Till. Grat. art. 9.]

L'empire ne s'était jamais vu si près de sa perte. Les Barbares

septentrionaux, arrêtés jusqu'alors par le Danube, avaient franchi

cette barrière. La Thrace, la Dacie, l'Illyrie n'étaient couvertes

que de sang et de cendres. Les Francs, les Allemands, les Suèves, et

les autres nations germaniques murmuraient au-delà du Rhin: ils se

préparaient à s'emparer de la Gaule, qui leur avait déjà coûté tant

d'efforts, et dont la conquête irritait toujours leurs désirs[407].

Les Ibériens, les Arméniens[408], les Perses menaçaient les bords du

Tigre et de l'Euphrate[409]. Il semblait que le moment était arrivé, où

l'univers vaincu par les Romains allait rompre ses fers et enchaîner

ses anciens maîtres. Gratien, âgé de vingt ans, ne pouvait trouver

assez de ressources ni en lui-même, ni dans un enfant tel que son frère

Valentinien, qui entrait dans sa huitième année. Il avait besoin d'un

bras puissant, qui l'aidât à soutenir un fardeau prêt à l'accabler.

Il eut assez de sagesse pour le sentir, et de force d'esprit pour le

déclarer. Nul autre motif que l'intérêt public ne le détermina dans son

choix. Il jeta les yeux sur Théodose, âgé pour lors de trente-trois

ans, et qui joignait à la plus brillante valeur la prudence d'un âge

avancé. C'était celui que tout l'empire aurait nommé, s'il eût été

à son choix de se donner un maître. Le jeune empereur, s'il n'eût

consulté qu'une politique jalouse et timide, aurait craint et les

vertus et le ressentiment de Théodose, dont il avait sacrifié le père

à une cruelle calomnie. Mais n'étant pas moins assuré de sa grandeur

d'âme que de sa capacité, il le fit venir à Sirmium; et comme il

agissait avec franchise, et qu'il avait pris fermement son parti, il

lui déclara, en présence de toute sa cour, qu'il voulait l'associer

à l'empire. Théodose, instruit par les malheurs de sa famille,

n'attendait qu'une disgrâce pour récompense de ses services. Lorsque

le diadème lui fut présenté de la main de l'empereur, il n'en fut pas

ébloui; il n'y vit que les pénibles devoirs et les dangers du pouvoir

suprême; et plus effrayé de la déclaration de Gratien, qu'il ne l'eût

été d'une sentence d'exil, il refusa avec une sincérité capable de

convaincre les courtisans mêmes[410]. Il ne se rendit qu'avec beaucoup

de peine aux ordres réitérés du prince, et n'accepta la souveraineté

que par un dernier acte de soumission et d'obéissance. Il reçut le

titre d'Auguste le 19 janvier de l'année 379.

[Note 407: _Nescis me tibi, tuisque decrescere? Quidquid atterit

Gotthus, quidquid rapit Hunnus, quidquid aufert Alanus, id olim

desiderabit Arcadius. Perdidi infortunata Pannonias; lugeo funus

Illyrici; specto excidium Galliarum._ Pacat. pan. c. 11.--S.-M.]

[Note 408: Les hostilités des Arméniens qui n'étaient connues

jusqu'à présent, que par un passage assez vague de l'orateur

Thémistius, qui sera rapporté dans la note ci-après, devront désormais

être regardées comme des faits hors de doute après les détails que j'ai

donnés, § 47 et 48, p. 161-164, et qui sont tous tirés des auteurs

arméniens.--S.-M.]

[Note 409: Ἀλλὰ καὶ συνελθούσης ἐπὶ τοὺς βαρβάρους τὰ τελευταῖα

σχεδὸν ἁπάσης γῆς καὶ θαλάττης, καὶ περιστάντων αὐτοὺς ἔνθεν καί ἔνθεν

Κελτῶν, Ἀσσυρίων, Ἀρμενίων, Λιβύων, Ἰβήρων, ὅσοι Ῥωμαίων προβέβληνται,

ἐξ ἐσχάτων εἰς ἔσχατα γῆς. Them., or. 16, p. 207.--S.-M.]

[Note 410:

Non generis dono, non ambitione potitus;

Digna legi virtus: ultro se purpura supplex

Obtulit, et solus meruit regnare rogatus.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 125 / 388 题