Leur défaite.]

On avait choisi une nuit où la lune ne donnait pas de lumière.

L'obscurité semblait favorable aux barbares pour dérober le passage;

elle l'était encore plus à Promotus, pour leur cacher ses mouvements.

Lorsque cette nuit fut arrivée, les ennemis jettent dans des canots

faits d'un seul arbre ce qu'ils avaient de plus braves soldats;

ceux-ci devaient descendre les premiers, et égorger les Romains,

qu'ils s'attendaient à trouver endormis. Ils font ensuite embarquer

les autres, afin de soutenir leurs camarades. Ils laissent sur le

bord les gens inutiles au combat, femmes, vieillards, enfants, qui ne

devaient passer qu'après le succès. Cependant Promotus, instruit de

ces dispositions, se préparait à les recevoir. Ayant rassemblé les

jours précédents un très-grand nombre de grosses barques, il les rangea

sur trois lignes; et quoiqu'il ne laissât entre elles qu'un médiocre

intervalle, il en eut assez pour border le fleuve dans l'espace de

vingt stades, c'est-à-dire de deux mille cinq cents pas. On observait

un grand silence, et la largeur du fleuve empêchait les ennemis

d'entendre le bruit des barques et des rames. Lorsque tout fut prêt du

côté des Romains, Promotus fit donner le signal dont ses émissaires

étaient convenus avec les barbares, pour leur indiquer le moment du

passage. Les Gruthonges font aussitôt force de rames, et s'avancent

avec impatience comme à une victoire assurée. Au même instant, les deux

premières lignes des barques Romaines se détachent afin d'envelopper

les ennemis. Celles qui sont au-dessous s'étendent dans toute la

largeur du fleuve pour former une barrière; les autres, aidées par

le courant, descendent avec impétuosité. Fort supérieures aux canots

des barbares par leur élévation, par leur masse et par le nombre des

rameurs, elles les heurtent, les renversent, les brisent, les coulent

à fond. La plupart des Gruthonges sont entraînés au fond des eaux par

le poids de leurs armes. Ceux qui traversent le fleuve sont arrêtés par

la troisième ligne des barques qui bordent la terre; ils y trouvent la

mort. En peu de temps, le Danube n'est plus couvert que de cadavres et

de débris[633]. Jamais combat naval ne coûta tant de sang. Odothée y

perdit la vie[634].

[Note 633: Il semble par la manière dont s'exprime Claudien, en

rapportant v. 632, la mort du chef des Ostrogoths, que ce chef avait

été tué par Théodose lui-même; les dépouilles opimes dont il parle,

désignent toujours la victoire remportée dans un combat singulier

contre un chef ennemi.

Confessusque parens Odothœi regis opima

Rettulit, exuviasque tibi.

--S.-M.]

[Note 634:

Submersæ sedere rates; fluitantia nunquam

Largius Arctoos pavere cadavera pisces;

Corporibus premitur Peuce; per quinque recurrens

Ostia barbaricos vix egerit unda cruores.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 256 / 388 题