«Bientôt le chasseur entend venir l'élan, qui fait grand bruit; et,
quand il le juge suffisamment près, il choisit une bonne place où le
frapper, et le tue. Il n'est pas prudent, tant s'en faut, de se tenir à
portée de l'animal, qui dans ce cas ferait certainement à l'agresseur un
mauvais parti.
«Un mâle, entièrement venu, mesure, dit-on, neuf pieds de haut; et avec
ses immenses andouillers branchus, son aspect est tout à fait
formidable. De même que le daim de Virginie et le karibou mâle, ces
animaux jettent leur bois chaque année, vers le commencement de
décembre; mais, la première année, ils ne le perdent pas même au
printemps[4]. Quand on les irrite, ils grincent horriblement des dents,
hérissent leur crinière, couchent les oreilles et frappent avec
violence. S'ils sont inquiétés, ils poussent un lamentable gémissement
qui ressemble beaucoup à celui du chameau.
[Note 4: Il y a ici une apparente contradiction qui s'explique quand on
sait que, tandis que les vieux élans déposent leur bois en décembre et
janvier, les jeunes ne le perdent qu'en avril et mai; mais la première
année ils ne le perdent pas du tout, par conséquent pas même au
printemps.]
«Dans ces régions désolées et sauvages qui ne sont guère fréquentées que
par l'Indien, l'espèce du daim commun était extraordinairement
abondante. Nous avions beaucoup de mal à retenir nos chiens, qui en
rencontraient des troupeaux presque à chaque pas. Ce dernier, par ses
moeurs, se rapproche beaucoup de l'élan.
«Quant au renne ou _karibou_, son pied est très-large et très-plat; il
peut l'étendre sur la neige jusqu'au fanon[5], de sorte qu'il court
aisément sur une croûte à peine assez solide pour porter un chien. Quand
la neige est molle, on les voit en troupes immenses, aux bords des
grands lacs sur lesquels ils se retirent dès qu'on les poursuit, parce
que la première couche y est bien plus résistante que partout ailleurs;
mais, si la neige vient à durcir, ils se jettent dans les bois. Avec
cette facilité qu'ils ont de courir à sa surface, il leur serait inutile
de se tracer des sentier au travers, comme fait l'élan; aussi, pendant
l'hiver, n'ont-ils pas de remise proprement dite. On ne connaît pas bien
exactement quelle peut être la vitesse de cet animal, mais je suis
convaincu qu'elle dépasse de beaucoup celle du cheval le plus léger.»
[Note 5: C'est ici la touffe de crins qui pousse derrière le pâturon.]