Le père de Benvenuto, le destinant au métier d'orfévre, qui tenait à
l'art de la sculpture par la ciselure, le plaça bientôt après chez un
charbonnier, père du fameux statuaire Bandinello. Mécontent de cet
hôte avare et commun, il l'en retire presque aussitôt, et le garde
chez lui jusqu'à quinze ans, sans lui enseigner autre chose que la
flûte.
Il entre alors chez un fameux orfévre du nom de Marioni, comme ouvrier
sans gages. Son génie naturel ayant trouvé là sa vraie voie, il
déborda spontanément de facilité, de grâce et de force. «Cependant,
dit-il, je ne manquai pas de me rendre agréable à mon père, en jouant
pour lui tantôt de la flûte, tantôt du cor, ce qui lui arrachait des
soupirs et des larmes.»
Banni de Florence par un arrêt du conseil des _Huit_, pour six mois,
pour avoir porté secours à un de ses frères qui servait dans l'armée,
il alla chercher fortune à Sienne chez un ancien ami de son père, M.
Custeri; le cardinal de _Médicis_, depuis Clément VII, le voit, le
reconnaît et l'envoie à Bologne pour étudier la grande orfévrerie
artistique chez l'un, la flûte chez un autre. Il y gagna quelque
argent et apprit à dessiner chez le fameux peintre Scipion Cavaletti.
Son bannissement expiré, il revint à Florence et chez son père, désolé
de son abandon de la flûte. Il finit cependant par le fléchir, et put
obtenir de son père qu'on le laisserait aller dessiner chez un fameux
bijoutier Henri Pierino.--Et moi aussi, lui dit son vieux père en le
conduisant chez Pierino;
«Moi aussi, me répondit mon père, j'ai été un bon dessinateur; mais
pour l'amour de moi, qui suis ton père, qui t'ai mis au monde, qui
t'ai nourri, élevé dans les arts et dans tous les principes de la
vertu, ne voudras-tu pas, mon cher fils, prendre quelquefois ton cor
et ta flûte, pour me récompenser de toutes mes peines, et charmer les
derniers instants de ma vie? Très-volontiers, lui dis-je. Hé bien,
voilà, reprit-il, mon cher fils, comme je veux que tu me venges de
tous mes ennemis!»