Les Torkoz se flattent généralement d'être d'origine arabe (Beni
Oummiya). Ils rattachent leur ancêtre éponyme Abd Er-Rahman _Rekkaz_ à
Oqba ben Nâfi, le conquérant de l'Afrique du Nord et l'aïeul revendiqué
par les Kounta. Voici sa chaîne généalogique: Rekkaz ould Bou Bakrin
ould Abd Allah ould Sidi Mohammed ould Sidi Salem ould Sidi Brahim ould
Sidi Othman ould Alioun ould Sidi Abd Allah ould Sidi Jaafer ould Salem
ould Oqba.
Une autre tradition, recueillie chez les tribus voisines et non déniée
par quelques Torkoz, leur donne une origine berbère. Les ancêtres des
Rakkaz, dit-elle, vinrent, par delà l'Adrar, du Sud marocain avec Bou
Bakar ben Omar (onzième siècle). Leurs descendants arrivèrent dans
le Sahara occidental, en même temps que les pères des Medlich et des
Id Ar-Zimbo. Par la suite, les Torkoz qui s'étaient créé de belles
palmeraies dans l'Adrar, en furent dépouillés puis furent chassés du
pays par les Smassid. Il en reste à peine quelques tentes dans l'Adrar.
Les Torkoz sont les cousins des Chleuh Rekakza et autres qui habitent
l'Oued Noun, où ils sont restés guerriers et à moitié sédentaires, et
également les cousins des Terkeïza, qui habitent l'oasis de Mreïbot,
près de Tindouf. Cette tradition se rapproche certainement de la vérité.
Rekkaz, _id est_ «le tapoteur» ainsi nommé parce qu'il portait toujours
un bâton avec lequel il frappait le sol, vivait au temps de l'imam
Hadrami, c'est-à-dire vers la fin du seizième siècle et le début du
dix-septième siècle. Cette date est bien déterminée par la tradition,
parce qu'elle fait de son fils Ahmed et de son petit-fils Berrek, les
chefs Torkoz pendant «la guerre de Boubbah» (dix-septième siècle).
Voici le tableau généalogique établissant la filiation ethnique de
toutes les fractions torkoz (Brakna, Tagant et même Hodh et Azaouad) à
l'égard de Rekkaz.
{ Ahel Bahmouda.
{ { Berrek, { Ida Ou Amar.
{ { père des { Helalma.
{ { Brarka (Aleg). { Ahel Hemid ould Boubah.
{ { { O. Eli Mbarek.
{ {
{ { { O. Sidi Bou Bakar.
{ { Sidi Ahmed, { O. Sidi Reguieg.
{ { père des { O. Sidi Ahmed Aleïa.
{ { Oulad Sidi { Ahel Bar (rares).
{ Ahmed. { Ahmed { O. Sidi Boussar.
{ { (Moudjéria). { O. Sidi Salé.
Abd { {
Er-Rahman, { { { Belahmar, ancêtre des
le Rekkaz. { { Abd Er-Rezzaq, { Oulad Belahmar (Tagant).
{ { père des Ahel { Renia, ancêtre des Id ag
{ { Abd Er-Rezzaq { Renia (Trarza).
{ { (Hodh.) { Talaba, père des Ahel
{ { (Regueïba). { Sidi-l-Mokhtar et des
{ { Ahel Tahel Ahmed.
{
{ Mohammed, père d'Ali Bou Ghareb, qui est l'ancêtre des
{ Ghouareb ou Lghouareb (Tagant).
{
{ Amar, père de Tiki, qui est l'ancêtre des Oulad
{ Tiki (Tagant).
Les premiers Torkoz arrivèrent dans le Brakna «vers le temps du
Cherr Boubbah, ou peu après», c'est-à-dire à la fin du dix-septième
siècle. C'est de là que date la scission de la tribu. Tribu à chameaux
jusque-là, les nouvelles conditions géographiques la transformèrent.
Les fractions du Tagant: Oulad Sidi Ahmed et Ghouareb, gardèrent leur
cheptel camelin. Les Brarka et quelques sous-fractions cousines qui
descendaient avec eux vers le sud et s'établissaient dans l'Aftout
devinrent propriétaires de bœufs. Les premiers furent longtemps les
plus riches. Mais, par la suite, les Brarka doublèrent leurs richesses
pastorales par le commerce et furent classés les plus fortunés des cinq
fractions.
Les Torkoz assurent qu'ils ne prirent pas part à la guerre de Boubbah,
n'étant arrivés dans le Sud que quelques années après la conclusion de
la paix. Mais les Tolba voisins placent leur arrivée avec la fin du
Cherr Boubbah, et disent formellement qu'ils prirent part au combat
final de Tin Yefdan. C'est de ce jour que daterait leur dispersion.
Ils durent, comme les autres tolba, se soumettre au payement d'une
horma, qui fut fort longtemps perçue par les Oulad Ahmed et les Oulad
Yahia ben Othman et les Ahel Soueïd Ahmed sur les fractions torkoz
ressortissant à leur autorité. Par la suite, leur état s'aggrava
de redevance envers les Ahel Soueïd Ahmed. Il est vrai qu'avec le
temps les Torkoz du Brakna ont pu se dégager de ces tributs, depuis
longtemps déjà en ce qui concerne les Oulad Ahmed, plus récemment pour
les Abakak, à qui, par transformation de la tradition, ils ne peuvent
encore aujourd'hui refuser, de temps en temps, de légers cadeaux. On
trouve, d'ailleurs encore, un certain nombre de tentes torkoz dans les
campements Abakak, à qui ils servent de tolba.
En résumé, il n'y a plus aujourd'hui dans le Brakna, en fait de Torkoz,
que la fraction Brarka. Les Oulad Sidi Ahmed, les Ghouareb et les Oulad
Tiki sont dans le Tagant; les Ahel Abd Er-Rezzaq se partagent entre le
Hodh et le Regueïba, le Tagant et le Trarza. Il y a même une fraction
torkoz de 10 tentes chez les Kounta de l'Azouad, dans la fraction
Regagda, sous-fraction des Ahel Sidi Ceddiq.
Les Oulad Sidi Ahmed ont vécu plusieurs années au Brakna, où ils
s'étaient réfugiés après la perte de leurs chameaux. Ils retournèrent
au Tagant, en 1911-1912, mais entendirent conserver l'usage des
pâturages du Sud, ce qui amena des conflits avec leurs cousins. Il y
eut des batailles sanglantes entre Oulad Sidi Ahmed, Ghouareb, que
les premiers voulaient empêcher de boire à Tindel, dans l'influent du
Gorgol et Brarka. Elle donna lieu aux sanctions suivantes des autorités
du Brakna et du Tagant.
1º Une amende de 500 francs, répartie entre les principaux membres de
la djemaa, a été infligée aux Oulad Ahmed;
2º D'après les mêmes dispositions, une amende de 300 francs a été
infligée aux Brarka;
3º Trois Oulad Ahmed, coupables d'avoir tiré sur les Brarka, ont été
punis de quinze jours de prison;
4º Les Torkoz ont été désarmés;
5º Leur tribu, sous le commandement de Sidina a été groupée dans un
rayon en rendant la surveillance facile pour le Commandant de Cercle;
6º Une dïa est payée par les coupables aux Brarka blessés. Elle a été
fixée, suivant les coutumes, à 340 pièces de guinée filature payables,
la moitié en mai et l'autre moitié en août.
Après entente avec le Tagant, la question de principe fut réglée
ainsi en 1914. Le Brakna, sauf la partie Est-Agan, et le Trarza:
Aguiert, Tin Yarech, Letfotar, sont interdits aux Oulad Sidi Ahmed.
D'autre part, défense est faite aux Brarka de dépasser la ligne
Ouezzan--Lmeïdja--Tindel.
Avec les Id ag Jemouella, les relations ont toujours été forts tendues.
Avant et depuis notre arrivés, de sanglants combats ont été livrés
entre ces deux tribus, et, jusqu'en 1915, où une répression sévère
intervint, et jusqu'en mai 1917 où cinq Abakak venus récolter de la
gomme et pillarder aussi sur le territoire torkoz et qui furent pris
pour des Id ag Jemouella, furent criblés de coups de feu et blessés
à coups de massue. Cette méprise n'eut pas d'autres suites que les
réparations accoutumées.