LA DOMINATION DES OULAD MBAREK

(XVIe SIÈCLE)

Pendant que les Oulad Rizg faisaient sentir leur prépondérance, une

autre branche, issue également d'Oudeï, se multipliait et allait

conquérir, vers la fin du quinzième siècle, la suprématie politique.

Il s'agit des Merafra, ainsi nommés parce qu'ils descendent de Marfar,

fils d'Oudeï, et frère par conséquent de Rizg et de Daoud.

Ces Merafra n'ont pas laissé un souvenir trop abhorré. Leur nom, passé

dans le langage courant, est synonyme aujourd'hui, chez les Tolba, de

«guerriers valeureux et relativement honnêtes».

Ils se présentent, dès le premier jour, sous la forme de deux bandes:

l'une composée de la famille et des amis et fidèles de Mohammed, fils

d'Omran, fils d'Othman, fils de Marfar. Ce sont les Oulad Mbarek.

L'autre composée des familles, amis et fidèles du frère de Mohammed,

le nommé Heddaj, fils d'Omran, fils d'Othman, fils de Marfar. Cette

dernière bande, commandée par les trois fils d'Heddaj: Terrouz,

Barkenni et Khaou, est encore immobilisée par les dissensions

intestines. Elle n'apparaîtra définitivement constituée en corps de

tribus, sous le nom de Trarza, Brakna et Khouaouat, qu'un siècle plus

tard, c'est-à-dire vers la fin du seizième siècle.

Au commencement de ce seizième siècle donc, la suprématie du Tiris

passe aux Oulad Mbarek. Ce n'est probablement pas sans résistance que

leurs cousins Oulad Rizg leur cédèrent la place. Ni l'histoire ni la

tradition n'en ont conservé le souvenir, de même qu'elles ne font pas

connaître si ces bandes de Merafra arrivaient alors en Mauritanie

en envahisseurs, ou si, venus un siècle plus tôt avec les premiers

hassanes, elles avaient crû et s'étaient formées sur les lieux mêmes.

De la domination des Oulad Mbarek pendant le seizième siècle, la

tradition zouaïa ne nous cite que quelques faits, visant naturellement

l'oppression qu'ils faisaient subir aux marabouts.

Je n'y reviendrai pas, en ayant fait le récit dans «L'Émirat des

Trarza».

Les Oulad Mbarek allaient passer, à la fin du seizième siècle,

au second plan de la scène politique du Tiris, en attendant que,

quelques années plus tard, ils émigrassent vers le Hodh, où ils

constituent aujourd'hui la tribu que l'on connaît. Cette chute

paraît résulter des intrigues et des ruses des zouaïa exaspérés qui

surent mettre aux prises le groupement des Oulad Mbarek et celui des

Trarza-Brakna-Khouaouat.

Les Yaqoubïïn, c'est-à-dire les deux actuelles tribus tachomcha:

Id Eqouïb et Ahel Barik Allah (Trarza), alors campés à Tin Mejouk,

allaient amener le dénouement en refusant de payer leur tribut. Ahmed

Doula, leur chef, dont la famille existe toujours, vint faire part à

Oudeïk, chef des Oulad Mbarek, de la décision de la tribu. Le «Chauve»,

surnom d'Oudeïk, prit aussitôt ses dispositions pour razzier les

rebelles. Ceux-ci, qui regrettaient leur attitude de révoltés, ainsi

qu'il résulte des paroles que leur adressa Ahmed Doula: «Mes discours

à Oudeïk nous ont grandement nui», s'étaient groupés autour du saint

vénéré, Habib Allah ben Yaqoub, et lui demandèrent le secours de ses

prières. C'est alors que l'on apprit l'attaque imminente du camp

d'Oudeïk par les guerriers Brakna: les Oulad zenaguïa. Oudeïk, qui

était précisément l'hôte du faqih Habib Allah, lui confia ses bagages

et partit au secours des siens. Le combat se livra à Aguiert; et Oudeïk

y fut tué par Al-Ograïra ben Al-Afna, dont la famille vit toujours dans

sa tribu des Oulad Abd Allah (Brakna). Les Zouaïa étaient sauvés.

Le faqih Habib Allah, qui est manifestement l'artisan de cette heureuse

diversion, n'eut garde d'oublier de renvoyer à la famille d'Oudeïk les

bagages qu'il avait en dépôt. Quant à la femme d'Oudeïk, Kartoufa,

à l'annonce de la mort de son mari, elle monta à son campement d'In

Saraïer sur un taïchot (balanites cogytiaca) et fit entendre sans trève

des gémissements. L'arbre en a gardé le souvenir, et fut dès lors

appelé le «Tichtaïa de Kartoufa».

Les Oulad Mbarek disparaissent de Mauritanie à la fin du seizième

siècle, et c'est à ce moment que s'élèvent les Trarza-Brakna dans la

région, qui depuis a porté leur nom.

Études sur l'Islam et les tribus Maures: Les Brakna · 第 14 / 245 题