Puis il parla, disant des mots longtemps pensés
Où, tel qu'un faucon, l'aile alourdie par l'orage,
Son âme luttait, voulant dompter l'amer pouvoir.
Il parla, murmurant des mots longtemps pensés:
--«C'est l'amer pouvoir dont tu m'ensorcelles,
Pliant mon vouloir à ta volonté,
Qui régit les rêves de mon lourd sommeil,
Et les heures brèves des brèves journées,
Toutes les minutes de mes heures brèves
Et l'insaisissable instant, trépassé;
Amer et pourtant d'une douceur telle
Que rien n'en rappelle la suavité,
Car les forts anneaux de la double chaîne,
Ce sont les baisers que ta bouche martèle.»
V
Et ses yeux dévoraient déjà les larges lèvres
Qu'un Dieu semble avoir faites exprès pour le baiser;
Il se plut à redire tout haut cette pensée,
Et ses yeux dévoraient déjà les larges lèvres.
La divine harmonie de leurs désirs unis
Absorba le murmure mourant des autres phrases;
A peine songeaient-ils, buvant à pleines lèvres
La divine harmonie de leurs désirs unis.