7 avril 1887.

NOTE

ÉCRITE LE 14 AVRIL 1887.

De ces minutes d'ineffable et profonde joie, première caresse rendue,

premiers abandons, premières étreintes, doux et crucifiants émois du

désir; de ces minutes telles que de les avoir senties c'est avoir vécu

et senti la passion; de ces minutes dont il est vain de vouloir rendre

le charme surhumain, la plus pénétrante, au souvenir, c'est celle où je

sentis sur mon front pâli par le désir s'appuyer sa main tiède...

Les mots sont faibles et plient sous le poids. Rien de tel ne fut

jamais exprimé par aucun poète...

Et celle qui me fit sentir cela--qui sans se donner fut à moi de

désir--celle-là est l'inoubliable, celle qui à jamais sera aimée--Tout

s'efface de ce qui faisait le vague intérêt de la vie--et un point

reste: elle.

Il semble qu'on puisse prendre tout en patience, pourvu qu'elle vienne.

Tout peut passer, pourvu qu'elle demeure.

Banalité toute écriture--La passion s'écrit dans le sang, dans la

chair--et quel dieu est en vous quand on aime ainsi!

Lettres à Sixtine · 第 11 / 54 题