1.--_Historique._

Les Tagat (au sing. Tagati) appartiennent dans la tradition maure à la

souche des Ansar. Leur ancêtre serait Youssef ould Yaqoub ould Abou

Dojennas, l'Ansari. Par lui, ils seraient les cousins des Id Eïboussat.

Les Tagat sont en réalité, semble-t-il, comme tous les marabouts

maures, des Berbères. Leur parenté avec les Lemtouna est affirmée

par tout le monde et reconnue par eux-mêmes. Ils sont originaires de

l'Azaouad et ne vinrent en Mauritanie par le Hodh et le Tagat qu'aux

seizième et dix-septième siècles, à la suite des invasions marocaines.

Un des leurs, Ahmed ould M'haïmid, bientôt suivi de toute la tribu,

serait venu s'installer à Aguiert, où dominaient alors les Noirs.

Ceux-ci, dit la tradition, cultivateurs et pasteurs, étaient alors

fort nombreux et riches dans la région d'Aguiert. Ils habitaient des

cases en pierres, dont on ne retrouve plus les débris aujourd'hui.

L'immigrant accabla ses hôtes de brimades et fut assassiné par

vengeance, l'année suivante. Chacun resta alors sur ses positions (vers

le dix-septième siècle).

Les nouveaux arrivés ne prirent pas part à la guerre de Boubbah,

n'ayant pas encore eu le temps de faire alliance avec les marabouts.

Ils étaient, au contraire, les amis des hassanes, à cause de la

réception cordiale que leur aurait faite Boussam ould Cheïboubi, chef

des Oulad Al-Yatim, les futurs Litama (Oulad Abd Allah). Ils se mirent

sous sa tutelle et lui payèrent la horma.

A la mort de Boussam, les Litama se scindèrent. Décimés par des guerres

continuelles avec les Ahel Mohammed et les Oulad Eli du Gorgol, ils

perdirent la plus grande partie de leurs vassaux et marabouts, dont

les Tagat. Ceux-ci contractèrent alliance avec les fractions abakak,

des Id Ou Aïch, qui devinrent leurs suzerains en même temps qu'ils le

devenaient des Torkoz. C'était à l'époque en effet où les guerriers Id

Ou Aïch commençaient à descendre dans l'Aftout et menaçaient le Brakna.

Les Tagat, installés à la bordure ouest du Tagant, ont vécu dans cette

situation de tributaires des Id Ou Aïch et spécialement des Ahel Soueïd

Ahmed jusqu'à nos jours, tant les fractions à chameaux, nomadisant au

nord, que les fractions à bœufs et petit bétail nomadisant au sud.

Ils étaient également bien avec les Oulad Ahmed et leurs campements

reçurent plusieurs fois les femmes et les enfants Oulad Ahmed, quand

ceux-ci étaient vaincus dans leurs luttes classiques contre les Oulad

Siyed.

La tradition, plus ou moins légendaire, rapporte que l'ancêtre éponyme

de la tribu fut un certain Tâgât, descendant de Youssef l'Ansari. Il

eut cinq fils, ancêtres de tous les campements actuels soit du Tagant,

soit du Brakna, soit du Gorgol, à savoir:

Tagât.

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/ \

Eli, Sidi Ahmed, Eineb, Aouach, Atjfara,

père des Oulad père des père père père

Eli-Tagat (Gorgol) Oulad Sidi des des des

et des Ahel Cheikh Ahmed Bou Id Eïneb Id Atjfara

ould Menni (Tagant). Hajar (Brakna). Aouach Id

(Tagant). (Brakna). (Brakna).

Les trois dernières sous-fractions descendent de frères germains. C'est

ce qui expliquerait en partie leur union actuelle. Il faut y ajouter

aussi une autre cause: le genre de vie et la richesse pastorale. Les

premières fractions étaient surtout des fractions à chameaux, vivant

dans un large rayon de nomadisation; les autres des nomades, de moindre

envergure, dont le cheptel était surtout de bovins.

Les campements Tagat vécurent longtemps ensemble. A la suite de

disputes avec les Id Atjfara, les Oulad Eli Tagat se séparèrent de la

tribu et allèrent planter leurs tentes chez les Tadjakant du Gorgol

(début du dix-neuvième siècle). Peu après, à la mort de leur chef,

Cheikh ould Menni, les Ahel Cheikh ould Menni, qui sont ethniquement

des Oulad Eli, partirent à leur tour et se rapprochèrent du Tagant.

A notre arrivée cette scission s'accentua. Les Ahel Cheikh ould

Menni furent englobés dans le Tagant; les Oulad Eli dans le Gorgol;

les dernières fractions restèrent Brakna. Depuis ce temps, diverses

questions d'intérêt et notamment l'affaire de Gadel, ont encore

accentué cette haine entre Tagat du Tagant et Tagat du Brakna. Les

premières considèrent comme une injure, dirent-ils, d'être appelés

Tagat, et comme il y a parmi eux quelques tentes, qui descendent des Id

Ar-Zimbo, ils assurent se rattacher à cette tribu du Trarza.

Les Oulad Sidi Ahmed Bou Hajar, ou Oulad Sidi Ahmed des cailloux, n'ont

pas à être étudiés ici, puisqu'ils relèvent du Tagant. Ils sont en

excellentes relations avec les Kounta avec lesquels ils cultivaient, et

cette intimité n'est pas étrangère à leur glissement vers le nord-est.

Certaines tentes ont des origines chorfa. La fraction aura dès lors une

tendance à évoluer vers cette dignité chérifienne.

Restent donc pour constituer les Tagat du Brakna tous les campements,

descendant des trois derniers fils de Tagat, c'est-à-dire les Id Eïneb,

les Id Aouach, et les Id Atjfara.

Remarquons qu'il y a une génération, deux campements Id Aouach sont

allés s'installer dans le Guidimaka.

Les Tagat n'ont jamais eu, à leur tête, un chef unique pour toute la

tribu, avant notre arrivée en Mauritanie. Chacune des sous-fractions

avait un chef indépendant des autres. Toutefois, pour les affaires

concernant toute la tribu, les chefs se réunissaient, accompagnés

chacun de quelques membres de la djemaa, choisis parmi les plus sages.

Néanmoins, la supériorité numérique d'une sous-fraction, avait une

influence considérable dans les décisions de cette espèce de conseil

de famille. C'est ainsi que les Ahel Ceddiq, la plus importante

sous-fraction de la tribu Tagat a toujours exercé sa suprématie sur les

actes de la tribu.

En 1868, à défaut d'un membre de cette famille, capable d'assurer

la responsabilité du commandement de la tribu, un nommé Sidi ould

Ahmed Ralla, des Ahel Taleb Brahim, de la sous-fraction des Ahel Bou

Khiyar, fut choisi pour commander les Id Atjfara. Cet homme qui eut

une supériorité marquée sur ses prédécesseurs et sur tous les chefs

maures du Brakna fut assassiné en 1892, à Aguiert, par Aminou, fils de

Bakar ould Soueïd Ahmed. Cet assassinat fut commis par vengeance, car

le chef tagat, anciennement tributaire des Ahel Soueïd Ahmed, voulant

s'affranchir de la redevance annuelle que fournissait sa tribu, refusa

du mil à celui qui devait devenir son assassin. Il fut remplacé par

Mokhtar ould Ben, de la fraction Ahel Bou Khiyar, qui était le chef des

Tagat, lors de l'arrivée de Coppolani en Mauritanie.

Il fut remplacé par Cheikh Hadrami, de la famille où le pouvoir était

héréditaire. A celui-ci, mort en 1899, succéda Mokhtar ould Oubba, des

Ahel Bou Khiyar, qui était en fonctions lors de l'arrivée des Français.

A cette date, les Tagat, comme tous les Maures, ne crurent pas que nous

nous établirions dans leurs pays à titre définitif. Aussi les chefs ne

se dérangèrent-ils pas, et c'est ainsi que pour paraître faire acte de

soumission et éviter d'être pillés par les guerriers de leur race, les

Tagat dépêchèrent Mrabet ould Abd Ed-Daïm à Coppolani.

Mrabet (ould Abd Ed-Daïm ould Amar Fal ould Ahmed ould Aouissa ould

Youssef ould Atjafara) se trouvait par hasard dans le campement du chef

des Tagat. Il avait la réputation d'un homme intelligent, sachant mener

parfaitement ses affaires. Il fut donc choisi parmi ses compatriotes

pour les représenter. Ils lui donnèrent même un cadeau pour le

dédommager du retard qu'auraient à subir ses affaires du fait de son

déplacement. Coppolani l'agréa comme chef. Il est inutile de dire que

par la suite le chef ainsi dépossédé par la tribu et par nous, avec sa

complicité propre, protesta et voulut reprendre son commandement. Quant

aux Tagat, se trouvant bien, ils ne réclamèrent pas.

Mrabet servit de guide à Coppolani jusqu'à Tijikja et incontestablement

lui rendit des services. Par la suite, son attitude fut digne, sans

provocation; il protesta de son désir de bien faire et se montra

décidé à nous être utile, ou tout au moins à ne pas faire échec à

notre autorité. Il montra sa souplesse en se faisant seconder par son

prédécesseur Mokhtar ould Oubba dont l'ambition était de reprendre

ses fonctions de chef et qui intriguait pour faire déposséder Mrabet.

Il est vrai qu'à cette date (1906) Mrabet fit dans le Tagant une

absence de trois mois, qui coïncida fâcheusement avec la venue du

Chérif marocain, Si Dris. Il lui aurait fait tenir 150 pièces de

guinée. Mrabet se défendit vivement de toute trahison et prétendit que

ses cadeaux n'avaient aucune signification politique, mais avaient

uniquement pour but d'obtenir la restitution de chameaux volés. Il

est certain en tout cas que l'intervention du Chérif lui valut la

restitution d'une partie de son troupeau, pillé par les Oulad Delim

à Tidiniakout, et que d'autre part Mrabet ramena avec lui plusieurs

familles dissidentes, et même quelques tentes du Tagant.

Mrabet avait été puni, en 1913, d'une amende de 100 francs pour

avoir dit que le poste de Moudjéria était commandé par des Noirs

(interprètes). Connu dans tout le cercle, il était en relation avec

tous les chefs. C'était un marabout très vénéré, disciple qadri de Saad

Boudh, et qui caressa longtemps le projet--qu'il ne put réaliser--de

faire le pèlerinage de La Mecque. Il avait manifesté à plusieurs

reprises l'intention de démissionner, et il allait avoir satisfaction,

quand il mourut le 22 février 1918.

Il laissait quatre fils: Abd El-Ouadoud, né vers 1892; Hossin, né vers

1894; Mohammed Ahmed, né vers 1903, et Mohammed, né vers 1908, ainsi

que plusieurs filles, mariées à des notables de la tribu.

Il fut remplacé par son fils aîné, Abd El-Ouadoud, que la djemaa élut

à l'unanimité. Six mois ne s'étaient pas écoulés que la djemaa se

réunissait à nouveau, destituait Abd El-Ouadoud pour insuffisance et

nommait à sa place Ahmadou ould Habib (ould Mohammed ould Habib ould

Amar ould Naïmat ould Bou Khiyar ould Youssef ould Atjfara). Né vers

1870, Ahmadou est le chef actuellement en fonctions.

Riches pasteurs, les Tagat ont été maintes fois, victimes des

pillards du Nord. Pour ne rappeler que les derniers, ils ont vu leurs

troupeaux enlevés en 1900 par les Oulad Bou Sba, et c'est le désir

de les recouvrer qui les amena à Coppolani, les premiers de tout le

Brakna, dès 1900. En fin 1906, pillage par les Oulad Delim, qui eut

les conséquences relatées plus haut. Au début de 1907, nouveau pillage

par les Oulad Bou Sba, à Aguiert. La garnison du poste fit une sortie,

reprit les troupeaux volés et tua un des agresseurs.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 77 / 245 题