Les Id Eïlik jouissent, entre les diverses tribus maraboutiques
du Brakna, d'un grand prestige religieux, grâce sans doute aux
personnalités de renom qu'ils ont fourni à la génération précédente:
Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa et Tig ould Latig. De tous les
points du Brakna et du Chamama, on vient compléter son instruction
dans leurs tentes, et certaines d'entre elles sont de vraies petites
zaouïa nomades. On leur demande, par la même occasion, l'ouird qadri,
détenu ici par filiation dans la famille princière, depuis le grand
Cheikh Mohammed Mahmoud ould Atig, qui était un disciple de choix de
Mostafa ould Al-hadj, frère et élève de Cheikh Al-Qadi des Deïdiba,
personnage bien connu. Cette obédience rattache, comme presque partout
ailleurs, les Id Eïlik aux Kounta de l'Azouad, car les deux frères
précités reçurent l'ouird dans le campement du grand Cheikh Kounti,
Sidi-l-Mokhtar, et de sa main même.
Les principales tribus qui composent la clientèle des Id Eïlik sont:
les Soubâk, les Zemarig, les Oulad Normach, les Touabir-Oulad Yarra,
les Tadjakant de M'Bout, les Oulad Hid du Gorgol. Dans le Chamama, sis
à l'est de Boghé, on ne trouve pas de village toucouleur, qui ne compte
quelques-uns de leur talibé. Il en va de même, au moins en partie, sur
la rive gauche. La personnalité la plus notoire de ces disciples noirs
est Amadou Mokhtar, chef du Toro sénégalais.
Actuellement le moqaddem en titre est Naji (Mohammed Mahmoud) par
dérivation de son père et de son grand-père. Cette tente vise avec un
soin jaloux à ce que la baraka ne sorte pas de la famille.
L'influence de Cheikh Sidïa est assez sensible dans cette tribu. Son
point de départ est le mariage projeté depuis longtemps, et effectué en
1911, d'un fils de Cheikh Sidïa avec Mariam, dit Maroum, sœur de Naji.
Il y eut des tiraillements. Les Dieïdiba, jaloux de voir les Oulad Biri
s'immiscer dans le Brakna, y firent une grande campagne d'opposition.
Les Kounta s'en mêlèrent, car Maroum avait été en quelque sorte
promise à Bambaye. La campagne ne fut pas sans succès, car quand Cheikh
Mohammed Fal mourut en fin 1912, Naji ne fut appelé par la djemaa à le
remplacer que conditionnellement. Ce mariage ne dura pas d'ailleurs. Le
fils de Cheikh Sidïa, ayant épousé, malgré ces promesses, une deuxième
femme, Maroum revint dans le campement fraternel.
Les deux cadis des fractions Id Eïlik sont: pour les Ahel Aleg, Kabir
ould Mohammed Salem, né vers 1880, ouvert, assez instruit, mais peu
intelligent; pour les Ahel Abary Sidi Salem ould Oummoui, né vers 1850,
vieillard ouvert et sympathique.
Le cimetière classique des Id Eïlik, celui qui renferme la plupart de
leurs tombes et où ils vont faire leurs pèlerinages, est à Tiabba Taba,
près du lac d'Aleg. On trouve là les tombeaux de tous les ancêtres des
chefs marabouts actuels.