Le premier soin de ce guerrier actif et vigilant, fut d'assembler des
troupes pour chasser les Barbares hors de la Thrace[414]. Il en avait
battu l'année précédente un corps très-nombreux; mais il en restait
encore la plus grande partie, divisée en plusieurs détachements, qui
continuaient de ravager la province. Théodose rappela les soldats
dispersés après la défaite de Valens; et, par la sévérité de la
discipline, qu'il sut tempérer de douceur et de largesses faites à
propos, il fit renaître leur ancien courage. Il rassura les habitants
des campagnes; et de timides fugitifs, il en fit des soldats qui ne
respiraient que vengeance. Il enrôla surtout ceux qui travaillaient
aux mines, gens endurcis aux plus rudes travaux. Cette armée, séparée
en divers corps, donna la chasse aux Barbares, et les resserra vers
les bords du Danube. Il se livra plusieurs sanglants combats, dont
les écrivains du temps ne détaillent aucune circonstance[415].
Ils nous apprennent seulement que, le 17 de novembre, on reçut à
Constantinople la nouvelle d'une grande victoire remportée sur les
Goths, les Huns et les Alains. Une partie de ces nations repassa le
fleuve avec Fritigerne, Alathée et Saphrax; ceux qui restèrent en
Thrace se soumirent à l'empire, et donnèrent des ôtages. Stilichon
commença de se signaler dans cette guerre[416]. On croit que ce fut
dans une des rencontres qui furent fréquentes pendant cette campagne,
que le fameux Alaric, encore jeune alors, et chef d'un détachement de
l'armée de Fritigerne, surprit Théodose et l'enferma sur les bords de
l'Hèbre[417]; mais on ne dit point par quel moyen l'empereur se tira de
ce péril.
[Note 414: Les lois de cette année nous font voir que Théodose
était encore à Thessalonique le 17 juin. On le trouve le 7 juillet à
Scupi et le 10 août, dans un lieu dont la position est inconnue, mais
qui s'appelait le bourg d'Auguste, _Vicus Augusti_.--S.-M.]
[Note 415: C'est une remarque qu'on ne doit pas perdre de vue en
lisant ce qui concerne Théodose. Il ne reste aucun auteur original qui
le fasse connaître. La grande lumière jetée par Ammien Marcellin sur
l'histoire de l'empire romain, cesse au règne de Théodose. Il faut
se contenter alors du témoignage suspect de Zosime, et des faibles
indications de quelques obscurs annalistes.--S.-M.]
[Note 416:
Haud aliter Stilicho, fremuit cum Thracia belli
Tempestas, cunctis pariter cedentibus, unus
Eligitur ductor.......