Le tableau généalogique ci-après, dégagé des branches collatérales,
permet de saisir d'un coup d'œil les origines des Brakna.
Hassan.
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Oudeï.
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Marfar.
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Othman.
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Omran.
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Heddaj.
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/ début du quinzième siècle). \
Barkenni, Terrouz,
ancêtre des Brakna. ancêtre des Trarza.
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Mellouk.
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Kerroum.
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Abd Al-Jebbar. Abd Allah, Al-Yatim,
____|___________ ancêtre des ancêtre des
| | _Oulad Abd Allah_. _Litama_
Mohammed, etc. Ahmed, (Gorgol
Biri, etc. ancêtre des et Assaba).
ancêtre des _Oulad Ahmed_.
_Oulad Biri_.
Au quinzième siècle, c'est-à-dire peu après l'arrivée des premiers
hassanes dans la haute Mauritanie, les fils de Heddaj: Barkenni et
Terrouz, qui conduisaient leur groupement d'envahisseurs, jusqu'alors
uni, durent se séparer à la suite de querelles intestines, nées à
propos de partage de butin.
Le groupe des fils et serviteurs de Barkenni, se développant au cours
du quinzième siècle, devait constituer le peuple Brakna, que nous
voyons apparaître à la fin du seizième siècle seulement. Les Trarza se
formaient de la même façon.
Trarza et Brakna dépouillent, comme il a été dit, les Oulad Mbarek de
leur suprématie et les repoussent vers l'est. Ils vont désormais et
jusqu'à nos jours rester chacun maître dans leur région.
Le quinzième siècle est approximativement rempli par les trois
générations: Barkenni, Mellouk fils de Barkenni, et Kerroum fils de
Mellouk, sur lesquels nous n'avons aucun renseignement.
Au début du seizième siècle, par les trois fils de Kerroum on voit se
constituer les tribus d'origine brakna: _a_) Abd Al-Jebbar donnera
naissance par son fils Ahmed aux _Oulad Ahmed_ et par son fils Biri
ould Mohammed aux _Oulad Biri_.
_b_) Abd Allah donnera naissance aux _Oulad Abd Allah_, qui sont les
seuls qui portent dans le langage courant des tribus le nom de Brakna.
_c_) Al-Yatim est l'ancêtre éponyme des _Litama_.
Il y a donc à l'heure actuelle quatre tribus véritablement brakna; les
Oulad Biri, les Oulad Ahmed, les Oulad Abd Allah, les Litama.
Les Oulad Biri habitent les confins du Trarza et du Brakna. Dans cette
marche neutre, ils ont subi l'influence des Trarza plus fortement
et sont, depuis un siècle, et sous notre régime même, compris dans
l'orbite trarza. Ils ont d'ailleurs versé dans le maraboutisme. Mais
ils n'ignorent pas leur origine brakna et à ce titre ont toujours
conservé avec ces tribus, et notamment avec les Oulad Ahmed, leurs
cousins plus immédiats, comme on le voit par le tableau précité, et
leurs voisins, des relations étroites de sympathie et d'alliance.
Les Litama ont appuyé vers l'est et, à demi assujettis par les Id Ou
Aïch, à demi fondus dans l'élément nègre, ils font aujourd'hui, sur les
bords du Sénégal et du Gorgol, figure de Zenaga.
Seuls les Oulad Abd Allah et les Oulad Ahmed sont restés vrais fils de
Barkenni, guerriers pillards, hassanes mécréants et chefs politiques du
pays à qui ils ont donné leur nom. Et encore seuls les Oulad Abd Allah
ont-ils conservé l'appellation de leur ancêtre éponyme, puisque seuls
ils sont dits «Brakna».
J'ai décrit dans mon «Émirat des Trarza», d'après le «Chiam az-Zouaïa»
les luttes engagées et menées à bien par les Brakna et Trarza contre
les Oulad Rizg, au début du dix-septième siècle. Les hassanes des
premières invasions furent soumis et asservis.
Les Zouaïa, qui avaient pour le moins soutenu les vaincus de leurs
sympathies, furent très affectés de leur défaite et, craignant des
représailles, eurent un moment la pensée de s'enfuir avec eux. Le
départ de l'Aroussi, le plus acharné de leurs ennemis, les rassura.
Ils restèrent donc, mais les discussions qui les agitèrent alors
provoquèrent un déclassement de tribus. Le «Chiam az-Zouaïa» donne la
liste de ces nouveaux groupements et, en ce qui concerne les Brakna,
signale que les Beni Iddan Abiaj, des Tachomcha, allèrent se joindre, à
cette date, aux Dieïdiba.
Les fils de Kerroum, qui, à la tête du groupement brakna et avec
l'assistance des Trarza, avaient réduit les Oulad Rizg, entendaient
bien chausser leurs bottes. Ils invitèrent donc les Berbères à
acquitter entre leurs mains les redevances coutumières. «Ceux-ci, dit
le «Chiam az-Zouaïa», mirent la plus tenace obstination dans leur refus
et finirent par avoir gain de cause.»
La chose paraît fort douteuse, mais ce qui est plus étrange encore,
c'est la prétention qu'affectent les Zouaïa d'avoir reçu des gages de
prix des hassanes. Al-Mokhtar, fils d'Abd Allah ben Kerroum, l'ancêtre
éponyme des Oulad Abd Allah (Brakna), était venu offrir un chameau
de choix à Al-Fadel (Sidi-l-Falli), fils de Mohammed ben Dîman. Il
fut rencontré par Ahmed ben Dâmân (Trarza), qui à sa vue s'empressa
de courir chez les siens et leur fit comprendre qu'il valait mieux
faire des cadeaux aux Zouaïa que de prélever sur eux des tributs. A la
suite de ce discours, les Oulad Dâmân se précipitèrent chez les Zouaïa
avec tellement de rapidité, qu'ils devancèrent les Oulad Abd Allah et
purent effectuer avant ceux-ci la remise de leurs présents. Le «Chiam
az-Zouaïa» ne manque pas de tirer la morale de ce récit: «Ce sont ces
bons procédés qui sont la cause de la situation élevée que les Oulad
Dâmân ont conservée jusqu'à ce jour: il leur faut donc honorer les
descendants de Sid Al-Fadel.»
Il n'est pas impossible que les Brakna, comme les Trarza, aient fait
des cadeaux aux Zouaïa. La chose se passe encore de nos jours entre
deux pillages de campements tolba. Mais il est à croire que les
hassanes continuaient, malgré toute l'obstination des Berbères, à
prélever sur eux le tribut. On en trouvera la confirmation dans la
haine que Sid Al-Fadel, qui paraît avoir été à ce moment le personnage
maraboutique le plus en vue des Zouaïa, portait aux hassanes. «Je hais
les Merafra, disait-il; car ils extermineront mes descendants. Une
guerre terrible doit incessamment éclater entre eux.»
La prédiction n'allait pas tarder à se réaliser. Sid Al-Fadel
comprenait bien que les deux peuples arabes et berbères ne pouvaient
vivre ainsi sur le pied d'égalité, et puisque les Berbères,--son
peuple,--ne voulaient pas assurer leur défense, les armes à la main, il
fallait qu'ils s'inclinassent devant les guerriers.
Le «Chiam az-Zouaïa» signale un dernier trait: Sid Brahim, le chef
des Aroussiïn, n'avait pas abdiqué toute prétention sur les Zouaïa.
Du nord où il campait, il envoya un jour son fils Al-Habib, à la tête
d'une forte bande, prélever le tribut auquel il croyait avoir droit.
Les Zouaïa concentrèrent leur force à Tin Goufanin; mais plus confiants
dans la ruse que dans la force, ils demandèrent conseil à Lamin, fils
de Barik Allah. Ils lui promirent par tente un tribut d'une livre de
grain (moudd) et d'une mesure de beurre fondu, s'il les débarrassait
des hassanes. Le marabout prit quatre piquets, récita sur chaque piquet
un verset du Coran, et les planta aux quatre coins du rassemblement
tachomcha. Après quoi il ordonna aux jeunes gens d'aller galoper autour
de l'ennemi, cependant que l'un d'eux: Abd Allah ould Kadda, des Id
ag Jemouella, doué d'un organe sonore, poussait des commandements
retentissants, auxquels la troupe répondait par des acclamations
prolongées.
Il paraît que ce spectacle impressionna tellement les Aroussiïn, qu'ils
levèrent le camp et se retirèrent en fuyards.