Ce prince n'avait d'autre passion que de rendre ses peuples heureux:
il l'était lui-même, lorsqu'il trouvait occasion d'user de clémence.
Un sénateur d'Antioche, qui aimait à donner de magnifiques repas,
raconta un jour devant un grand nombre de convives, des songes qui ne
lui promettaient rien moins que l'empire. Quoiqu'il affectât d'en rire
le premier, on sentit qu'il était la dupe de ces visions frivoles.
Les parasites firent leur devoir; ce fut de le flatter d'abord et
de l'accuser ensuite. Il était perdu s'il eût vécu sous le règne de
Constance ou de Valens. Les juges se piquaient d'un zèle impitoyable;
ils faisaient de cette extravagance une affaire d'état. Tous les
convives, excepté les délateurs, étaient traités de complices. Il y
en avait déja deux condamnés à l'exil; plusieurs avaient souffert la
question. Le secrétaire de Libanius fut accusé entre les autres; on
prouva qu'il était mort avant le festin dont on faisait tant de bruit:
il n'en fallut pas moins pour arrêter les informations déja commencées.
Théodose fit cesser et cassa toute cette procédure. Ne punissant
qu'à regret les crimes réels, il était bien éloigné de s'engager à
poursuivre ceux qui n'étaient qu'imaginaires.
[Note latérale: XV.
Lois de Théodose.
Cod. Th. l. 2, tit. 33, leg. 2, l. 9, tit. 34, leg. 9, tit. 44, leg. 1,
et l. 14, tit. 12, leg. unic. et ibi God.]
Toujours prêt à pardonner les attentats contre sa personne,
il punissait sévèrement les atteintes portées à l'honneur des
particuliers. Il ordonna que ceux entre les mains de qui tomberait
un libelle diffamatoire, eussent à le déchirer sur-le-champ, leur
défendant d'en réciter à personne le contenu, et soumettant à la même
peine et celui qui l'aurait composé et celui qui l'aurait communiqué,
à moins qu'il n'en déclarât l'auteur. Pour donner plus d'éclat à la
ville de Constantinople, il voulut que tous ceux qui étaient revêtus
de dignités civiles ou militaires, ne parussent en public que sur des
chars attelés de deux chevaux: les magistrats du premier ordre, tels
que les préfets du prétoire et ceux de la ville, avaient des chars
à quatre chevaux; car, selon une louable discipline établie dès le
temps de la république, il n'était pas libre aux particuliers de se
distinguer par la pompe des équipages: c'était le rang et non pas la
fortune qui permettait l'usage des voitures d'appareil. Les statues
des princes étaient un asyle: ceux qui redoutaient la violence et
l'injustice, trouvaient leur sûreté dans l'enceinte où ces statues
étaient placées; mais il arrivait que certaines gens s'y réfugiaient
par malice et par affectation de terreur, afin de rendre odieuses les
personnes par qui ils se prétendaient menacés. Théodose ordonna que
ceux qui auraient recours à ces asyles y demeureraient pendant dix
jours; que durant cet intervalle on ne pourrait les en arracher, et
qu'ils n'auraient pas eux-mêmes la liberté de s'en écarter; qu'après
l'examen des motifs de leur crainte, si elle se trouvait bien fondée,
les lois prendraient leur défense; au lieu qu'ils seraient punis si
leur alarme prétendue n'était qu'un artifice et un effet de malignité.
Constantin avait mis un frein à l'avarice; mais cette passion, qui
veille sans cesse pour se dérober à la contrainte des lois, avait
franchi ses barrières. Les usures étaient devenues arbitraires.
Théodose se contenta de les renfermer dans leurs anciennes bornes, qui
n'étaient que trop étendues. Il permit l'intérêt à douze pour cent par
année, et condamna les usuriers à rendre le quadruple de ce qu'ils
exigeraient au-delà. La loi de l'Évangile n'avait pas encore en ce
point pris le dessus sur les anciennes lois romaines.
[Note latérale: AN 387.