1.--_Historique._

Les Id Eïlik se prétendent, comme il convient, d'origine arabe, et se

donnent une ascendance ommeïade. Ce qui est plus certain, c'est que

l'ancêtre éponyme, Eïlik était un Berbère marabout, qui vivait avec les

siens dans le sillage des Oulad Abd Allah, au seizième siècle. Depuis

une ou deux générations au moins, cette sympathie unissait les deux

tribus: Hassane et Zenaga. La tradition est formelle à ce sujet; elle

prétend même que, dès le temps de Bou Baker ben Omar (onzième siècle),

les deux tribus étaient alliées, étant venues ensemble d'Arabie, ce

qui est un anachronisme manifeste, puisque les Arabes n'arrivent en

Mauritanie qu'au quinzième siècle. Il est plus probable qu'Eïlik,

Berbère du Sud marocain, arriva au seizième siècle dans les bandes

Oulad Abd Allah, qui s'abattaient sur la Mauritanie. C'est ce qui

expliquerait l'arrivée commune de la tradition historique.

Eïlik laissait quatre fils: Zar, Badelli, Diaoudiaye et Ab Amrar. La

descendance des deux derniers s'est fondue dans celle de Zar et de

Badelli, et aujourd'hui les Id Eïlik s'attribuent tous l'une de l'autre

de ces deux filiations.

Zar, de son vrai nom Ishaq, était l'aîné. Le commandement devait rester

dans sa famille jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, où il passa dans

la branche cadette avec Atig, septième descendant de Badelli.

En leur qualité de marabouts, les Id Eïlik prirent part à la guerre

de Boubbah, au début au moins, dans le clan de leurs frères dans la

foi. Mais ils finirent par céder à leur amitié traditionnelle pour les

Oulad Abd Allah, et lâchèrent les marabouts se rangeant aux côtés des

hassanes. La légende veut que cette trahison ait été consommée à Tin

Yefdad même, c'est-à-dire à la dernière et suprême bataille du «Cherr

Boubbah».

On raconte en effet que, repoussés une première fois par les marabouts,

les guerriers s'étaient retirés au Tagant. Les deux camps, s'étant mis

à nouveau en marche l'un contre l'autre, se rencontrèrent à la mare de

Tin Yefdad, au sud d'Ouezzan. Ils se faisaient face depuis plusieurs

jours, quand les Ahel Badelli allèrent trouver les chefs guerriers et

leur conseillèrent de prendre de nuit le plus d'eau possible dans la

mare, puis de la rendre imbuvable, en y faisant piétiner des animaux,

traînant des branches d'épineux. Ce conseil fut suivi. Puis au matin,

les hassanes attaquèrent les marabouts. Repoussés, ils revinrent

inlassablement à la charge et épuisèrent leurs adversaires. A la nuit,

chacun resta sur ses positions, mais tandis que les guerriers buvaient

et se refaisaient, les marabouts mouraient de soif devant la mare. Le

lendemain, incapables de continuer la lutte, ils durent se reconnaître

vaincus et accepter les conditions des guerriers.

Toute cette histoire paraît bien fantaisiste. Il n'en reste pas moins

que les Id Eïlik, marabouts des Oulad Normach, ne leur payent pas

de horma officielle, contrairement à toutes les coutumes maures, et

que les uns et les autres sont d'accord pour reconnaître que cette

situation privilégiée remonte à la guerre de Boubbah et aux concours

que les Normach reçurent à cette époque des Id Eïlik. On peut donc en

admettre le principe.

A la fin du dix-huitième siècle, et sans qu'on sache en quelles

circonstances exactement, le commandement passe dans les mains d'Atig

ould Ahmed ould Habid ould Hand ould Mohand ould Malik ould Tegueddi

ould Badelli ould Eïlik, chef de la branche cadette.

Atig meurt en 1810, laissant deux fils: Cheikh Mohammed Mahmoud et

Mouïn. C'est à cette date, et par suite des rivalités des deux

fils, qui se constituent le groupement actuel des Id Eïlik en deux

fractions: Ahel Aleg, Ahel Abary, du nom de la région où ces campements

nomadisaient habituellement. On connaît Aleg. Abary est le nom d'une

petite rivière du Chamama.

_Tableau généalogique._

Atig, † vers 1810.

____________|_____________

| |

Cheikh Mohammed Mahmoud, Mouïn,

† vers 1840. vers 1880.

| ____________|________

| | |

Mostafa, Sidi Salem. Tig.

† vers 1839. | |

______________| | |

| | |--Mostafa. Ahmed Mouïn.

Cheikh Moh. Fal. Mahfoudh. | |

_____|________________ |--Abd |

| | | | El-Kerim. Mahmoud,

Mostafa. Naji, Isselmou. | chef des

chef des |--Ahmed. Ahel Abary.

Ahel Aleg.

Cheikh Mohammed Mahmoud, tout en reconnaissant une certaine

indépendance aux Ahel Abary de son frère, conserva encore, nominalement

au moins, le commandement de la tribu. A sa mort, vers 1840, il ne

laissait que des petits-enfants en bas âge, car son fils Mostafa était

mort un an avant lui. Cette situation permit à Mouïn, chef des Ahel

Abary, de prendre sa complète autonomie.

Cheikh Mohammed Fal ould Mostafa ould Cheikh Mohammed Mahmoud a été

un très pieux, très influent et très réputé marabout. On trouva son

obédience dans plusieurs tribus maures voisines, et chez beaucoup de

Toucouleurs du Chamama. Il était chef des Ahel Aleg, à notre arrivée,

et conserva le commandement jusqu'à sa mort (fin 1912), mais depuis

plusieurs années déjà, il ne s'occupait plus que de choses pieuses et

laissait la direction politique de la fraction (Ahel Aleg) à son fils

Naji et à son frère Mahfoudh. Nous n'eûmes que peu de rapports avec ce

Cheikh. Il affecta de nous ignorer.

Naji (de son vrai nom Mohammed Mahmoud) a succédé à son père Mohammed

Fal, en fin 1912, tant dans son commandement politique que dans sa

direction spirituelle. A ce titre, il jouit d'un grand prestige dans sa

tribu et au dehors, principalement dans la dabaï de haratines et dans

les villages toucouleurs du Chamama et perçoit de nombreux cadeaux de

toute nature. Très intelligent, fort instruit, sympathique, Naji, vers

1884, est déjà un professeur renommé. Son cours supérieur est suivi

assidûment par une trentaine de jeunes gens Id Eïlik, haratines et

Toucouleurs. Une de ses sœurs a épousé un fils de Cheikh Sidïa; elle

vit actuellement séparée de son mari.

La deuxième fraction, les Ahel Abary, sont sous le commandement de

la branche cadette de la tente Atig. A Mouïn ould Atig, décédé vers

1880, a succédé son fils Mohammed Salem, dit Tig ould Latig, qui

s'est éteint en 1915, à l'âge de 80 ans. Ce fut un saint homme, très

vénéré, ancien élève de Mohammed Mahmoud le grand «Mrabet», et dont

on fit au début le cadi du Cercle. Son instruction et son esprit de

conciliation lui avaient acquis une renommée universelle. C'était de

plus un traditionaliste remarquable et un professeur, autour de qui se

pressaient des enfants de toutes les tribus du Brakna. Il recevait des

aumônes de partout et principalement des Touabir et des Kounta; parmi

ceux-ci, surtout des Meterambrin.

Depuis plusieurs années, ses facultés baissaient et il se faisait

suppléer par son fils, Ahmed Mahmoud.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 64 / 245 题