«Lorsque ma soeur fut attaquée par la maladie contagieuse dont toute ma
famille a été la victime, et qu'elle vint partager ma retraite, nous ne
nous étions jamais vus: son effroi fut extrême en m'apercevant pour la
première fois. La crainte de l'affliger, la crainte plus grande encore
d'augmenter son mal en l'approchant, m'avait forcé d'adopter ce triste
genre de vie. La lèpre n'avait attaqué que sa poitrine, et je conservais
encore quelque espoir de la voir guérir. Vous voyez ce reste de
treillage que j'ai négligé; c'était alors une haie de houblon que
j'entretenais avec soin et qui partageait le jardin en deux parties.
J'avais ménagé de chaque côté un petit sentier, le long duquel nous
pouvions nous promener et converser ensemble sans nous voir et sans trop
nous approcher.