Synes. de regno. p. 25 et 26.]

Ce n'était pas pour eux une retraite plus assurée. Le voisinage des

Huns, qui les avait obligés sous le règne de Valens de quitter leurs

demeures, les tenait dans de continuelles alarmes; et ce peuple

malheureux, ne pouvant ni rester tranquillement dans son pays, ni en

sortir impunément, courait risque d'être entièrement détruit. Théodose

crut pouvoir profiter de leur embarras pour le bien de l'empire. La

Thrace et la Mésie étaient tellement désolées que, sans une colonie

étrangère, il fallait plusieurs siècles pour les repeupler. Les Goths

étaient affaiblis; leurs défaites, leurs victoires mêmes leur avaient

coûté une partie de leur nation; sans compter ceux qui, s'étant

détachés de leurs compatriotes, s'étaient déjà donnés à l'empire.

Théodose pensa qu'ils n'avaient plus assez de forces pour être de

redoutables ennemis, mais qu'il leur en restait assez pour devenir

des sujets utiles. Dans ces circonstances, il leur envoya Saturninus,

au commencement de l'année dans laquelle Antoine était consul avec

Syagrius. Différent de celui que nous avons vu dans le consulat l'année

précédente, Saturninus était propre à cette négociation: parvenu par

son mérite aux premiers emplois militaires, il ne pouvait manquer

d'être agréable à une nation guerrière qui n'estimait que la valeur. Il

connaissait les Goths, contre lesquels il avait servi dans toutes les

guerres, et il en était connu. Il ne se pressa pas de terminer cette

importante affaire. Il leur fit entendre à loisir _que la clémence

de l'empereur leur tendait les bras; qu'il voulait bien oublier les

violences passées; qu'il ne tenait qu'à eux de trouver un asile assuré

dans le pays même qu'ils avaient d'abord ravagé, et ensuite inondé

de leur propre sang, pourvu qu'ils se consacrassent sincèrement au

service de l'empire: que s'ils étaient assez sages pour embrasser

ce parti, ils auraient à se féliciter de leurs défaites, puisque le

vainqueur leur accordait ce que n'avaient pu leur procurer des succès

passagers, dont ils avaient été assez punis_. Les Goths écoutèrent ces

propositions. Leurs chefs suivirent Saturninus à Constantinople, où

étant arrivés le 3 d'octobre, ils se prosternèrent devant l'empereur,

lui demandèrent grâce, et lui promirent une inviolable fidélité.

Théodose permit à toute la nation de s'établir dans la Thrace et dans

la Mésie. Elle y répara les maux qu'elle y avait causés; les campagnes

furent ensemencées et se couvrirent de moissons: les villages se

relevèrent de leurs ruines, et les bords du Danube recouvrèrent leur

ancienne fertilité. Un grand nombre de Goths prit des établissements

à Constantinople, et du service dans les armées. Si l'on en juge par

l'événement, cette politique de Théodose n'est pas exempte de censure.

Il est vrai que les conjonctures n'étaient pas les mêmes que du temps

de Valens: aussi, tant que Théodose vécut, les Goths se tinrent dans

les bornes de la soumission; mais la faiblesse de ses successeurs

réveilla leur haine qui n'était qu'assoupie. Théodose les laissa réunis

dans le même pays; ceux qui servaient dans ses troupes formaient un

corps à part sous des chefs de leur nation. Cette distinction les

empêcha de s'incorporer aux autres sujets; bientôt ils s'en séparèrent

et excitèrent de nouveaux troubles. Théodose était sans doute assuré

de les contenir tant qu'il vivrait; mais un prince bon et prudent porte

ses vues au-delà des bornes de sa vie; il écarte les dangers les plus

éloignés; il prépare des jours heureux à ses successeurs et à leurs

sujets. C'est par les effets de cette prévoyance paternelle qu'on peut

dire qu'il règne encore sur la postérité.

[Note latérale: XXXVIII.

Divers effets de la clémence de Théodose.

Liban. or. 14, t. 2, p. 394 et 403; or. 15, p. 410.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 173 / 388 题