XIII.

Ampère, le cosmopolite d'idées, arrive à Weimar. Goethe lui donne à

dîner et s'exalte dans son entretien. Mérimée revient dans la

conversation, de Vigny et d'autres talents. On a aussi beaucoup causé

sur Béranger, dont Goethe a chaque jour dans la pensée les incomparables

chansons. On discuta la question de savoir si les chansons joyeuses

d'amour étaient préférables aux chansons politiques. Goethe dit qu'en

général un sujet purement poétique était aussi préférable à un sujet

politique que l'éternelle vérité de la nature l'est à une opinion de

parti.

«Les Bourbons ne paraissent pas lui convenir: il est vrai que c'est

maintenant une race affaiblie! Et le Français de nos jours veut sur le

trône de grandes qualités, quoiqu'il aime à partager le gouvernement

avec son chef et à dire aussi son mot à son tour.»

«Après dîner, la société se répandit dans le jardin; Goethe me fit un

signe, et nous partîmes en voiture pour faire le tour du bois par la

route de Tiefurt. Il fut, pendant la promenade, très-affectueux et

très-aimable. Il était content d'avoir noué d'aussi heureuses relations

avec Ampère, et il s'en promettait les plus heureuses suites pour la

diffusion et la juste appréciation de la littérature allemande en

France.

«Ampère, dit-il, a placé son esprit si haut qu'il a bien loin au-dessous

de lui tous les préjugés nationaux, toutes les appréhensions, toutes les

idées bornées de beaucoup de ses compatriotes; par l'esprit, c'est bien

plutôt un citoyen du monde qu'un citoyen de Paris. Je vois venir le

temps où il y aura en France des milliers d'hommes qui penseront comme

lui.»

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 176 / 182 题