assure, sans autres explications, qu'il
y mit facilement ordre. Depuis notre arrivée, un seul incident est à
relater: en mai 1911, une véritable bataille s'engagea à propos d'une
infraction à la coupe de bois qui avait été signalée par le chef et
qui entraîna des mesures de répression. Haratines et Tolba mêlés se
partagèrent en deux camps et à coups de pierres et de bâtons et se
blessèrent grièvement. Le calme est revenu depuis lors.
Le chef de la tribu est Mohammed Mahmoud ould Sidi ould Mohammedden
ould Aleïa. C'est un excellent homme, qui a toujours rempli ses
fonctions sans bruit et avec ponctualité. Il n'est jamais parti en
dissidence. Riche, et maître de nombreux clients, il est aimé et obéi
par les siens.
Les principaux notables sont: Brahim ould Mohammed Mokhtar et Ahmeddou
ould Younès.
Le taleb en renom de la tribu était Mokhtar Soufi, qui est mort en
1918. C'était un maître d'école très estimé. Il n'a pas encore été
remplacé.
La tribu comprend 19 tentes et 88 âmes. Elle est riche de 73 bovins,
305 ovins, 3 chameaux et 10 ânes. Elle a comme marque la djaja
[patte de poule ⩛], apposée sur la cuisse gauche. Elle nomadise: en
hivernage, dans l'Oued Katchi, du sud d'Aleg jusqu'à Chogar; en saison
sèche, autour d'Aleg et de Mouit. Les Tanak vont cultiver à Maye Maye,
où ils ont de beaux lougans de mil.
[Illustration: Mahfoudh,
Fils de Cheikh Saad Bouh.]
Toutes les tentes sont affiliées à l'obédience qadrïa. La plupart,
comme celle du Cheikh, ont reçu cet ouird du Cheikh Sidi-l-Mokhtar ould
Abd El-Jelil, des Tendra, qui par Cheikh Sidi ould Bou Bakar, de la
même tribu, se rattachait à Cheikh Mostafa ould Al-Qadi, des Dieïdiba.
Les autres se rattachent à la même source par un autre descendant de
Cheikh Al-Qadi: Cheikh Mohammed Mahfoudh.
Les tombeaux visités sont ceux de leurs saints ancêtres (çalihin); à
Aleg d'abord, où le plus notoire est celui d'Ahmed Fal ould Beraba,
grand-père maternel de Mohammed Mahmoud; à Maye Maye ensuite, où les
plus honorés sont ceux de Dib ould Aleïa et d'Ahmed Salem ould Younès.