Voici donc les correspondances centralisées à la recette principale, qui
les joint à son tour à celles qu'elle a recueillies dans ses boîtes. Des
services différents vont être chargés d'en assurer l'expédition ou la
distribution.
[Illustration: Le mess de l'hôtel des Postes.]
Le service de la distribution dans Paris est, de tous, le plus vivant,
le plus pittoresque. La photographie même donne une bien pâle idée de
l'animation endiablée qui y règne pendant une demi-heure, de 6 h. 1/2 à
7 heures, pendant la période de préparation de la distribution du matin,
la plus forte de la journée. Ce labeur précipité et silencieux, dans
cette haute salle aux élégantes membrures de fer, est extraordinairement
impressionnant.
Au point de vue de la distribution, Paris est divisé en deux zones: une,
desservie par la recette principale, comprend le vieux Paris, les onze
arrondissements du centre; la seconde, desservie par neuf bureaux
centraux--un par arrondissement--comprend la zone annexée, la
périphérie.
Mais l'ancien Paris, lui-même, se subdivise en onze rayons ne présentant
d'ailleurs aucune concordance avec les onze arrondissements, car on a
cherché surtout, en vue de la bonne exécution du service, à égaliser
autant que possible le travail entre les rayons. Ce sont, en somme, onze
bureaux autonomes réunis dans le même établissement. A chacun correspond
en quelque sorte une case, une division de l'immense hall. Toutes ces
divisions sont semblables: une série de hauts casiers à parois de verre
où les lettres, d'abord, au cours d'un premier tri à l'arrivée, classées
par rayons, sont classées maintenant par _quartiers_ comprenant chacun
un certain nombre de rues et desservis chacun par quatre brigades de
facteurs de lettres et trois de facteurs d'imprimés. Chaque facteur
prend, dans les casiers de verre étiquetés, son lot de lettres qu'il
classe à son tour sur une table, par rues, suivant son itinéraire. Au
premier coup de 7 heures, c'est un hourvari terrible: «Ficelons!
Ficelons! Dépêchons!» répètent les voix des chefs de service, et en un
clin d'oeil la salle, si grouillante tout à l'heure, est vide. Tandis
que les facteurs ont gagné les grands omnibus qui doivent les déposer
chacun dans son quartier, le personnel qui reste à l'hôtel s'en va vers
la petite cantine coopérative, ou vers le «chauffoir» où quelque facteur
adroit, ancien coiffeur du régiment, rase pour un prix minime, coupe les
cheveux des camarades. Et sept fois par jour la salle se remplit de
nouveau, s'anime un moment du bruissement des papiers hâtivement maniés,
puis retombe dans le silence.
[Illustration: Entre deux tournées: un coiffeur du «chauffoir».]
Au service du départ, ce même travail de classement s'effectue en sens
inverse. Le personnel des _trieurs_ sépare les correspondances--lettres
ou imprimés--par destination dans des casiers de verre tout pareils à
ceux de la distribution, où les _releveurs_ viennent les prendre pour
les mettre dans des sacs et en former des _dépêches_. S'il s'agit de la
province ou de l'étranger, on fera une dépêche de tout ce qui doit
prendre la même direction, être confié au même _ambulant_. Par des
glissières en spirale, sortes de toboggans traversant de haut en bas
tout l'hôtel, on laisse descendre les dépêches bien closes et cachetées,
et les employés préposés aux fourgons les recueillent au
rez-de-chaussée.
Et un chiffre donnera une idée de ce mouvement de dépêches: 30.000 sacs
environ sont manipulés chaque jour, déposés vides, puis triés dans la
cour de l'hôtel, en un tas où se mêlent aux sacs gris du service
français les sacs rayés ou bariolés des divers offices postaux du monde,
enfin, remplis et réexpédiés. Le service des bureaux ambulants, qui fait
circuler à travers la France, vers les frontières ou les paquebots,
toutes ces lettres, tous ces plis, est l'un des plus pénibles qui soient
et l'un des plus chargés.
[Illustration: Au pied des glissières: la dernière étape d'une lettre à
la recette principale.]
[Illustration: A l'heure de la distribution: les omnibus des facteurs.]