Audubon est le Buffon de l'Amérique, mais infiniment plus naïf, plus
coloré et plus écrivain que Buffon lui-même.
Nous devons dire à son sujet un mot du caractère et de la littérature
de son pays; un homme n'en est jamais indépendant.
L'Amérique est le germe d'un grand peuple: il faut craindre d'en
étouffer le germe en parlant trop rudement de ses actes d'hier et
d'aujourd'hui. Nous ne sommes point partisans de sa civilisation, que
nous regardons comme trop élémentaire et trop brutale: si nous avions
vécu du temps de Louis XVI, nous n'aurions pas conseillé à ce prince
infortuné de déclarer la guerre aux Anglais pour favoriser à tout prix
une nation anglaise d'insurgés contre leurs frères. C'était une guerre
civile intentée à la mère patrie, pour une cause purement vénale; cela
n'était ni juste ni noble; cela ne pouvait produire que beaucoup de mal
aux Anglais et beaucoup d'ingratitude pour la France. L'insurrection
comme principe devait revenir sur le pays qui l'avait lancée; cela ne
manqua pas. Qui pourrait dire ce que la Fayette et ses amis rapportèrent
en France, et combien il y eut de sophismes américains dans l'Assemblée
constituante et dans le sang de Louis XVI?