3.--_Vie religieuse._

Un nom domine la vie religieuse du Torkoz: Mrabet ould Sidi Mohammed

ould Mrabet Abd El-Fettah, tant par son prestige personnel que par

l'héritage acquis de son grand-père, un des grands pontifes de son

temps.

Mrabet Abd El-Fettah ould Taleb Ali (ould Mohammed ould Ahmed ould Amar

ould Eli Mbarek) remplit l'histoire religieuse des Torkoz et d'une

partie du Brakna pendant toute la première moitié du dix-neuvième

siècle. Il fut l'élève de deux grands maîtres: Sidi-l-Mokhtar, des Id

Abhoum (Oulad Biri); Cheikh Menni, des Tagat, l'ancêtre de la fraction

Ahel Menni. On lui doit la revivification de Diok et un exemple

précieux. Passant un jour à Diok. à 30 kilomètres environ au sud-est

de Moudjéria, au cours d'un de ses nombreux voyages dans le Brakna, il

affirma à ses compagnons de route qu'une inspiration divine lui faisait

connaître que ce lieu était béni du ciel et qu'il le choisissait pour y

vivre jusqu'à sa mort et que c'est là qu'il désirait voir s'élever son

tombeau.

Dieu ayant exaucé ses prières, il trouva de l'eau à 0 m. 50 en creusant

le sable brûlant. Puis il envoya quelques jeunes captifs, ses élèves,

chercher des plants de palmiers, qu'ils payèrent deux vaches aux Oulad

Sidi Haïb Allah, de Kçar el-Barka? (Tagant).

Sa plantation terminée, Mrabet ould Abd El-Fettah creusa quelques

puits de 8 mètres de profondeur; deux d'eau douce qui lui servirent

pour arroser ses palmiers et pour les besoins de sa famille, et deux

d'eau très légèrement salée pour ses chameaux. Mrabet, qui avait

déjà cinquante ans lorsqu'il s'installa à Diok, y mourait vingt-cinq

ans plus tard (vers 1840). Son tombeau, construit par son fils Sidi

Mohammed, se voit encore près de la palmeraie plantée par Mrabet. C'est

une simple construction en pierre et en banco. Il se trouve exactement

à Mouilah, près de Diok; il est l'œuvre de son fils Sidi Ahmed.

Pendant toute sa vie et les dix années qui suivirent, les palmiers

donnèrent une belle et abondante récolte de dattes. La production ayant

considérablement diminué, les habitants de Diok, courant de nombreux

risques de pillage de la part des Oulad Nacer, qui ravageaient le

pays et étant obligés de donner une large hospitalité aux guerriers

de passage, Cheikh Sidi Mohammed vers 1875, abandonna la propriété

paternelle. Toutefois, il continua de venir tous les ans faire la

récolte des dattes; mais les arbres laissés sans soin et d'autre part

abîmés par des troupeaux de singes, ne produisirent plus qu'une récolte

tous les deux ans.

Vers 1897, Mrabet ould Sidi Mohammed ould Fettah, partagea, pendant

six ans encore, la récolte avec son oncle Cheikh Mohammed. Puis la

palmeraie fut abandonnée complètement en 1903. Ayant appris qu'en

1908 un homme des Ghouareb avait récolté à Diok, dans la palmeraie

abandonnée, deux charges de chameau de dattes, Mrabet revendiqua ses

droits de propriétaire et paya à un Alaoui de Tijikja une pièce et

demie de guinée pour tailler et féconder les dattiers.

La palmeraie de Mrabet Abd El-Fettah qui fut partagée entre ses deux

fils, Sidi Mohammed et Cheikh Mohammed Ahmed, tous deux décédés,

comprend aujourd'hui deux propriétés distinctes: l'une appartenant à

Mrabet ould Sidi Mohammed, fils unique de Sidi Mohammed et l'autre aux

cinq fils de Cheikh Mohammed, dont l'aîné porte le nom d'Abd Es-Selam.

En outre, près de cette palmeraie, quelques dattiers ont été plantés

par les frères Brahim et Ahmed Djilani ould Dechar qui, par vénération

pour la mémoire de leur professeur se constituèrent les gardiens de son

tombeau même après le départ de ses fils.

La propriété de ces quelques dattiers a été contestée à l'unique fille

héritière de Brahim et de Ahmed, Douila ment Ahmed-Abd Allah par Mrabet

ould Sidi Mohammed. Ce dernier, en bas âge lors de la plantation des

dattiers, prétendit à sa majorité, que ces arbres ayant été placés dans

un domaine de sa famille sans autorisation, il les considérait comme sa

propriété. L'accord s'est fait aujourd'hui.

C'est ce Mrabet ould Sidi Mohammed ould Abd El-Fettah qui est

aujourd'hui le maître des destinées religieuses de la tribu. Né vers

1870 d'une mère hijajïa, il a fait ses études auprès de son père et

de Cheikh Mohammed Abd Allah ould Mohammed Mahmoud, dans Dieïdiba,

dont il est le disciple qadri, et de qui il a reçu les pouvoirs de

moqaddem. Il a fait sa soumission dès l'occupation du pays et n'a

jamais créé de difficultés. Son frère fut bien mis en prison, en mars

1911, pour opposition à l'élection du chef et lui-même ne fut peut-être

pas étranger aux intrigues du moment, mais il a, depuis ce temps, fait

oublier ce mauvais moment. Les nombreuses aumônes qu'il reçoit lui

ont procuré de grands biens, mais son hospitalité est large. Il est

le cadi écouté et le professeur d'enseignement supérieur de la tribu.

Ses élèves varient entre 30 et 50. A côté d'une majorité de Torkoz, on

y trouve des jeunes gens de plusieurs tribus voisines. Sa réputation

dépasse le Brakna et s'étend au Trarza, au Tagant et au Gorgol.

La plupart des Torkoz sont les disciples spirituels, dans la voie du

Qaderisme, de Mrabet; mais parmi les jeunes gens on voit certaines

dissidences se produire et se rallier à Cheikh Sidïa ou à Saad Bouh.

Le frère de Mrabet, Abd El-Fettah ould Sidi Mohammed, est aussi

un marabout de renom, mais plus occupé que son frère des choses

temporelles. C'est un professeur réputé, qui a fait ses études chez les

Tendra et se rattache au Cheikh Mohammed Abd Er-Rahman ould Mohammed

Salem.

Un dernier nom à mentionner: Mohammed ould Taleb Ahmed, notable fort

écouté, et qui est un de ceux qui travaillèrent le plus à la réunion

des Brarka et des Oulad Sidi Ahmed.

Les Torkoz du Brakna honorent par leurs pèlerinages les tombeaux de

leurs ancêtres à Hemmal, Begguert, Mal et Kedouacha.

Ils sont considérés par les Abakak (Id Ou Aïch) comme leurs marabouts

cadis et professeurs. Les relations des deux tribus sont tout à fait

cordiales.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 57 / 245 题