EMPORTANT IN ENFANT.

Un aéronaute, M. Kirsch, avait annoncé à Nantes une ascension pour le

dimanche 16 juillet dernier. Une foule immense était réunie sur la

promenade, de la Fosse; mais le ballon, par suite de la rupture de la

corde qui le retenait attaché à deux mâts, s'éleva tout à coup, traînant

après lui la nacelle attachée par un de ses côtés seulement, et la corde

de sauvetage terminée par son grappin comme ancre de salut. Ce grappin,

balayant ainsi le pavé, rencontre sur son passage un enfant âgé de douze

ans et demi, nommé Guérin, apprenti charron, qui cherchait alors à fuir;

il le saisit par son pantalon de laine, qu'il crève au-dessus du genou

gauche pour sortir par le flanc droit, en opérant en outre une large

solution de continuité dans la direction transversale du ventre.

Ainsi cramponné et traîné quelques instants avant de perdre pied,

l'enfant ne se doute pas encore du sort qui l'attend; cependant, par un

mouvement instinctif, il s'empare à deux mains de la corde, et,

solidement établi dans cette position, comme s'il s'y fût préparé à

l'avance et avec connaissance de cause, il est lancé dans les airs à 500

mètres au-dessus du sol, au grand effroi de la foule. Une catastrophe

affreuse semblait inévitable. Par un hasard providentiel, le ballon est

tombé dans une prairie, à peu de distance de la ville, et l'enfant est

sorti sain et sauf de cette terrible épreuve. Reconduit aussitôt à sa

mère, qui ignorait tout encore, voici les détails qu'il a donnés sur les

diverses sensations qu'il avait éprouvées pendant cette ascension

improvisée.

Sa première pensée fut de faire une invocation à Dieu pour sa petite

soeur et pour lui-même; ensuite il appela à grands cris à son secours;

il n'éprouvait ni vertiges ni éblouissements. Jetant les yeux sur la

terre, il se rendait compte de ce qui se passait, remarquant bien que la

foule, qui lui faisait l'effet d'une fourmilière, suivait le ballon et

paraissait se diriger vers le lieu présumé de la chute.

Sans avoir sérieusement réfléchi que la mort le touchait de bien près,

il avoue cependant avoir été vivement préoccupé de la crainte de tomber

sur une maison ou dans la Loire. Dans cette double hypothèse, sa

préférence était pour la rivière, pensant avec juste raison y trouver

plus de chances de salut. En regardant tour à tour la terre et le

ballon, il voyait les maisons de la grosseur de son doigt, dit-il, et la

ville de Nantes réunie en un seul point.

A la vue du ballon qui perdait de sa tension et semblait lui annoncer

une prompte délivrance, il sentait son courage se ranimer; mais en même

temps que la descente s'opérait, il tournait sur lui-même et voyait tout

tourner au-dessous de lui.

Enfin, sur le point de toucher la terre, l'incertitude sur la manière

dont s'opérerait sa chute a réveillé ses craintes, et, apercevant dans

la prairie attenant à la propriété de Beau-Séjour plusieurs personnes

près d'une meule de foin, il leur cria: «A moi, mes amis! sauvez-moi, je

suis perdu!» On lui répondit: «N'aie pas peur; tu es sauvé.»

[Illustration: Ascension forcée du jeune Guérin, à Nantes, le dimanche

16 juillet.]

En effet, deux hommes accourus immédiatement l'ont reçu dans leurs bras;

et aussitôt le jeune Guérin leur demanda à être conduit chez un de ses

cousins demeurant près du pont de la Madeleine.

Sa santé n'a pas été altérée. Il a seulement été très-agité pendant la

nuit qui a suivi l'événement: il se figurait encore voyager dans son

ballon à travers les airs, et appelait sa mère à son secours.

Rébus.

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS: Mademoiselle Lenormand est décédée dans un

âge très-avancé.

[Illustration: UNE IMPRUDENCE. (Nouveau rébus.)]

L'Illustration, No. 0022, 29 Juillet 1843 · 第 16 / 16 题