Un nom domine la vie religieuse du Torkoz: Mrabet ould Sidi Mohammed
ould Mrabet Abd El-Fettah, tant par son prestige personnel que par
l'héritage acquis de son grand-père, un des grands pontifes de son
temps.
Mrabet Abd El-Fettah ould Taleb Ali (ould Mohammed ould Ahmed ould Amar
ould Eli Mbarek) remplit l'histoire religieuse des Torkoz et d'une
partie du Brakna pendant toute la première moitié du dix-neuvième
siècle. Il fut l'élève de deux grands maîtres: Sidi-l-Mokhtar, des Id
Abhoum (Oulad Biri); Cheikh Menni, des Tagat, l'ancêtre de la fraction
Ahel Menni. On lui doit la revivification de Diok et un exemple
précieux. Passant un jour à Diok. à 30 kilomètres environ au sud-est
de Moudjéria, au cours d'un de ses nombreux voyages dans le Brakna, il
affirma à ses compagnons de route qu'une inspiration divine lui faisait
connaître que ce lieu était béni du ciel et qu'il le choisissait pour y
vivre jusqu'à sa mort et que c'est là qu'il désirait voir s'élever son
tombeau.
Dieu ayant exaucé ses prières, il trouva de l'eau à 0 m. 50 en creusant
le sable brûlant. Puis il envoya quelques jeunes captifs, ses élèves,
chercher des plants de palmiers, qu'ils payèrent deux vaches aux Oulad
Sidi Haïb Allah, de Kçar el-Barka? (Tagant).
Sa plantation terminée, Mrabet ould Abd El-Fettah creusa quelques
puits de 8 mètres de profondeur; deux d'eau douce qui lui servirent
pour arroser ses palmiers et pour les besoins de sa famille, et deux
d'eau très légèrement salée pour ses chameaux. Mrabet, qui avait
déjà cinquante ans lorsqu'il s'installa à Diok, y mourait vingt-cinq
ans plus tard (vers 1840). Son tombeau, construit par son fils Sidi
Mohammed, se voit encore près de la palmeraie plantée par Mrabet. C'est
une simple construction en pierre et en banco. Il se trouve exactement
à Mouilah, près de Diok; il est l'œuvre de son fils Sidi Ahmed.
Pendant toute sa vie et les dix années qui suivirent, les palmiers
donnèrent une belle et abondante récolte de dattes. La production ayant
considérablement diminué, les habitants de Diok, courant de nombreux
risques de pillage de la part des Oulad Nacer, qui ravageaient le
pays et étant obligés de donner une large hospitalité aux guerriers
de passage, Cheikh Sidi Mohammed vers 1875, abandonna la propriété
paternelle. Toutefois, il continua de venir tous les ans faire la
récolte des dattes; mais les arbres laissés sans soin et d'autre part
abîmés par des troupeaux de singes, ne produisirent plus qu'une récolte
tous les deux ans.
Vers 1897, Mrabet ould Sidi Mohammed ould Fettah, partagea, pendant
six ans encore, la récolte avec son oncle Cheikh Mohammed. Puis la
palmeraie fut abandonnée complètement en 1903. Ayant appris qu'en
1908 un homme des Ghouareb avait récolté à Diok, dans la palmeraie
abandonnée, deux charges de chameau de dattes, Mrabet revendiqua ses
droits de propriétaire et paya à un Alaoui de Tijikja une pièce et
demie de guinée pour tailler et féconder les dattiers.
La palmeraie de Mrabet Abd El-Fettah qui fut partagée entre ses deux
fils, Sidi Mohammed et Cheikh Mohammed Ahmed, tous deux décédés,
comprend aujourd'hui deux propriétés distinctes: l'une appartenant à
Mrabet ould Sidi Mohammed, fils unique de Sidi Mohammed et l'autre aux
cinq fils de Cheikh Mohammed, dont l'aîné porte le nom d'Abd Es-Selam.
En outre, près de cette palmeraie, quelques dattiers ont été plantés
par les frères Brahim et Ahmed Djilani ould Dechar qui, par vénération
pour la mémoire de leur professeur se constituèrent les gardiens de son
tombeau même après le départ de ses fils.
La propriété de ces quelques dattiers a été contestée à l'unique fille
héritière de Brahim et de Ahmed, Douila ment Ahmed-Abd Allah par Mrabet
ould Sidi Mohammed. Ce dernier, en bas âge lors de la plantation des
dattiers, prétendit à sa majorité, que ces arbres ayant été placés dans
un domaine de sa famille sans autorisation, il les considérait comme sa
propriété. L'accord s'est fait aujourd'hui.
C'est ce Mrabet ould Sidi Mohammed ould Abd El-Fettah qui est
aujourd'hui le maître des destinées religieuses de la tribu. Né vers
1870 d'une mère hijajïa, il a fait ses études auprès de son père et
de Cheikh Mohammed Abd Allah ould Mohammed Mahmoud, dans Dieïdiba,
dont il est le disciple qadri, et de qui il a reçu les pouvoirs de
moqaddem. Il a fait sa soumission dès l'occupation du pays et n'a
jamais créé de difficultés. Son frère fut bien mis en prison, en mars
1911, pour opposition à l'élection du chef et lui-même ne fut peut-être
pas étranger aux intrigues du moment, mais il a, depuis ce temps, fait
oublier ce mauvais moment. Les nombreuses aumônes qu'il reçoit lui
ont procuré de grands biens, mais son hospitalité est large. Il est
le cadi écouté et le professeur d'enseignement supérieur de la tribu.
Ses élèves varient entre 30 et 50. A côté d'une majorité de Torkoz, on
y trouve des jeunes gens de plusieurs tribus voisines. Sa réputation
dépasse le Brakna et s'étend au Trarza, au Tagant et au Gorgol.
La plupart des Torkoz sont les disciples spirituels, dans la voie du
Qaderisme, de Mrabet; mais parmi les jeunes gens on voit certaines
dissidences se produire et se rallier à Cheikh Sidïa ou à Saad Bouh.
Le frère de Mrabet, Abd El-Fettah ould Sidi Mohammed, est aussi
un marabout de renom, mais plus occupé que son frère des choses
temporelles. C'est un professeur réputé, qui a fait ses études chez les
Tendra et se rattache au Cheikh Mohammed Abd Er-Rahman ould Mohammed
Salem.
Un dernier nom à mentionner: Mohammed ould Taleb Ahmed, notable fort
écouté, et qui est un de ceux qui travaillèrent le plus à la réunion
des Brarka et des Oulad Sidi Ahmed.
Les Torkoz du Brakna honorent par leurs pèlerinages les tombeaux de
leurs ancêtres à Hemmal, Begguert, Mal et Kedouacha.
Ils sont considérés par les Abakak (Id Ou Aïch) comme leurs marabouts
cadis et professeurs. Les relations des deux tribus sont tout à fait
cordiales.