M. de Las-Cases à Sainte-Hélène, auprès de Napoléon, le capitaine
Medwin, auprès de lord Byron en Italie et en Angleterre, furent chacun
un de ces échos providentiels que le hasard ou la volonté place à côté
de ces grands hommes pour répercuter à l'avenir leurs confidences
fausses ou vraies, intéressées ou désintéressées, selon qu'ils voulaient
parler à leur chevet ou parler, comme on dit, par la fenêtre. La
Providence ménage à ces hommes rares de pareils confidents: les uns
pour porter leur voix lointaine à leurs partisans, comme Las-Cases; les
autres, comme Medwin, pour donner au monde des notions familières et
vraies sur une des grandes natures de leur époque. Quand le plus grand
homme de l'Allemagne moderne eut vieilli sans perdre une seule des
facultés de son âme et sans perdre un seul des cheveux blanchis de sa
large tête, le ciel lui envoya Eckermann, comme le soir envoie au
voyageur son ombre prolongée qui le suit dans sa route afin de lui
certifier son image. Or, qu'était-ce qu'Eckermann?